Des proches des victimes quittent la morgue à La Havane.

Écrasement à Cuba: deuil, confusion et plus de victimes

LA HAVANE — L’écrasement d’un avion de ligne intérieure vendredi à Cuba aurait finalement fait 110 morts, dont 11 étrangers, et trois blessés, selon un nouveau bilan annoncé samedi par les autorités.

Le ministre des Transports Adel Yzquierdo a précisé devant la presse que parmi les 110 morts figuraient 99 Cubains, six membres d’équipage mexicains, trois touristes étrangers — un Mexicain et un couple argentin — ainsi que deux résidents sahraouis.

Le précédent bilan des autorités faisait état de trois survivants parmi 110 passagers.

Cuba a commencé à observer samedi un deuil officiel de deux jours, après l’écrasement d’un Boeing 737-200 survenu dans une zone non habitée vendredi midi peu alors qu’il venait de décoller de La Havane pour Holguin (est de Cuba).

L’accident, le plus grave survenu à Cuba depuis près de trois décennies, n’a laissé que trois survivants, des femmes cubaines selon les autorités, qui ont précisé que cinq mineurs figuraient parmi les victimes.

On ignorait encore samedi ce qui a pu provoquer la chute de l’avion, survenue peu après son décollage au moment où il engageait un virage, mais M. Yzquierdo a annoncé qu’une des deux boîtes noires avait été retrouvée «en bon état». «Nous devons recevoir l’autre dans les prochaines heures», a-t-il ajouté.

Ces boîtes noires devraient rapidement commencer à livrer leurs premières informations aux enquêteurs après l’écrasement encore non élucidé vendredi de cet avion loué par la compagnie publique cubaine Cubana de Aviacion au Mexicain Global Air, également connu sous le nom de Aerolineas Damojh.

Cette location a été effectuée en «wet lease», formule qui prévoit une location avec équipage complet, en l’occurrence deux pilotes, trois hôtesses et un technicien.

Après cet accident le nouveau président cubain Miguel Diaz-Canel a immédiatement annoncé le lancement d’une enquête.

La direction générale de l’aéronautique civile mexicaine a dépêché de son côté une équipe de spécialistes pour assister les autorités cubaines, alors que l’avionneur américain Boeing a mis sur pied une équipe technique pour répondre aux éventuels besoins de La Havane.

Construit en 1979 selon le gouvernement mexicain, l’appareil avait passé sa dernière révision en novembre 2017.

À Mexico, un ancien pilote de la compagnie Global Air a indiqué au quotidien Milenio qu’il avait constaté entre 2005 et 2013 certaines déficiences dans l’entretien des appareils. «Il y a des mécaniciens très compétents, mais ils manquent de pièces de rechange».

Par ailleurs, il a précisé avoir travaillé avec le pilote José Luis Nuñez, qu’il a qualifié d’homme «très capable et très bien formé».

Le Boeing 737-200 s'est écrasé sur une zone non habitée vendredi midi, alors qu'il venait de décoller de La Havane pour Holguin (est de Cuba), avec 110 personnes à bord.

Une survivante consciente

Samedi matin, une quarantaine de proches des victimes attendaient calmement de pouvoir identifier les corps devant l’institut médico-légal de Boyeros, non loin de l’aéroport, où le président Diaz-Canel s’est rendu dans la matinée.

«Mon épouse Elsa Buitriago a perdu quatre membres de sa famille: sa mère, sa soeur, un beau-frère et un neveu, tous originaires de Holguin», a déclaré à l’AFP Jorge Leiva, 48 ans.

D’autres comme la mère de Carlos Santos, victime de 22 ans, était déjà en train de se soumettre à des test ADN, a rapporté à l’AFP son neveu Ignacio Ramirez.

Sur les réseaux sociaux, des photos des victimes du vol DMJ0972 étaient publiées par des proches, comme ceux de José Angel, directeur du groupe musical Bolero Salsa, et de son épouse Amparo Iban, ou celui du docteur Monica Leyva et de son bébé, tous deux décédés dans l’accident.

À l’hôpital havanais de Calixto Garcia, dont les accès étaient strictement contrôlés samedi, l’état des trois survivantes, des femmes de nationalité cubaine selon les autorités, demeurait préoccupant.

Une source médicale a indiqué à l’AFP que leur état était «stable, mais toujours critique», rappelant que chacune d’elles avait subi de graves brûlures et des blessures aux poumons, à l’abdomen, au crâne ainsi que de nombreuses fractures, notamment au pelvis et aux jambes.

À la mi-journée, Carlos Martinez, directeur du Calixto Garcia, a précisé que l’une des survivantes, Emiley Sanchez de la O, 39 ans, était désormais consciente.

De nombreux gouvernements du monde entier ont manifesté leur solidarité avec La Havane vendredi et samedi. À Rome, le pape François a demandé à l’Église cubaine de transmettre ses condoléances aux familles.

Cet accident est le plus grave survenu sur l’île depuis 1989 et l’écrasement dans des conditions similaires à La Havane d’un charter à destination de Milan, dans lequel 115 passagers — dont 113 touristes italiens avaient été tués, ainsi que 40 Cubains au sol.

«Donnez-moi mon fils!»

Ines Gonzalez sort en pleurant de la morgue de La Havane: «Donnez-moi mon fils, il est dedans, combien d’heures vont-ils attendre pour me le donner!», se lamente-t-elle, parmi les proches des 110 victimes de l’écrasement aérien de vendredi.

Installée aux États-Unis, elle est rentrée le plus vite possible à Cuba pour accomplir une douloureuse mission: identifier le cadavre de son fils Carlos Santos, 22 ans, qui voyageait dans le Boeing 737-200, tombé au sol peu après son décollage.

L’institut médico-légal l’a contactée pour effectuer un test ADN et elle doit désormais attendre les résultats, réconfortée par ses proches.

Carlos était arrivé deux jours plus tôt à La Havane en provenance de la ville de Holguin (est), pour retrouver sa petite amie qui venait elle-même du Mexique. «Il rentrait à Holguin par ce vol», raconte son cousin Ignacio.

Mais l’avion s’est écrasé près de l’aéroport, tuant la quasi-totalité des passagers. Seules trois femmes ont survécu, hospitalisées dans un état critique.

Autour de la morgue de La Havane, le calme de l’attente est régulièrement troublé par la sortie des proches des victimes, ébranlés après les tests ADN. Une dizaine de corps ont déjà été identifiés, a précisé à la presse officielle le premier vice-président de Cuba, Salvador Valdes.

Les yeux rougis par l’émotion, Yunisleydis Abreu Lara, 33 ans, sort du bâtiment. «J’ai perdu mon unique soeur», confie-t-elle à l’AFP. «Ils m’ont fait le test ADN, maintenant je dois attendre».

Sa soeur Yuleydis, 22 ans, venait d’arriver de Cancún, au Mexique, où elle travaillait au sein d’une congrégation évangélique. Elle se rendait à Holguin pour aller voir un proche «atteint d’un cancer en phase terminale».

Les médecins légistes ont prévenu Yunisleydis que «son cadavre, malheureusement, est en mauvais état, brûlé» par l’incendie de l’appareil au sol, d’où la nécessité du test ADN.

«Cuba, une grande famille»

Elfrides Amalia Santiesteban, femme menue de 76 ans, quitte rapidement l’institut médico-légal pour rejoindre l’hôtel Tulipan, à 800 mètres de là, où sont logées les familles originaires d’Holguin, dont venait la majorité des victimes. Elles sont arrivées à l’aube, transportées en autocar sous escorte policière.

Elfrides accompagne sa cousine, qui a perdu son fils. «A l’intérieur (de la morgue), il y a une très bonne prise en charge, tout le monde est aimable, les employés, les médecins, quand on entre on nous demande tout de suite de quoi on a besoin, ils veulent tous aider», raconte-t-elle, avant d’ajouter: «Cuba est une grande famille».

Samedi, une quarantaine de proches patientent face à la morgue, certains refoulant leurs larmes, d’autres encore consternés par la tragédie aérienne, la plus meurtrière à Cuba depuis presque 30 ans. Une ambulance est à leur disposition en cas de besoin et une dizaine de policiers maintiennent l’ordre autour du bâtiment.

Le président cubain, Miguel Diaz-Canel, en fonctions depuis tout juste un mois, est venu sur place dans la matinée pour consoler les familles.

Il s’est aussi rendu à l’hôpital Calixto Garcia, quelques kilomètres plus loin, où les médecins tentent de maintenir en vie les trois survivantes: Mailén, 19 ans, Grettel, 23 ans, et Emiley, 39 ans. Seule la dernière a repris connaissance et réclamé par gestes de l’eau.

«Les trois ont été officiellement identifiées et leurs proches sont là. Elles présentent des lésions sévères, ce qui signifie que leur pronostic est réservé. Elles sont dans un état critique en raison de la complexité de leurs lésions», selon le rapport médical du docteur Carlos Martinez, directeur de l’hôpital.

Esther de la O s’est rendue au chevet de sa fille Emiley et se sent rassurée, malgré son état grave. «J’avais peur de venir ici, mais là je suis plus calme [...] et positive, elle peut aller beaucoup mieux», assure-t-elle à l’AFP.

Le père de Mailen, Carlos Diaz, venu d’Holguin, se veut lui aussi optimiste: «Ils font tout leur possible pour les sauver».

«Nous laissons les médecins faire tout ce qui est nécessaire», a pour sa part déclaré à la télévision cubaine la mère de Grettel, Amparo Font. «[Ma fille] est une guerrière et elle va s’en sortir [...], elle doit s’en sortir».