Des musulmans bosniaques, survivants du massacre de Prijedor en 1992, se recueillent sur les tombes de 86 victimes enterrées 27 ans après la tragédie.

Bosnie: obsèques de 86 victimes, 27 ans après un massacre

PRIJEDOR — Des centaines de personnes ont assisté samedi aux obsèques de 86 victimes d'un massacre commis au début de la guerre de Bosnie (1992-95) par les forces serbes contre des détenus bosniaques (musulmans) de Prijedor (nord-ouest).

Les restes de ces victimes, des hommes, dont plusieurs adolescents, ont été découverts en 2017 dans une fosse commune à Koricanske Stijene, une région montagneuse de Bosnie centrale.

Ces restes se trouvaient au fond d'un ravin et ils étaient couverts par une énorme quantité de pierres.

Ils faisaient partie d'un groupe de plus de 200 civils, notamment des Bosniaques, mais aussi plusieurs Croates (catholiques), qui avaient préalablement été détenus dans un camp à Trnopolje, dans la région de Prijedor.

Le 21 août 1992, ils avaient été emmenés, officiellement pour un échange de détenus. Mais lorsque le convoi est arrivé dans localité de Koricanske Stijene, ils ont été sortis des bus, alignés en haut d'un ravin et exécutés, selon plusieurs verdicts prononcés par la justice locale contre des membres des forces serbes de Bosnie.

Il s'agit de l'un des épisodes les plus macabres du conflit intercommunautaire bosnien qui avait fait près de 100 000 morts.

Medina Garibovic, 29 ans, qui vit aujourd'hui en Suisse, est venue assister à l'enterrement de son père Sefik, qui avait à l'époque 35 ans.

«On s'était séparés en mai 1992 à la gare ferroviaire de Trnopolje [un village de Prijedor]. Ma mère, ma soeur et moi, nous étions parties d'abord en Slovénie. Il devait nous rejoindre une semaine plus tard. Mais il a été amené dans le camp de Trnopolje et il n'est plus jamais rentré», raconte à l'AFP cette jeune femme.

Sefik Garibovic est monté à bord d'un bus qui l'a conduit à Koricanske Stijene. Tout comme Himzo Mrkalj, dont la plupart des restes ont aussi été trouvés lors des exhumations en 2017.

«Lors d'une première exhumation, on avait trouvé un os et deux dents de mon mari. Maintenant, on a trouvé plus de restes et nous avons décidé de l'enterrer», dit à l'AFP Nasima Mrkalj, 71 ans, l'épouse de Himzo.

«D'un côté, je suis contente, mais la douleur est plus grande que cette satisfaction», ajoute cette femme qui vit au Danemark.

À ce jour, 181 victimes du massacre de Koricanske Stijene ont été retrouvées et identifiées, dont 176 Bosniaques et cinq Croates, selon Mujo Begic, un responsable de l'Institut bosnien pour les personnes disparues.

Après la prise de contrôle de la région de Prijedor, en avril 1992, les forces serbes y ont tué quelque 3200 personnes, dont 250 femmes et une centaine d'enfants, selon des associations de victimes. Quelque 650 personnes sont toujours portées disparues.