Des policiers et des membres des services d'urgence ont été mobilisés samedi dans le centre de Paris après une attaque au couteau qui a fait deux morts (dont l'assaillant) et plusieurs blessés.

Attaque au couteau à Paris: perquisition à Strasbourg

PARIS - Une dizaine de policiers porteurs de cagoules et lourdement armés ont effectué dimanche à Strasbourg, dans l’est de la France, une perquisition au domicile d’un ami de Khamzat Azimov, l’auteur de l’attaque au couteau qui a fait un mort samedi soir à Paris, après l’avoir arrêté, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Les policiers ont quitté l’immeuble du quartier de L’Esplanade avec un homme menotté, le visage également dissimulé par une cagoule et qui portait un t-shirt noir avec l’inscription Grozny, la capitale de la Tchétchénie, et le dessin d’une kalachnikov dans le dos. Un deuxième homme a également été emmené par les policiers, mais sans être menotté.

Une policière a quitté les lieux, avec un sac contenant un ordinateur.

Selon une source proche du dossier, l’ami de Khamzat Azimov, né comme lui en 1997, était «l’individu le plus proche» de l’auteur de l’attaque, qui a vécu plusieurs années à Strasbourg.

Le jeune homme a été placé en garde à vue dans cette ville et devait être interrogé par des enquêteurs de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) avant son éventuel transfert à Paris.

«Aucun élément particulier n’a été découvert pendant la perquisition» mais les éléments recueillis devaient encore être exploités, a-t-on précisé de même source.

Revendiquée par le groupe État islamique, l’attaque de samedi soir dans le quartier de l’Opéra Garnier a provoqué la mort d’un jeune Français de 29 ans. Quatre autres personnes, âgées de 26 à 54 ans ont été blessées mais sont hors de danger, selon les autorités. L’assaillant a été tué par un des policiers arrivés sur les lieux.

Déjà surveillé

Selon les autorités françaises, l’auteur présumé de cette attaque figurait depuis 2016 sur le fichier «S» (risque d’atteinte à la «Sûreté de l’Etat») des services du renseignement.

Le jeune homme, abattu par les policiers juste après l’attaque, «est un Français né en Tchétchénie en 1997. Son père et sa mère ont été placés en garde à vue dimanche matin», a déclaré à l’AFP une source judiciaire.

«Il n’avait pas d’antécédent judiciaire», a-t-elle ajouté.

Un passant, âgé de 29 ans, a été tué et quatre personnes blessées par cet homme armé d’un couteau qui a crié «Allah Akbar», selon des témoins. Les blessés sont hors de danger, a indiqué dans la nuit le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb.

Le groupe jihadiste État islamique, qui a frappé plusieurs fois la France depuis 2015, a rapidement revendiqué l’attaque. «L’auteur de cette attaque au couteau à Paris est un soldat de l’État islamique», selon Amaq, l’agence de presse de l’EI.

«La France paye une nouvelle fois le prix du sang, mais ne cède pas un pouce aux ennemis de la liberté», a réagi le président français Emmanuel Macron sur Twitter.

Le premier ministre Édouard Philippe a salué «l’exceptionnelle réactivité des forces de police», dont l’intervention en quelques minutes a permis d’éviter «un bilan plus lourd».

L’agression a eu lieu peu avant 21H00 heure locale, rue Monsigny, dans le IIe arrondissement, en plein coeur de Paris près de l’Opéra, un quartier touristique de bars, restaurants et théâtres très fréquenté le samedi soir.

«A ce stade et sur la foi d’une part de témoignages faisant état du fait que l’agresseur a crié +Allah Akbar+ en attaquant les passants au couteau», et «compte tenu du mode opératoire, nous avons saisi la section antiterroriste du parquet de Paris», a déclaré le procureur de la République François Molins.

Un policier a fait usage d’un pistolet à impulsions électriques pour maîtriser l’assaillant, qui avait menacé les forces de l’ordre. Puis un deuxième fonctionnaire de police lui a tiré dessus à deux reprises, le blessant mortellement, selon une source policière.

Un homme de 34 ans a été transporté en «urgence absolue» à l’hôpital parisien Georges-Pompidou et une femme de 54 ans a aussi été grièvement blessée. Une femme de 26 ans et un homme de 31 ans l’ont été plus légèrement.

«La personne la plus grièvement blessée [...] va mieux», elle «a été opérée et donc aujourd’hui elle est sauvée», s’est réjoui dans la nuit Gérard Collomb qui s’est rendu à son chevet à Georges-Pompidou. «Deux de ses amis sont dans un autre hôpital, ils sont totalement hors de danger. Une quatrième personne qui avait été blessée est aussi hors de danger», a-t-il ajouté.

Le ministre a tenu à «saluer la mémoire» du jeune homme qui «a perdu la vie». «C’est à nouveau la jeunesse de France qui est frappée», a-t-il relevé, deux ans et demi après les attentats sanglants du 13 novembre 2015, au Bataclan et sur des terrasses des Xe et XIe arrondissements de Paris.

Près de l’Opéra, les témoins racontaient la panique qui a saisi ceux qui passaient la soirée dans le quartier. «On a entendu deux coups de feu, on ne savait pas ce que c’était, on a vu des gens partir en courant et on est partis en courant aussi», a raconté Sébastien qui se trouvait à la terrasse bondée d’un café avec deux amis.

«On a croisé quelqu’un qui sortait de l’immeuble et qui a dit avoir vu l’assaillant égorger quelqu’un. Des gens se sont réfugiés dans le bar», a ajouté son ami Maxime.

Des enquêteurs en identité judiciaire étudiaient la scène de crime rue Monsigny, dans le IIe arrondissement, en plein coeur de Paris.

«Représailles»

«Ce soir, notre ville a été meurtrie», a dit la mairesse de Paris, Anne Hidalgo, qui s'est rendue sur place. «Une attaque lâche et barbare qui ne peut se réclamer d'aucune religion et que nous condamnons fermement», a abondé la grande mosquée de Paris sur Twitter.

«Le peuple français ne se contentera plus de commentaires. Ce sont des actes qui sont attendus», a asséné la cheffe de l'extrême droite française, Marine Le Pen, désignant le crime d'«un assaillant islamiste».

Cette attaque intervient alors que la France vit sous une constante menace terroriste. La dernière attaque meurtrière, le 23 mars à Carcassonne et à Trèbes, avait porté à 245 le nombre de victimes tuées dans les attentats sur le sol français depuis 2015. Des attaques ont déjà été menées au couteau, notamment à Marseille en octobre 2017.

Particulièrement visée, la France fait partie de la coalition militaire internationale intervenant en Syrie et Irak contre l'EI. Dans son communiqué de revendication, l'EI affirme que l'assaillant de Paris a agi «en représailles envers les États de la coalition».

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Un lien avec le Caucase russe ?

Le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov a réagi en affirmant que «toute la responsabilité» de cette attaque, qui a fait un mort, revenait à la France, où a grandi l’assaillant présumé.

Pour autant, de nombreuses attaques terroristes ont été commises ces dernières années par des Tchétchènes, principalement en Russie où une rébellion islamiste est active dans tout le Caucase du Nord. Cette rébellion a prêté allégeance à l’EI en 2015 et a été une source importante de combattants dans les rangs des groupes jihadistes en Syrie et en Irak.

Parmi les attentats commis à l’étranger, celui de l’aéroport d’Istanbul qui a fait 45 morts en juin 2016, a été organisé par le chef de guerre tchétchène Akhmed Tchataïev, tué au cours d’un accrochage avec les forces spéciales géorgiennes la même année.

En 2013, l’attentat ayant visé le marathon de Boston aux Etats-Unis, qui a fait trois morts et 264 blessés, a été perpétré par deux frères d’origine tchétchène, Djokhar et Tamerlan Tsarnaïev.

Mais si les combattants islamistes tchétchènes sont particulièrement actifs en Russie et en Syrie, ils ne s’en prennent que rarement à des cibles occidentales, explique l’expert français Mathieu Guidère.

«La cible prioritaire des Tchétchènes ce n’est pas les Occidentaux. De ce point de vue là, il y a un petit tournant», a affirmé M. Guidère à l’AFP, ajoutant que cette nouveauté peut être liée «à leur incapacité aujourd’hui à mener des actions sérieuses contre les Russes en Syrie et en Russie».

Selon l’expert, la propagande de l’EI est particulièrement active au sein des communautés tchétchènes à l’étranger, où il existe une filière d’envoi de combattants en Syrie.