Onze civils ont été tués lundi dans une explosion d’origine indéterminée à Idleb, une ville du nord-ouest de la Syrie tenue par des djihadistes.

«Décisions majeures» imminentes de Trump sur la Syrie

WASHINGTON — Donald Trump a promis lundi des «décisions majeures» pour «ce soir ou très bientôt» sur une possible action militaire américaine en Syrie, accentuant la pression sur le pouvoir de Bachar Al-Assad et ses alliés russes et iraniens après une attaque chimique présumée qui a provoqué un tollé international.

Le président américain a eu un nouvel entretien téléphonique avec son homologue français Emmanuel Macron, pour la deuxième fois en deux jours, les deux présidents souhaitant «une réaction ferme» de la communauté internationale, a annoncé l’Élysée dans la nuit de lundi à mardi.

À l’ONU, une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, réclamée notamment par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, a débuté vers 15h. Le trio occidental devait s’afficher uni face à la Russie pour montrer qu’il a essayé toutes les options diplomatiques avant un éventuel recours aux armes.

Washington veut notamment réclamer une «enquête indépendante» sur l’attaque présumée de samedi aux «gaz toxiques» contre Douma, dernière poche rebelle aux abords de Damas, qui a été imputée au régime syrien. Et exiger que ses «auteurs» rendent des comptes.

Attaque «atroce, horrible»

Plus tôt à la Maison-Blanche, le président américain a dénoncé une attaque «atroce, horrible».

«Nous allons rencontrer les responsables militaires et tous les autres et nous prendrons des décisions majeures dans les 24, 48 heures», a-t-il martelé. «Nous allons prendre une décision ce soir ou très bientôt», a-t-il assuré.

Son ministre de la Défense Jim Mattis a assuré ne rien exclure quant à d’éventuelles frappes contre le régime.

Et la Maison-Blanche a mis en cause la «responsabilité» de la Russie et de l’Iran, estimant que le pouvoir syrien ne pouvait mener une attaque chimique «sans leur aide matérielle». Donald Trump avait déjà averti Damas, Moscou et Téhéran qu’ils pourraient «payer le prix fort».

«Spéculations»

Le président russe Vladimir Poutine a condamné pour sa part le caractère «inadmissible» des «spéculations» sur cette attaque chimique présumée. Selon Moscou, il est nécessaire d’élucider «de manière très minutieuse» ce qu’il s’est passé à Douma.

Les États-Unis ont fait circuler lundi un projet de résolution réclamant la création d’un nouveau «mécanisme d’enquête indépendant des Nations unies» sur le recours aux armes chimiques en Syrie, mais un vote n’était pas attendu dans l’immédiat.

Plusieurs sources diplomatiques ont rapporté lundi, après des consultations à huis clos ayant suivi une séance publique du Conseil de sécurité, que les États-Unis avaient fait part de leur volonté de soumettre leur texte à un vote mardi.

Cette position semble indiquer qu’un passage à l’acte n’interviendrait pas avant une mise au vote du texte américain.

Néanmoins, pour l’ambassadeur russe auprès des Nations unies, Vassily Nebenzia, le projet de résolution américain proposé contient «des éléments inacceptables» qui rendent les choses «pires». Il est «dangereux non seulement pour la Syrie, mais aussi pour le monde [...], la paix et la sécurité internationales», a insisté le diplomate russe.

Dans ce contexte, le spectre d’une riposte militaire a aussi été ravivé lundi après des tirs de missiles contre la base militaire T-4 du régime, dans le centre de la Syrie. Mais c’est Israël qui a été accusé par Damas et ses alliés russe et iranien.

Après avoir menacé le régime d’une «réponse forte», Paris et Washington ont démenti être à l’origine de ces frappes. «En ce moment, les États-Unis ne mènent pas de frappes aériennes en Syrie», a redit lundi après-midi la porte-parole de la Maison-Blanche Sarah Sanders, en insistant bien sur le fait que cela ne présageait pas de l’avenir.

En avril 2017, Donald Trump avait fait bombarder une base militaire syrienne en riposte à une attaque au gaz sarin imputée au régime, qui avait tué plus de 80 civils à Khan Cheikhoun (nord-ouest).

Selon les Casques blancs et l’ONG médicale Syrian American Medical Society, plus de 40 personnes ont péri dans «l’attaque aux gaz toxiques» à Douma, dans la région de la Ghouta orientale que le régime est en passe de reconquérir intégralement.

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UNE SUBSTANCE MORTELLE AJOUTÉE AU CHLORE

PARIS — Une substance a été ajoutée au chlore dans l’attaque chimique survenue samedi dans la zone rebelle de la Ghouta (Syrie) près de Damas, potentiellement du gaz sarin, afin de tuer plus de personnes, affirme le docteur français Raphaël Pitti sur la base d’images reçues par ses contacts sur place.

«Vers 16h30, il y a eu une première attaque chimique, essentiellement du chlore, avec des victimes telles qu’on peut les attendre dans ce genre d’attaques, beaucoup de victimes [par suffocation] mais peu de décès», explique ce responsable d’une ONG française, l’Union des organisations de secours et soins médicaux.

Selon lui, 400 à 500 personnes présentaient alors des symptômes relativement légers, «problèmes de suffocation, troubles visuels avec irritation...». Seule une personne a été tuée par le chlore et cinq autres sous l’effet du bombardement, dit-il.

Deuxième attaque

Lors d’une deuxième attaque, vers 21h locales, «on monte rapidement à 600, 700, 800 victimes arrivant à l’hôpital, présentant toujours la même symptologie respiratoire» mais on découvre aussi «dans des caves, des appartements des gens comme foudroyés par la mort», 42 au total, relève cet anesthésiste-réanimateur et ancien médecin militaire.

«Le chlore ne foudroie pas, même à haute concentration [...] Là, les morts sont couchés les uns sur les autres, donc quelque chose d’autre a été utilisé», du sarin ou un «autre produit caustique par inhalation», avance Raphaël Pitti.

Selon lui, les auteurs de l’attaque ont voulu «camoufler l’utilisation du sarin» derrière le chlore ou «accroître la létalité du chlore» avec l’ajout d’une autre substance. Dans les deux cas, le bilan s’avère beaucoup plus lourd que lors de la première attaque.

Photos des victimes

Le Dr Pitti s’est fait envoyer des photos des victimes sur lesquelles une feuille de papier mentionnant la date et le lieu de la prise a été apposée afin de prouver l’authenticité de la séquence. Il a aussi demandé des photos et vidéos des yeux des victimes pour examiner de plus près les symptômes qu’elles présentent.

Dans tous les cas, il sera impossible selon lui de prouver l’emploi du gaz sarin autrement que par des prélèvements biologiques, ce qui s’annonce compliqué dans un secteur assiégé par le régime.

«Le sarin entraîne un rétrécissement des pupilles [myosis] mais ce n’est pas un produit qui brûle la peau. Sur les images, le caustique utilisé, chlore ou autre produit à haute concentration, a entraîné une brûlure des cornées. De ce fait, on ne peut pas faire le diagnostic de myosis qui signe éventuellement l’utilisation du sarin», souligne-t-il.

«L’attaque chimique ne fait de doute pour personne, y compris pour les gouvernants. Le problème, cela reste de savoir qui est le coupable», déplore-t-il.

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11 CIVILS TUÉS DANS UNE EXPLOSION

IDLEB — Onze civils ont été tués lundi dans une explosion d’origine indéterminée à Idleb, une ville du nord-ouest de la Syrie tenue par des djihadistes, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

La violente détonation a également fait 80 blessés, et le bilan des morts risque de s’alourdir, plusieurs victimes se trouvant dans un état grave ou sous les décombres, selon l’OSDH.

Les causes de l’explosion n’étaient pas claires dans l’immédiat.

Un correspondant de l’AFP sur place a vu un immeuble éventré et d’autres très endommagés, tandis que les secours s’activaient pour tenter de trouver des survivants.

La ville d’Idleb est contrôlée par le groupe Hayat Tahrir Al-Cham, dominé par l’ex-branche syrienne d’Al-Qaida. La province du même nom est la dernière à échapper presque entièrement au régime de Damas.

De nombreux rebelles et leurs familles récemment évacués de la poche insurgée dans la Ghouta orientale, aux portes de Damas, sont partis dans cette province.

Déclenché en 2011 avec la répression par le régime de manifestations pacifiques, le conflit a fait plus de 350 000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.