Michelle Bachelet a dénoncé un manque de «recours» pour les familles de migrants qui ont été séparées par les autorités américaines après avoir été détenues dans le cadre d’une pratique désormais abandonnée de séparation des enfants de leurs familles.

Droits de la personne: Bachelet sonne l’alarme

GENÈVE, Suisse — La nouvelle chef onusienne des droits de la personne a mis en garde lundi contre les abus à travers le monde, citant entre autres les séparations «impensables» de familles immigrées par l’administration Trump et exhortant l’Union européenne à créer une opération de recherche et de sauvetage pour les migrants en Méditerranée.

Michelle Bachelet a prononcé son premier discours devant le Conseil des droits de l’homme, qui entamait lundi une session de trois semaines. L’ex-présidente chilienne, elle-même une ancienne prisonnière politique, est devenue ce mois-ci la haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.

Mme Bachelet a dénoncé un manque de «recours» pour les familles de migrants qui ont été séparées par les autorités américaines après avoir été détenues dans le cadre d’une pratique désormais abandonnée de séparation des enfants de leurs familles.

Elle a encouragé l’Union européenne à garantir l’accès à l’asile et la protection des droits, et a spécifiquement montré du doigt l’Italie — qui est membre du Conseil — qui «se donne des airs politiques» avec sa politique de refuser l’accès aux navires de secours des ONG.

Selon des remarques préparées, Mme Bachelet a prévenu que «les attaques et les persécutions semblent se poursuivre» contre la minorité rohingya dans l’État de Rakhine, en Birmanie.

Michelle Bachelet a fait écho aux appels lancés par les enquêteurs onusiens le mois dernier pour la création d’un «mécanisme» indépendant chargé de collecter et d’analyser des informations sur les violations des droits de l’homme en Birmanie en vue de leur utilisation future par les tribunaux nationaux ou internationaux. Elle a exhorté le Conseil à adopter une résolution renvoyant la question à l’Assemblée générale de l’ONU, qui pourrait créer un tel mécanisme.

Quant à la Syrie, Mme Bachelet s’est dite préoccupée par les «opérations militaires en cours» dans la province rebelle d’Idlib, affirmant que les souffrances du peuple syrien étaient «interminables et terribles» et réclamant justice pour les victimes de la guerre civile.

Birmanie

Michelle Bachelet a par ailleurs appelé lundi à créer un organe international chargé de réunir des «preuves» sur les crimes les plus graves commis en Birmanie contre les Rohingyas afin d’»accélérer la tenue des procès».

S’adressant pour la première fois au Conseil des droits de l’homme, Mme Bachelet a «salué les efforts déployés par les États [...] pour mettre en place un mécanisme international indépendant pour la Birmanie, destiné à recueillir, consolider, préserver et analyser des preuves des crimes internationaux les plus graves, afin d’accélérer la tenue de procès devant des tribunaux nationaux et internationaux».

Elle a «exhorté le Conseil à adopter une résolution» en ce sens «et à soumettre la question à l’Assemblée générale pour qu’elle l’approuve, afin qu’un tel mécanisme puisse être établi», comme cela a été fait pour la Syrie.

Mme Bachelet a expliqué que «ce mécanisme compléterait et appuierait» le travail de la Cour pénale internationale (CPI), qui s’est déclarée jeudi dernier compétente pour enquêter sur la déportation de la minorité musulmane rohingya qui pourrait constituer un crime contre l’humanité.

«Il s’agit d’une étape extrêmement importante pour mettre fin à l’impunité et faire face à l’énorme souffrance du peuple rohingya», a affirmé l’ancienne présidente chilienne.

Persécutés

En 2017, plus de 700 000 musulmans rohingyas ont fui la Birmanie, majoritairement bouddhiste, après une offensive de l’armée en représailles d’attaques de postes-frontières par des rebelles rohingyas.

Persécutés par les forces armées birmanes et des milices bouddhistes, les membres de la minorité musulmane se sont réfugiés dans d’immenses campements de fortune au Bangladesh.

Des enquêteurs de l’ONU, mandatés par le Conseil des droits de l’homme, ont demandé fin août que la justice internationale poursuive le chef de l’armée birmane et cinq autres hauts gradés pour «génocide», «crimes contre l’humanité» et «crimes de guerre» à l’encontre des musulmans rohingyas. Des accusations rejetées par les autorités birmanes.

Les enquêteurs ont demandé le renouvellement de leur mandat. La question sera discutée au cours de la session du Conseil qui se tient du 10 au 28 septembre à Genève.