Des bénévoles en discussion durant la «Nuit de la Solidarité», à Paris.

Décompte des sans-abri à Paris

PARIS — Quelque 2000 personnes, dont 1700 bénévoles, ont arpenté jeudi soir les rues de Paris pour la première «Nuit de la Solidarité», une opération destinée à y compter les sans-abri.

Enveloppés dans leurs manteaux et la tête couverte d'un bonnet, Nicolas, un assureur de voyages de 30 ans, Soraya, une quadragénaire employée dans le notariat, Didier, un graphiste de 58 ans, et Marwen, un ingénieur de 28 ans, ont quadrillé trois heures durant le quartier des Halles, en plein coeur de la capitale.

Accompagnés de Martine Lefebvre, leur chef d'équipe qui les a guidés lampe-torche à la main, ils ont scruté les renfoncements d'immeubles et les entrées de parkings, guettant toute présence humaine dissimulée dans la nuit et le béton.

De 22h à 1h, 350 équipes comme la leur, composées de fonctionnaires de la Ville, de membres du personnel d'associations et de simples citoyens et chacune encadrée par un travailleur social, ont participé à cette opération, une première à Paris inspirée de ce qui se fait déjà à New York, Bruxelles ou Athènes.

L'idée est d'avoir «une photographie de la réalité» des personnes à la rue, afin de pouvoir ensuite adapter les dispositifs d'assistance et d'hébergement, a expliqué la maire de Paris, Anne Hidalgo.

Au-delà d'un recensement quantitatif, l'objectif est aussi d'améliorer «la connaissance des profils» de cette population hétérogène et vivant parfois cachée.

«Où pensez-vous passer la nuit?», «Quand avez-vous été hébergé la dernière fois?», «Avez-vous des problèmes de santé?»... Avec un questionnaire non obligatoire et anonyme, les équipes ont ainsi pu cerner la diversité et l'urgence des situations.

De premiers chiffres seront dévoilés «en milieu de semaine prochaine», a précisé Anne Hidalgo, évoquant la date du 20 mars pour la restitution des résultats complets de l'enquête.

Cette opération de comptage intervient après une polémique née des propos du secrétaire d'État chargé du Logement Julien Denormandie, qui a affirmé fin janvier qu'il y avait 50 hommes «isolés» sans abri dans la région parisienne.

Propos «insupportables»

Des propos qualifiés d'«insupportables» par le président de la Fédération des acteurs de la solidarité, Louis Gallois, qui a de son côté déploré «une volonté politique de minorer le nombre de SDF».

Mardi, Emmanuel Macron a dit avoir lui-même chargé le gouvernement de mieux compter le nombre des sans-abri. Le chef de l'État a admis avoir «échoué» s'agissant de tenir sa promesse de l'été qu'il n'y ait «plus personne dans les rues, dans les bois» fin 2017, rejetant la faute sur un afflux de migrants et une «pression migratoire forte en fin de trimestre».

Mme Hidalgo a souligné que Dominique Versini, son adjointe chargée de la Solidarité, était allée à New York participer aux maraudes dont cette opération s'inspire et qui sera répétée l'an prochain.

Ses participants avaient pour mission de quadriller la capitale française «rue par rue», mais n'ont pas été envoyés dans les 40 «zones à risque» (proches du boulevard périphérique, présence de toxicomanes, etc.) identifiées au préalable et couvertes uniquement par des professionnels.