Foule de gens se rendant au marché à Milan.
Foule de gens se rendant au marché à Milan.

COVID-19: un repli planétaire

PARIS — Écoles, transports, rassemblements sportifs et culturels... la planète a accéléré jeudi un repli sur elle-même à la hauteur de la psychose créée par la pandémie du nouveau coronavirus, qui a provoqué un krach historique des bourses mondiales.

Les restrictions prises en ordre dispersé et la panique des marchés ont été aggravées par l’interdiction temporaire d’entrée aux États-Unis des voyageurs en provenance d’Europe, décrétée mercredi soir à Washington par Donald Trump, qui a déclenché un choc dont les ondes se sont propagées sur tous les continents.

Avec plus de 130 000 personnes contaminées, près de 5000 décès et des infections s’étendant désormais de la Scandinavie à l’Inde, de l’Amérique latine à l’Extrême-Orient, les gouvernements s’escrimaient à freiner la propagation de la maladie COVID-19.

La France, par la voix de son président Emmanuel Macron, a rejoint dans la soirée la liste des pays dont les écoles, crèches et universités vont fermer. Le chef de l’État de l’un des pays les plus touchés d’Europe par la pandémie a demandé aux personnes de plus de 70 ans de rester chez eux, sans toutefois décider le report du premier tour des élections municipales, prévu dimanche.

De probables fermetures de frontières seront probablement nécessaires dans les jours ou les semaines à venir, «mais il faudra les prendre à l’échelle européenne», a annoncé M. Macron, qui a assuré que l’UE devra réagir «fort et vite» pour surmonter la crise économique mondiale provoquée par la pandémie.

Fermetures en cascade

Dans le monde, en Europe notamment, où plus de 20 000 cas sont déjà signalés, l’épidémie poursuit sa progression inexorable, bouleversant la vie quotidienne des populations, de la limitation de déplacements aux fermetures de frontières.

Ainsi à New York, par exemple, des lieux emblématiques ont annoncé leur fermeture comme le Metropolitan Museum et les théâtres de Broadway, et tous les rassemblements de plus de 500 personnes ont été interdits. Le parc d’attractions Disneyland en Californie est aussi fermé par précaution. En Autriche, les stations de ski du Tyrol vont fermer par anticipation tandis qu’en Belgique les lieux de convivialité, comme les restaurants et les cafés vont être clos. À Rome, toutes les églises ont fermé leurs portes aux fidèles jusqu’au 3 avril.

L’Italie a enregistré jeudi son millième mort, entre 5 et 10 000 personnes sont probablement infectées au Royaume-Uni — où seulement 590 cas sont recensés —, selon le gouvernement, et le nombre de cas a explosé en Espagne.

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a averti jeudi d’un risque «élevé» de voir le système de santé dans l’UE et au Royaume-Uni être débordé par l’épidémie.

En Chine en revanche, point de départ de l’épidémie, le nombre de nouvelles contaminations a chuté jeudi à 15, au plus bas depuis la mi-janvier.

L’UE va d’ores et déjà se pencher sur l’impact économique de la décision américaine, la veille, d’interdire l’entrée aux États-Unis à compter de samedi et durant au moins trente jours, des voyageurs en provenance de 26 pays européens.

Pour le directeur général de l’Association internationale du transport aérien (Iata), Alexandre de Juniac, le choc provoqué par cette crise sur son secteur est «extrêmement brutal».

Mais deux pays européens ont pris jeudi des décisions similaires : la Slovaquie a annoncé la fermeture de ses frontières à tous les étrangers à l’exception des Polonais et la République tchèque voisine a interdit l’entrée aux voyageurs arrivant de 15 pays.

131 460 cas

Dans le monde, 131 460 cas ont été recensés dans 116 pays et territoires, causant la mort de 4923 personnes, selon un bilan établi par l’AFP.

Le patron de l’Organisation mondiale de la Santé Tedros Adhanom Ghebreyesus a tenté de rassurer en affirmant que cette pandémie était «maîtrisable».

En Italie, qui compte désormais plus de 15 000 cas, dont plus de 1000 morts, tous les commerces, sauf ceux jugés essentiels, sont désormais fermés.

Des mesures qui ont laissé perplexes les Italiens, peinant à juger lesquels étaient essentiels. Jeudi, il était par exemple impossible de trouver une laverie ouverte, un commerce pourtant exempté de fermeture.

En Espagne, le nombre de cas a bondi à près de 3000 cas — dont une ministre — et le nombre de morts a presque doublé à 84. Les écoles de la région de Madrid ont été fermées. L’ensemble du gouvernement était soumis au test du coronavirus.