Le président des États-Unis Donald Trump a dévoilé jeudi après-midi ces recommandations lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche
Le président des États-Unis Donald Trump a dévoilé jeudi après-midi ces recommandations lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche

COVID-19: 140 000 morts, Trump veut faire «redémarrer l’Amérique»

WASHINGTON — La pandémie de la COVID-19 a franchi jeudi un nouveau seuil, avec plus de 140 000 morts recensés dans le monde dont plus de 32 000 aux États-Unis, mais le président Donald Trump a jugé qu’il était temps de «faire redémarrer l’Amérique».

Depuis son apparition dans la métropole chinoise de Wuhan en décembre, la maladie a infecté plus de deux millions de personnes à travers le monde et les pays occidentaux ont dit jeudi avoir des doutes sur les informations fournies par Pékin sur l’origine du virus.

Pour tenter de freiner sa course, environ 4,4 milliards d’êtres humains, soit près de 57% de la population mondiale, sont actuellement confinés, sous état d’urgence ou contraints par leurs autorités à rester chez eux. Et cela pèse lourdement sur l’économie mondiale.

Tiraillées entre les impératifs sanitaires et l’urgence de minimiser les coûts sur l’emploi ou la croissance, les autorités avancent vers le déconfinement en ordre dispersé. Après la France ou l’Allemagne, le président américain Donald Trump a révélé jeudi son plan pour faire redémarrer la première économie du monde.

Avec plus de 650 000 cas recensés, les États-Unis sont la nouvelle ligne de front. Avec des pans entiers de l’économie en sommeil, ce sont plus de 22 millions de personnes qui se sont inscrites au chômage au cours des quatre dernières semaines.

Déterminé à réduire la facture économique, Donald Trump a jugé qu’en raison du ralentissement de la pandémie, «des grandes parties du pays pouvaient songer à rouvrir».

«La décision reviendra aux gouverneurs», a-t-il précisé, tout en estimant que certains États pourraient «littéralement» entamer le déconfinement «dès demain».

Les recommandations fédérales publiées par la Maison-Blanche prévoient que les États se basent sur un certain nombre de critères précis pour renouer avec le cours de leurs activités en trois étapes. «Nous n’ouvrons pas tout d’un coup, on rouvre prudemment pas à pas», a précisé Donald Trump.

«Oeil du cyclone»

Arguant du ralentissement des admissions en soins intensifs et des hospitalisations, plusieurs pays européens ont eux aussi commencé à préparer le retour à la normale.

La Suisse a annoncé jeudi un déconfinement «progressif» à compter du 27 avril, tandis que l’Allemagne compte rouvrir prochainement certains magasins et, à partir du 4 mai, les écoles.

Mercredi, près de la moitié des écoliers du Danemark ont retrouvé leur classe. L’Autriche a rouvert mardi ses petits commerces non essentiels et l’Italie, deuxième pays le plus affecté au monde avec plus de 21 000 morts, a rouvert certaines boutiques.

En Espagne (plus de 19 000 morts), une partie des salariés ont repris le chemin du travail. Mais le confinement devrait être prolongé au-delà du 25 avril.

La France, qui déplore près de 18 000 morts, prépare son plan de déconfinement progressif à partir du 11 mai, avec cependant des interrogations sur la réouverture des écoles.

Mais l’Europe reste dans «l’oeil du cyclone» et ne doit «pas baisser la garde», a mis en garde l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en notant des «chiffres constants ou accrus» de contaminations au Royaume-Uni et dans l’est du continent.

De fait, 861 décès supplémentaires ont été enregistrés ces dernières 24 heures au Royaume-Uni (près de 14 000 morts au total) et le gouvernement a décidé de prolonger le confinement «pour au moins trois semaines».

La Russie bat elle chaque jour de nouveaux records d’infections (27 938 malades et 232 morts), alors que les Moscovites respectent peu le confinement. Le président Vladimir Poutine s’est résolu à reporter la grande parade militaire du 9 mai, grand-messe patriotique célébrant la victoire sur l’Allemagne nazie en 1945. Les risques «sont encore extrêmement élevés», a-t-il reconnu.

Chauve-souris

Washington, Paris et Londres ont par ailleurs exprimé des doutes jeudi sur les informations fournies par la Chine au début de l’épidémie. «Nous menons une enquête exhaustive sur tout ce que nous pouvons apprendre sur la façon dont ce virus s’est propagé», a déclaré le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

«Il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas», a embrayé le président français Emmanuel Macron.

Le Royaume-Uni a également averti la Chine qu’elle devrait répondre à des «questions difficiles sur l’apparition du virus.

Le nouveau coronavirus est soupçonné d’être apparu dans un marché en plein air de Wuhan où des animaux exotiques étaient vendus vivants. D’origine animale et proche d’un virus présent chez des chauves-souris, il aurait pu s’y transmettre à l’Homme et muter.

Mais des médias américains ont ouvert une autre piste. Selon le Washington Post, l’ambassade des États-Unis à Pékin avait alerté Washington il y a deux ans sur les mesures de sécurité insuffisantes dans un laboratoire local qui étudiait les coronavirus chez les chauves-souris.

Et d’après Fox News, le coronavirus actuel émanerait de ce laboratoire, même s’il s’agirait bien d’un virus naturel -et non un agent pathogène créé par les Chinois-, et que sa «fuite» serait involontaire, conséquence de mauvais protocoles de sécurité.

Un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a balayé ces accusations. «De nombreux experts médicaux réputés dans le monde estiment que l’hypothèse d’une prétendue fuite n’a aucune base scientifique», a-t-il déclaré.

«Transparence» 

L’administration Trump a dénoncé à plusieurs reprises le manque de transparence de la Chine, voire une opération de «dissimulation» de Pékin sur la gravité du virus.

Washington accuse aussi l’OMS de s’être alignée sur les positions chinoises, et a suspendu les fonds américains à l’agence onusienne pour sa «mauvaise gestion» de l’épidémie.

Le rôle de l’OMS a été abordé jeudi par les dirigeants du G7 lors d’une réunion en visio-conférence. La Maison-Blanche a affirmé que les échanges avaient porté sur «le manque de transparence et la mauvaise gestion systématique de la pandémie par l’OMS».

La Chine a d'ailleurs revu son bilan à la hausse vendredi. Le bilan de COVID-19 en Chine s'est brutalement alourdi, la mairie de Wuhan, où le virus est apparu fin 2019, révisant ses chiffres à la hausse avec 1290 décès supplémentaires.

Ce nouveau décompte porte à 4632 le bilan des décès enregistré dans le pays le plus peuplé du monde.

Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, la ville de 11 millions d’habitants placée sous quarantaine à partir de fin janvier explique qu’au plus fort de l’épidémie, certains patients sont décédés chez eux faute de pouvoir être pris en charge dans les hôpitaux.

Ils n’avaient donc pas été comptabilisés jusqu’à présent dans les statistiques officielles qui ne prennent en compte que les personnes décédées à l’hôpital.

Ces nouvelles statistiques font bondir de 50% le bilan de la seule ville de Wuhan, qui s’inscrit désormais à 3869 morts.

Le total des cas de contamination constaté à Wuhan est lui aussi révisé en hausse mais de seulement 325, à 50 333 cas pour la ville, située dans le centre du pays. Pour l’ensemble de la Chine, le nombre de contaminations dépasse les 80 000.

Pékin affirme avoir largement endigué l’épidémie mais, à l’étranger, de nombreuses voix ont mis en doute le bilan officiel diffusé par les autorités chinoises.