Le premier ministre britannique, Boris Johnson
Le premier ministre britannique, Boris Johnson

Brexit: les négociations tendues par le défi de Londres à l'UE

Pauline Froissart
Agence France-Presse
LONDRES — Les négociations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne reprennent ce mercredi dans un climat plombé par la volonté de Londres de revenir sur certains engagements, en violation assumée du droit international, s'exposant à de «graves conséquences» de la part de Bruxelles.

Boris Johnson sera lui-même en première ligne à la séance hebdomadaire des questions au premier ministre au Parlement.

La huitième session de négociations entre les deux parties sur leur relation post-Brexit s'était ouverte mardi, et doit durer jusqu'à jeudi. Mais l'issue en est toujours plus incertaine.

La volonté britannique de réviser certaines parties de l'accord encadrant la sortie de l'UE fin janvier dernier, révélée lundi par le Financial Times, a surpris les Européens. Remontés, ils ont rappelé à Londres ses obligations et mis en garde sur un coup porté à la «confiance».

«Toute tentative par le Royaume-Uni de saper l'accord aurait de graves conséquences», a averti le président du Parlement européen, David Sassoli.

Le chef de la diplomatie irlandais, Simon Coveney, a lui prévenu devant les députés de son pays que «les progrès sur le futur partenariat sont inextricablement liés à l'application totale de l'accord de retrait» de l'UE.

Interrogé par les députés sur les révisions que le gouvernement compte introduire mercredi, le secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord Brandon Lewis avait reconnu précédemment que la démarche britannique «viole le droit international d'une manière très spécifique et limitée». Le gouvernement compte retoucher pour le «clarifier» le protocole prévoyant des arrangements douaniers pour l'Irlande du Nord.

Le Daily Telegraph, le Financial Times et le Guardian ont mis cet aveu à la Une de leur édition de mercredi. Le journal y consacre même l'essentiel de sa Une au fait que la Grande-Bretagne «renonce aux règles».

Le texte initial vise à garantir l'absence de frontière physique entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, membre de l'UE, et à éviter la résurgence de tensions dans cette région, ensanglantée par trois décennies de «Troubles» jusqu'à la signature de l'accord de paix du Vendredi saint en 1998.

Cette révision a l'objectif de s'assurer que les «personnes et les entreprises d'Irlande du Nord aient un accès sans entraves à l'ensemble du marché britannique», a expliqué Brandon Lewis.

Ce revirement a agacé y compris sur le sol britannique, jusqu'à l'ancienne première ministre Theresa May, qui avait démissionné après avoir buté sur la question de l'Irlande du Nord dans les négociations sur le Brexit.

Devant les députés, elle a demandé à M. Lewis comment le gouvernement pouvait rassurer ses futurs partenaires internationaux sur le fait qu'il tiendrait ses engagements.

Selon le Financial Times, le directeur des services juridiques du gouvernement britannique, Jonathan Jones, a démissionné en raison de cette révision. Une information développée à la Une du Times mercredi.

«No deal»?

Le Royaume-Uni a formellement quitté l'UE le 31 janvier, près de quatre ans après un référendum historique marquant la fin de 46 ans d'un mariage houleux.

Mais il reste régi par la réglementation européenne jusqu'à fin décembre, période de transition pendant laquelle les deux parties tentent de conclure un accord de libre-échange.

Avant le démarrage de la huitième session de discussions, le négociateur britannique David Frost avait appelé l'UE à «faire preuve de plus de réalisme sur le statut de pays indépendant» du Royaume-Uni.

Les négociations butent notamment sur la pêche et les conditions de concurrence équitable. Le temps presse, Bruxelles voulant un accord d'ici à la fin octobre pour permettre une ratification dans les temps.

Le premier ministre Boris Johnson a averti de son côté que faute de compromis d'ici au sommet européen du 15 octobre, il se satisferait d'un «no deal» malgré les risques de dégâts économiques en période de crise historique provoquée par la pandémie de coronavirus.

Il a même estimé lundi que cela représenterait «une bonne issue» permettant au Royaume-Uni de «prospérer» car il aurait «la liberté de conclure des accords commerciaux avec tous les pays du monde».

Sur Channel 5, le chef de l'opposition travailliste, Keir Starmer, l'a enjoint d'«obtenir un accord» pour «aller de l'avant» et se concentrer plutôt sur la lutte contre la pandémie.

Les milieux d'affaires se montrent plus inquiets aussi et la livre s'est orientée à la baisse pour la deuxième journée consécutive mardi.

Rompre ses engagements au péril de la paix en Irlande du Nord pourrait nuire aussi aux négociations du Royaume-Uni avec d'autres pays, principalement les États-Unis avec lesquels Londres veut décrocher un accord commercial ambitieux d'ici à la fin de l'année.