Audrey Teasdale-Dubé, candidate au doctorat en psychologie à l’UQTR.

Détresse suicidaire chez les aidants naturels

TROIS-RIVIÈRES — Les aidants naturels vivent de la détresse, c’est bien connu, en particulier ceux qui aident un proche ayant des troubles cognitifs. Ce qui est moins connu, c’est que certains de ces aidants finissent par songer au suicide.

C’est une doctorante de 4e année en psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Audrey Teasdale-Dubé, qui a eu l’idée de se pencher sur la question. Ce sujet d’étude, une première pour le Canada, lui est venu lorsqu’elle a travaillé pour la ligne d’écoute de Prévention Suicide. «Beaucoup de personnes âgées appelaient», dit-elle.

Mme Teasdale-Dubé présentera les conclusions de sa thèse dans le cadre du 87e congrès de l’ACFAS qui se déroulera du 27 au 31 mai à Gatineau.

La candidate au doctorat en psychologie a pu dénicher six participants, trois hommes et trois femmes, pour cette étude. Tous étaient les aidants naturels d’un proche, majoritairement d’un conjoint, mais aussi d’un parent ou d’un enfant ayant des troubles neurocognitifs. Tous avaient songé au suicide.

Audrey Teasdale-Dubé voulait savoir pourquoi. Mieux comprendre cette émotion extrême pourra éventuellement permettre de mieux aider ceux qui aident, explique-t-elle.

Il est ressorti de ces participants qu’ils vivent tous beaucoup de conflits familiaux et qu’ils se sentent seuls. Certains encaissent des reproches face à la manière dont ils prodiguent de l’attention et des soins à la personne aidée. Parfois, ça peut survenir lorsque l’aidant naturel prend un répit.

Pour plusieurs, l’idée de placer la personne aidée dans un CHSLD est une décision très difficile à prendre, explique la candidate en psychologie. C’est que les CHSLD ont très mauvaise réputation, dit-elle et les désaccords peuvent survenir entre membres de la famille sur l’endroit où placer la personne.

Même la personne aidée fait des reproches à son aidant naturel, constate la chercheuse, car elle n’est pas toujours consciente des besoins grandissants et des pertes qu’elle vit.

Le placement de la personne est parfois perçu comme un soulagement, mais il existe des aidants naturels qui se sentiront coupables de le faire, constate la chercheuse. «Cela peut être vécu comme un abandon», explique-t-elle. Et la difficulté s’aggrave lorsque la famille s’y oppose.

Tous ces désaccords avec la famille, l’épuisement que génère l’aide apportée à la personne en perte cognitive, la difficulté engendrée par l’idée de placer la personne lorsque l’aidant naturel n’en peut plus, le sentiment d’injustice ressenti, voilà autant de raisons pour l’aidant naturel de vouloir s’enlever la vie.

«C’est une situation très difficile et très complexe», résume Mme Teasdale-Dubé. «On n’en parle pas assez.»

Ce sujet a été étudié en Australie, mais c’est à peu près là que s’arrête la littérature scientifique sur le sujet, a constaté la doctorante qui veut étayer le dossier pour le Québec.

Il faut donc être sensible aux signaux d’alarme que pourrait vivre l’aidant naturel. Mme Teasdale-Dubé suggère d’être davantage à leur écoute. Les sonnettes d’alarme sont souvent trop discrètes, en particulier chez les aînés. Il faut donc être attentifs si l’aidant naturel mentionne qu’il est épuisé, s’il vit des difficultés avec la famille, s’il montre des signes de détresse émotionnelle. «Chaque humain est différent», fait-elle valoir. «Il faut être à l’écoute, lui rendre quelques services. Il ne faut pas que les doutes et les reproches prennent toute la place», résume-t-elle.

Certains, par exemple, vont être dans le déni lorsque l’idée de placer la personne deviendra incontournable. C’est que les personnes en perte cognitive n’ont pas que de mauvais moments. Ils ont aussi de bons moments, ce qui fait dire à l’aidant naturel qu’il est encore capable de l’aider même si ce n’est plus vraiment le cas, explique Mme Teasdale-Dubé.

La doctorante de l’UQTR veut pousser son analyse plus loin et vient de démarrer une nouvelle étude qui lui permettra d’analyser l’ampleur de ce phénomène de détresse suicidaire.

Elle est d’ailleurs à la recherche de nouveaux participants pour cette recherche qui devrait permettre de faire ressortir un profil des aidants naturels vivant une détresse suicidaire.

Les personnes de 60 ans et plus qui sont aidantes naturelles et qui vivent ce genre de difficultés sont invitées à communiquer avec la chercheuse afin de répondre à un questionnaire qui peut se faire en ligne ou sur papier en toute discrétion. Il faut 45 minutes pour y répondre.

Les résultats finaux de cette recherche seront communiqués à des organismes d’aide qui ont soutenu le recrutement des participants à l’étude soit l’Association des proches aidants Arthabaska Érable, APPUI-Mauricie, APPUI Centre-du-Québec, le Regroupement des aidants naturels de la Mauricie, l’Association des personnes proches aidantes de la Vallée-de-la-Batiscan et la Maison Carpe Diem.

Pour s’inscrire à l’étude, on peut communiquer avec Audrey Teasdale-Dubé au 819-376-5011, poste 4282 ou par courriel à audree.teasdale-dube@uqtr.ca. Un tirage de coupons-cadeaux sera fait parmi les participants.