«Si Hong Kong tombe, cela pourrait facilement devenir un tremplin pour que le régime totalitaire chinois pousse ses règles et ses priorités à l'étranger, en utilisant son pouvoir économique pour en convertir d'autres à ses valeurs communistes», a déclaré la vedette de la pop cantonaise Denise Ho (au centre), dont la musique a été censurée en Chine à cause de son engagement dans le mouvement.

Des militants pro-démocratie hongkongais plaident leur cause devant le Congrès américain

WASHINGTON — Les jeunes meneurs du mouvement pro-démocratie hongkongais ont exhorté mardi les parlementaires américains à faire pression sur Pékin, affirmant que tout recul sur le statut spécial accordé au territoire encouragerait la Chine à imposer ses «valeurs communistes» ailleurs dans le monde.

Lors d'une audition qui pourrait irriter Pékin, Joshua Wong, Denise Ho et d'autres militants pro-démocratie ont été reçus par les membres républicains et démocrates d'une commission au Congrès américain, à Washington.

«Si Hong Kong tombe, cela pourrait facilement devenir un tremplin pour que le régime totalitaire chinois pousse ses règles et ses priorités à l'étranger, en utilisant son pouvoir économique pour en convertir d'autres à ses valeurs communistes», a déclaré la vedette de la pop cantonaise Denise Ho, dont la musique a été censurée en Chine à cause de son engagement dans le mouvement.

«Ceci n'est pas un appel en faveur d'une “ingérence étrangère”, ni en faveur de l'indépendance de Hong Kong», a précisé l'artiste âgée de 42 ans. «Il s'agit d'un appel en faveur des droits humains. C'est un appel en faveur de la démocratie».

L'ex-colonie britannique traverse depuis plus de trois mois la plus grave crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des actions et manifestations quasi-quotidiennes pour dénoncer le recul des libertés, exiger des réformes démocratiques et dénoncer une riposte policière jugée brutale par les contestataires.

Soulignant mardi leur rare union autour de la défense des droits à Hong Kong, les membres républicains et démocrates de la commission étudient un projet de loi sur les «droits humains et la démocratie à Hong Kong».

Hong Kong est lié à Washington par un statut économique spécial qui permet au territoire d'être exonéré des restrictions s'appliquant à la Chine continentale.

Les parlementaires américains étudient un texte qui conditionnerait le maintien de ce statut spécial à la validation annuelle par le département d'État d'une situation jugée convenable en matière de respect des droits humains de la part des autorités hongkongaises.

Il prévoit également des sanctions pour tout responsable qui supprimerait «des libertés fondamentales» dans ce territoire semi-autonome.

Les parlementaires étudient également un texte qui interdirait la vente à la police hongkongaise de gaz lacrymogène, balles en caoutchouc et autres équipements destinés à réprimer les manifestations.

«Éradiquer» l'identité hongkongaise

«Pékin ne devrait pas s'en sortir gagnant sur tous les fronts, en récoltant les bénéfices économiques du prestige de Hong Kong dans le monde tout en éradiquant notre identité sociopolitique», a plaidé Joshua Wong, 22 ans, devenu le visage du mouvement.

«Alors que je parle, Hong Kong se tient à une croisée cruciale des chemins. Les enjeux n'ont jamais été aussi grands», a-t-il martelé.

Le jeune homme a averti que le président chinois Xi Jinping pourrait décider d'agir plus durement avant le 70e anniversaire du régime communiste, le 1er octobre.

«Envoyer les chars reste irrationnel, mais pas impossible», a-t-il mis en garde.

Joshua Wong a souligné qu'un bébé né aujourd'hui aurait 28 ans en 2047, date jusqu'à laquelle une plus grande autonomie est théoriquement garantie à Hong Kong en vertu du principe «Un pays, deux systèmes».

«Cette date butoir est plus proche qu'elle ne le semble. On ne pourra pas revenir en arrière», a-t-il lancé.

«J'espère que les historiens salueront le Congrès américain pour s'être élevé du côté des Hongkongais, du côté des droits humains et de la démocratie», a poursuivi Joshua Wong.

Engagée en pleines négociations commerciales avec Pékin, l'administration du président Donald Trump a fait jusqu'ici profil bas.

Pékin et les autorités hongkongaises ont accusé Washington de s'être impliqué dans les affaires de Hong Kong, et la Chine a convoqué l'ambassadeur d'Allemagne après la rencontre récente du chef de la diplomatie allemande et Joshua Wong.

Le sénateur américain Marco Rubio, un allié de Donald Trump, a salué mardi la mobilisation hongkongaise comme l'un des «plus grands mouvements (...) que nous ayons vus de mémoire récente».

Codirigeant de la commission du Congrès sur la Chine, qui organisait l'audition, il a ajouté qu'il était «plus que grand temps que les États-Unis et le monde libre y répondent».

L'élu démocrate de la Chambre des représentants qui dirige avec M. Rubio cette commission, Jim McGovern, a lui affirmé que les manifestants avaient «inspiré le monde entier».