Rayshard Brooks, un père de famille noir âgé de 27 ans a été tué de deux balles dans le dos par un agent blanc qui voulait l'arrêter pour ébriété sur la voie publique.
Rayshard Brooks, un père de famille noir âgé de 27 ans a été tué de deux balles dans le dos par un agent blanc qui voulait l'arrêter pour ébriété sur la voie publique.

Colère antiraciste aux États-Unis: un policier inculpé de «meurtre» à Atlanta

ATLANTA — Un ancien policier blanc a été inculpé de «meurtre» mercredi, cinq jours après avoir abattu un jeune homme noir à Atlanta, un drame qui a ravivé les appels à réformer les forces de l'ordre aux États-Unis, extrêmement pressants depuis le calvaire de George Floyd.

Sous la pression de la rue, les initiatives se multiplient au niveau local, à Washington et même à l'ONU, pour s'attaquer aux violences policières qui visent de manière disproportionnée la population afro-américaine.

Après un timide décret du président Donald Trump, les sénateurs républicains ont présenté mercredi un projet de loi qui s'attaque aux «clés d'étranglement» et à la formation des agents de police, sans toucher à la large immunité dont ils bénéficient depuis des années.

Or, l'absence de poursuites contre les policiers en cas d'abus de leur force est l'un des principaux griefs mis en avant par les foules qui manifestent dans tous les États-Unis depuis qu'un policier blanc a asphyxié George Floyd, un quadragénaire noir, le 25 mai à Minneapolis.

Alors que les cortèges commençaient à s'amenuiser, un nouveau drame, survenu vendredi soir à Atlanta, la grande ville du Sud, a ravivé la colère: Rayshard Brooks, un père de famille noir âgé de 27 ans a été tué de deux balles dans le dos par un agent blanc qui voulait l'arrêter pour ébriété sur la voie publique.

Immédiatement licencié de la police, Garrett Rolfe, 27 ans, a été inculpé mercredi pour «meurtre», un chef passible de la peine de mort dans l'État de Géorgie. Un collègue présent sur les lieux, Devin Brosnan, fait l'objet de poursuites pour «agression» et des mandats d'arrêt ont été émis à leur encontre.

Coup de pied 

«Nous avons conclu qu'au moment de sa mort, M. Brooks ne représentait pas une menace immédiate de mort ou de blessures graves pour les agents», a justifié le procureur du comté de Fulton, Paul Howard, lors d'une conférence de presse.

Les deux policiers avaient été appelés par les employés d'un établissement de restauration rapide parce que M. Brooks s'était endormi au volant de son véhicule et bloquait l'accès au service au volant.

À leur arrivée, il s'était montré «cordial» et «coopératif», selon le procureur, mais la situation avait dégénéré après plus de 40 minutes quand les policiers avaient voulu l'interpeller.

Il s'était alors saisi du Taser d'un des agents et s'était enfui. C'est alors que Garrett Rolfe avait ouvert le feu.

Garrett Rolfe, 27 ans, a été inculpé mercredi pour «meurtre», un chef passible de la peine de mort dans l'État de Géorgie.

Une vidéo a révélé que le policier avait donné un coup de pied à sa victime une fois celle-ci à terre. Cela «ne reflète pas un sentiment de peur envers M. Brooks, mais une autre sorte d'émotion», a commenté Paul Howard.

Le procureur s'est tout de même félicité d'un fait «remarquable»: le deuxième agent a accepté de coopérer avec la justice et de témoigner contre Garrett Rolfe, ce qui est très rare dans ce type de dossier.

L'avocat de la veuve de M. Brooks l'a remercié pour son «courage». «Ce sont ce type d'agents qui feront changer la police», a déclaré Me Chris Stewart.

«Nous aider»

Pour obtenir des réformes, le frère de George Floyd s'en est lui remis aux Nations unies. «Vous avez le pouvoir de nous aider à obtenir justice», a lancé Philonise Floyd dans une vidéo diffusée lors d'un débat exceptionnel du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU à Genève.

«La façon dont mon frère a été torturé et tué devant une caméra est la façon dont les personnes noires sont traitées par la police en Amérique», a-t-il asséné.

Sur un ton combatif, il a demandé aux États-membres de mettre en place une «commission d'enquête indépendante sur les personnes noires tuées par la police aux États-Unis et sur la violence déployée contre des manifestants pacifiques».

Sans mentionner les États-Unis, la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Michelle Bachelet, a dénoncé «le racisme systémique» et appelé à «faire amende honorable» pour des siècles d'oppression des populations noires, avec «des excuses officielles» et des «réparations».

Le Conseil doit se prononcer jeudi sur un projet de résolution présenté par le groupe africain condamnant les «pratiques raciales discriminatoires et violentes» de la police américaine et au-delà.

Le sénateur républicain Tim Scott, porteur du projet de loi, et des collègues ont présenté un projet de réforme de la police qui s’attaque aux sujets épineux des prises d’étranglement et de la formation des policiers.

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LES RÉPUBLICAINS PROPOSENT UNE LOI POUR RÉFORMER LA POLICE

Des sénateurs républicains ont présenté mercredi un projet de réforme de la police qui s’attaque, après Donald Trump la veille, aux sujets épineux des prises d’étranglement et de la formation des policiers pour tenter de répondre à la vague de colère contre le racisme aux États-Unis.  

Majoritaires au Sénat, les républicains soumettront ce texte au vote la semaine prochaine. Mais son avenir est incertain à la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates qui ont proposé leur propre réforme allant beaucoup plus loin.  

Les négociations s’annoncent difficiles. Mais les deux partis semblent décidés à adopter des mesures rapidement face au mouvement de protestation qui secoue les États-unis depuis la mort de George Floyd, un homme noir asphyxié sous le genou d’un policier blanc le 25 mai à Minneapolis.  

N’ayant qu’un pouvoir limité sur la police, le président républicain Donald Trump a signé mardi un décret interdisant les prises d’étranglement, sauf en cas de danger pour la vie du policier, et ordonnant une réforme limitée des forces de l’ordre. Il a appelé le Congrès à inscrire rapidement dans la loi des mesures plus complètes.

Le sénateur républicain Tim Scott, porteur du projet de loi, a souligné mercredi que son texte comprenait «de fait une interdiction des prises d’étranglement», mais il se limite à supprimer les subventions fédérales aux services de police autorisant cette pratique.  

Les démocrates, eux, prévoient une interdiction pure et simple dans tout le pays.

Le projet de loi républicain prévoit aussi d’utiliser le levier des subventions fédérales pour pousser les services de police à améliorer leur formation ainsi qu’à fournir au gouvernement les données sur les agents signalés pour leur mauvaises pratiques.  Elles viendraient alimenter une base de données prévue par le décret présidentiel.  

Le texte ne s’attaque pas à la large immunité dont jouissent les policiers, contrairement à celui des démocrates. Tim Scott a expliqué qu’inclure des mesures en ce sens le condamnerait à l’échec au Sénat, compte tenu de l’opposition de nombreux républicains.  

«J’espère que le président ralliera ses forces» et signalera sa volonté de promulguer le texte, a ajouté Tim Scott, seul sénateur afro-américain du côté républicain.  

La proposition des républicains est «inadéquate», a jugé la présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi.  

Les démocrates pourraient également voter la semaine prochaine à la Chambre sur leur propre projet de loi, qui était soumis à un premier vote en commission mercredi.