Avortement en Irlande: le «oui» recueille 60%

DUBLIN — Le «oui» a obtenu un peu plus de 60% des voix lors du référendum historique en Irlande sur la libéralisation de l’avortement, selon les premiers résultats officiels partiels publiés samedi.

Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a estimé samedi que le «oui», donné largement en tête du référendum sur la libéralisation de l’avortement en Irlande, constituait «l’aboutissement d’une révolution tranquille».

«Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est l’aboutissement d’une révolution tranquille qui s’est déroulée en Irlande au cours des 10 ou 20 dernières années», a-t-il déclaré sur la chaîne publique RTE.

Un vote historique: l’Irlande, pays à forte tradition catholique, a massivement voté par référendum vendredi pour la légalisation de l’avortement, grâce au large soutien des jeunes, selon des sondages de sortie des urnes publiés avant le décompte officiel des votes qui a débuté samedi matin.

Les opérations de dépouillement des bulletins de vote ont commencé à 09H00 locales (08H00 GMT) dans les 26 centres de comptage de la petite république où la loi sur l’IVG est actuellement l’une des plus restrictives d’Europe, avec l’Irlande du Nord et Malte.

Les premiers résultats seront dévoilés à partir de 11H00 GMT, avant d’être proclamés dans leur totalité dans l’après-midi au château de Dublin, trois ans après la légalisation, par référendum également, du mariage homosexuel, qui avait déjà provoqué un séisme culturel dans le pays de 4,7 millions d’habitants.

«Il semble que nous allons faire l’Histoire», a tweeté vendredi soir le premier ministre Leo Varadkar, après la publication de deux sondages de sortie des urnes donnant le «oui», pour lequel il a fait campagne, très largement en tête.

Le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères Simon Coveney s’est lui dit «fier d’être Irlandais», anticipant «un résultat sensationnel qui apportera un changement fondamental pour le mieux».

«Un jour historique [...] pour l’Irlande, et j’espère un aussi pour l’Irlande du Nord», province britannique voisine où la législation est beaucoup plus stricte que dans le reste du Royaume-Uni, a tweeté la ministre britannique du Développement international et secrétaire d’État pour les Femmes et l’Égalité, Penny Mordaunt.

Selon un sondage réalisé par Behaviour & Attitudes pour le compte de la chaîne publique RTE auprès de 3.800 électeurs, 69,4% des électeurs ont voté pour le «oui», contre 30,6% pour le «non».

Un autre sondage, de l’institut Ipsos/MRBI réalisé pour le journal Irish Times auprès de 4000 électeurs, donne le «oui» gagnant avec 68% des votes, contre 32% souhaitant le statu quo.

Le changement de législation est plébiscité à 87% chez les 18-24 ans et à 83% chez les 25-34 ans, tandis que les personnes de plus de 65 ans ont voté majoritairement contre (60%). Le «oui» est aussi largement majoritaire chez les femmes (70%) comme chez les hommes (65%).

La fracture est moins nette qu’attendu entre les centres urbains (favorables à l’avortement à 71%, voire 77% à Dublin) et les zones rurales (60%) traditionnellement plus conservatrices.

«Immense désir de changement»

«Le vote pour le Oui montre un immense désir de changement que personne n’avait prévu», écrit le Irish Times. «La victoire de la campagne pour le Oui semble n’être ni étroite ni basée sur quelques segments seulement de la société irlandaise».

Cora Sherlock, porte-parole de la «Pro Life Campaign», a elle fait part de sa déception sur Twitter. «S’ils sont exacts, les sondages de sortie des urnes dépeignent une situation très triste», a-t-elle réagi. «L’avortement à la demande porterait un coup tragique à l’Irlande».

Près de 3,5 millions d’électeurs étaient appelés à se prononcer à l’issue d’une campagne âpre. La mobilisation de l’électorat a été l’un des grands axes des militants anti et proavortement, les premiers tablant sur un sursaut de l’Irlande rurale, tandis que les seconds ont fortement encouragé les jeunes à s’inscrire et à voter.

La consultation posait précisément la question de l’abrogation du 8e amendement de la Constitution irlandaise, introduit en 1983, qui interdit l’avortement au nom du droit à la vie de «l’enfant à naître [...] égal à celui de la mère».

Après le décès de septicémie d’une femme enceinte, une réforme a été introduite en 2013 permettant une exception lorsque la vie de la mère est menacée.

Mais l’IVG reste interdite même en cas de viol, d’inceste ou de malformation du foetus, contraignant des dizaines de milliers de femmes à aller avorter à l’étranger au cours des trente dernières années.

La consultation intervient à trois mois d’une visite du pape François en Irlande. Elle traduit le déclin de l’influence de l’Église catholique, dont la puissante tutelle s’est érodée en raison des bouleversements économiques et sociaux. Elle paie aussi le prix des affaires de pédophilie impliquant des prêtres.

Selon Diarmaid Ferriter, professeur d’histoire irlandaise à l’University College Dublin, les mentalités ont profondément évolué depuis 1983.

«A l’époque, le débat était dominé par des voix plus âgées, masculines, et l’Église se trouvait manifestement dans une position beaucoup plus puissante qu’aujourd’hui», a-t-il dit à l’AFP. «Le profil des militants des deux côtés est bien plus jeune aujourd’hui».

Si la victoire du «Oui» est confirmée, le gouvernement élaborera dans la foulée un nouveau projet de loi autorisant l’avortement pendant les douze premières semaines de grossesse, et jusqu’à 24 semaines pour raisons de santé.