À Londonderry, en Irlande du Nord, une murale commémore le Bloody Sunday, une journée sanglante lors de laquelle des parachutistes britanniques ont tué 13 militants catholiques qui manifestaient pacifiquement.

Dublin refuse l’amnistie aux soldats britanniques

DUBLIN — Le gouvernement irlandais s’est opposé, lundi, aux promesses du premier ministre britannique Boris Johnson, en campagne pour les élections législatives, d’«amnistier» les soldats britanniques poursuivis pour des crimes présumés lors des «Troubles» en Irlande du Nord.

Plus de 3000 personnes ont été tuées lors de ces trois décennies de violences liées au conflit entre catholiques nationalistes et protestants unionistes, qui a pris fin en 1998, avec les Accords du Vendredi Saint signés avec l’accord de Londres et Dublin.

En campagne, le chef du gouvernement conservateur britannique a promis de modifier la loi afin de protéger les militaires de poursuites judiciaires engagées pour des événements antérieurs à 2000, une promesse électorale dont l’annonce coïncide avec la commémoration de l’armistice de la Première Guerre mondiale.

«C’est très préoccupant», a déclaré le ministre des Affaires étrangères irlandais Simon Coveney dans un communiqué.

«Il n’y a pas de délai de prescription, pas d’amnistie pour quiconque a commis des crimes en Irlande du Nord. La loi doit s’appliquer à tous, sans exception, pour parvenir à la réconciliation», a-t-il ajouté.

300 meurtres

Les troupes britanniques ont été envoyées dans la province en 1969, alors que des républicains majoritairement catholiques opposés à la domination britannique s’affrontaient dans la rue à des unionistes majoritairement protestants.

L’opération de maintien de l’ordre s’est transformée en la plus longue opération de l’armée britannique de l’histoire, marquée par un certain nombre de meurtres.

Selon les recherches de l’Université d’Irlande du Nord, l’armée britannique serait responsable de près de 300 meurtres au cours de ces opérations, qui ont officiellement pris fin en 2007.

Mais les tentatives d’engager des poursuites judiciaires contre les vétérans se sont heurtées à des difficultés et continuent de diviser sociétés britannique et nord-irlandaise.

Cette année, après une longue campagne de familles de victimes demandant justice, des procureurs nord-irlandais ont annoncé qu’un vétéran, présenté comme le «Soldat F», serait jugé pour deux meurtres commis lors du «Bloody Sunday».

Le 30 janvier 1972, des parachutistes britanniques ont tué 13 militants catholiques qui manifestaient pacifiquement à Londonderry, une journée sanglante immortalisée par la chanson de U2, Sunday Bloody Sunday. Une 14e victime est morte quelques mois plus tard.