Les deux Français, Laurent Lassimouillas et Patrick Picque, avaient été enlevés le 1er mai dernier lors d'un séjour touristique au Bénin, pays jusque-là épargné par l'insécurité en Afrique de l'Ouest, où opèrent de nombreux groupes djihadistes liés à Al-Qaida et à l'organisation État islamique.

Burkina Faso: l'armée française libère quatre otages, deux militaires tués

PARIS — Les forces spéciales françaises ont libéré quatre otages — deux Français, une Américaine et une Sud-coréenne — au cours d'une intervention «d'une très grande complexité» dans le nord du Burkina Faso, pendant laquelle deux militaires français ont été tués.

Cette libération a pu être obtenue grâce à «une opération d'une très grande complexité menée dans la nuit du 9 au 10 mai au nord-Burkina», a commenté vendredi la ministre française des Armées, Florence Parly, lors d'une conférence de presse.

«C'est une opération d'une rare difficulté que peu d'armées au monde sont capables de mener», a-t-elle fait valoir en rendant hommage à «l'héroisme des forces spéciales» françaises qui ont perdu deux des leurs pendant l'assaut contre les ravisseurs, dont quatre ont été tués.

Selon le récit du chef d'état-major français, le général François Lecointre, «les commandos des forces spéciales se sont inflitrés dans la nuit noire sur une distance de 200 mètres, malgré la présence d'une sentinelle», avant d'être finalement repérés à 10 m des abris des ravisseurs.

Cette opération a été «rendue possible par la mobilisation des moyens de [la force antidjihadiste française au Sahel] Barkhane, le soutien logistique des forces burkinabè et le soutien américain en renseignement», a précisé le général.

Les deux Français, Patrick Picque et Laurent Lassimouillas, avaient été enlevés le 1er mai dernier pendant un séjour touristique au Bénin, pays jusque-là épargné par l'insécurité en Afrique de l'Ouest.

Le corps du guide béninois des deux Français avait été découvert samedi dans le parc national de la Pendjari où ils effectuaient un safari. Leur véhicule avait été retrouvé dans l'est du Burkina Faso, pays confronté à une grave dégradation de la situation sécuritaire sur son sol depuis trois ans.

Otages depuis 28 jours

Quant aux deux autres otages libérées, une Américaine et une Sud-coréenne, personne n'avait connaissance de leur présence au Burkina, a affirmé le général Lecointre. «A priori, elles étaient otages depuis 28 jours», a-t-il précisé.

Le président Emmanuel Macron accueillera samedi à 17h locales (11h, heure du Québec) les deux ressortissants français, ainsi que l'ex-otage sud-coréenne, à l'aéroport militaire de Villacoublay, en région parisienne.

Au cours de l'opération, deux militaires ont trouvé la mort au combat, le maître Cédric de Pierrepont et le maître Alain Bertoncello, membres du prestigieux commando marine Hubert, unité d'élite de la Marine française.

Le président Macron «s'incline avec émotion et gravité devant le sacrifice de nos deux militaires, qui ont donné leur vie pour sauver celles de nos concitoyens», selon le palais de l'Élysée. Il présidera «en début de semaine prochaine» une cérémonie d'hommage national aux deux commandos marine.

«La France a perdu deux de ses fils, nous perdons deux de nos frères», a commenté avec émotion le général Lecointre, gorge nouée.

Les autorités françaises suivaient l'évolution des ravisseurs depuis plusieurs jours et ont saisi l'opportunité d'agir en raison du risque «de transfèrement de ces otages à une autre organisation terroriste qui agit au Mali [...] la Katiba Macina» du prédicateur Amadou Koufa, ce qui aurait dès lors «rendu impossible d'organiser une quelconque opération de libération», a-t-il détaillé.

L'identité des preneurs d'otages qui avaient enlevés les deux touristes français au Bénin voisin le 1er mai est encore inconnue. Il est «trop tôt pour se prononcer», a déclaré Mme Parly.

«Ce que l'on peut dire c'est qu'il y a deux mouvements terroristes principaux qui opèrent dans cette zone et qui sont affiliés pour l'un à Al Qaïda, pour l'autre à l'EIGS [État islamique au Grand Sahara]. Nous n'en savons pas plus pour l'instant», a-t-elle précisé.

«Insécurité totale»

«Nos remerciements à la France, au Burkina Faso et au Bénin pour leurs partenariats forts dans la lutte contre le terrorisme», a réagi sur Twitter le responsable du département d'État américain chargé de l'Afrique, Tibor Nagy.

La présidence béninoise s'est félicité dans un communiqué de la «parfaite coopération entre les services béninois, burkinabé et français», tandis que le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré a salué «l'intervention militaire conjointe, qui a permis d'atteindre ces objectifs, traduit notre engagement à lutter contre les forces du mal».

Le Burkina accueille en banlieue de Ouagadougou la composante «forces spéciales» (Task Force Sabre) du dispositif militaire français dans la bande sahélo-saharienne. La France est déjà intervenue à plusieurs reprises dans le nord du Burkina dans le cadre de Barkhane, qui compte 4500 soldats au Sahel.

«Dans cette région, il y a une insécurité totale dans laquelle pénètrent à la fois des groupes terroristes, des groupes de trafiquants, parfois des revendications ethniques», a déclaré vendredi à l'AFP le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Le nord des pays côtiers de l'Afrique de l'Ouest, comme le Togo et le Bénin, est devenu vulnérable ces derniers mois à la stratégie d'expansion et de multiplication des fronts adoptée par les groupes armés.

Des groupes armés islamistes s'étaient emparés en 2012-13 du nord du Mali avant d'en être en grande partie chassés par une intervention militaire française. Mais ils ont regagné du terrain dans le centre de ce pays et le phénomène s'étend au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant souvent à des conflits intercommunautaires.