Des femmes yézidies ont dû abandonner leurs enfants nés de membres de Daech

DOHUK, Irak — Les femmes et les filles yézidies réduites à l’esclavage et violées par des membres de Daech ont peu de choix devant elles. Elles ont peut-être été libérées, mais elles ne peuvent pas ramener leurs enfants qu’ils ont eues des extrémistes à la maison.

Il y a cinq ans, des combattants de Daech attaquaient des villages yézidis du nord de l’Irak. Ils avaient enlevé, asservi et massacré des milliers de personnes. Selon les Nations Unies, il s’agissait d’actes de génocide.

Ces attaques ont traumatisé les Yézidis, une minorité ethnoreligieuse qui a souvent été persécutée au cours de l’histoire. La brutalité de l’assaut de Daech est un défi majeur à relever pour cette communauté. Malgré le caractère monothéiste de leur religion, les extrémistes les considéraient comme des hérétiques et voulaient les annihiler.

En avril, après la défaite militaire de Daech, les chefs religieux yézidis ont apparemment tenté de protéger la communauté isolée en décrétant que celle-ci accueillait à bras ouverts les survivantes de ces attaques. Ils souhaitaient ainsi faire un geste pour effacer la stigmatisation sociale associée au viol.

Mais face à la réaction d’une faction conservatrice, le conseil spirituel a publié quelques jours une déclaration pour dire que sa décision avait été mal interprétée. Il a affirmé que les enfants nés de pères membres de Daech ne seraient pas acceptés dans la communauté.

Certaines mères ont cédé leurs enfants à l’adoption. D’autres ont refusé de rentrer chez elles.

Une jeune femme âgée de 20 d’un village situé au sud de Sinjar a raconté comment elle avait pleuré et crié lorsque des membres des forces démocratiques syriennes, dirigées par les Kurdes, lui ont arraché son enfant des bras. L’enfant n’était âgé que de sept mois lorsque la famille de la femme a payé une rançon pour la libérer de Daech en octobre.

«J’ai pleuré et crié de toutes mes forces, mais cela n’a rien donné, déplore la femme. Aujourd’hui, elle vit dans une tente d’un camp de personnes déplacées à Dohuk, à plusieurs kilomètres de son village toujours en ruine.

«Ils m’ont dit que je ne pouvais pas l’emmener avec moi parce que c’est un enfant de Daech. Ma famille n’a pas voulu non plus que je le ramène», a-t-elle raconté.

Selon les données du Bureau pour les Yézidis disparus de la région du Kurdistan, environ 3425 Yézidies ont été libérées sur un total de 6417 personnes enlevées. Des 2992 enfants kidnappés, 1921 ont été rescapés jusqu’à maintenant.

Autre exemple : une jeune femme de 18 ans libérée il y a cinq mois qui veut aller rejoindre sa mère et ses sœurs réfugiées en Allemagne, a accepté de laisser derrière les trois enfants qu’elle a eus d’un membre de Daech. Aujourd’hui ces bambins se retrouvent dans un orphelinat dirigé par le commandement kurde.

Enlevée à l’âge de 13 ans, elle a été forcée à se convertir à l’islam à marier un membre de Daech.

«Je lui ai dit que je ne voulais pas d’enfants, qu’il me donne des pilules ou quelque chose du genre, a-t-elle relaté. Il a refusé parce qu’il voulait des bébés.»

L’adolescente a dû se déplacer avec son mari forcé et a donné naissance à trois enfants dans trois villes différentes. Le dernier enfant, âgé de quatre mois, est né lors du dernier baroud de Daech.

Après avoir allaité le bébé, calmé la cadette et acheté des vêtements et des souliers à l’aîné, elle est partie en les laissant sur place.

«1/8L’aîné3/8 a couru chercher ses bottes et m’a suppliée de l’emmener avec moi dans la voiture. Je lui ai dit que j’allais le faire dans un court moment.

«Je l’ai laissé en pleurant moi aussi. Mais ils m’oublieront. Ils sont très jeunes. Ils m’oublieront», a-t-elle tenté de se consoler.