Au Congrès, les démocrates exhorteront dès mardi les républicains du Sénat à agir d’»urgence», lors d’un forum public.

Après un été meurtrier, Trump et le Congrès américain attendus sur les armes

WASHINGTON — Le mois d’août a été sanglant aux États-Unis, où 38 personnes ont été tuées lors de trois grandes fusillades, sans compter les centaines de décès habituels par armes à feu. Un lourd bilan qui n’a pas provoqué le sursaut suffisant pour forcer les élus à agir en urgence.

Mais avec la rentrée au Congrès lundi et les élections de 2020 en vue, les démocrates comptent redoubler de pression sur les républicains et Donald Trump.

#FaisTonBoulot : élus et anonymes ciblent déjà depuis des jours avec ce hashtag le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConell, l’accusant de bloquer toute avancée en refusant de soumettre au vote plusieurs lois approuvées à la chambre basse, contrôlée par les démocrates.

«Faites quelque chose M. McConnell», l’a aussi exhorté mercredi le Washington Post dans un éditorial, accompagné d’une liste glaçante de victimes de tueries depuis vingt ans.

Près de 40 000 morts par armes à feu ont été dénombrés aux États-Unis en 2017, dont environ une moitié de suicides.

La répétition des grandes fusillades rythme l’actualité américaine. Et à chaque fois, l’indignation se mêle au choc, les appels à agir aux condoléances et prières... Puis rien, ou presque, n’avance.

Mais depuis la tuerie du lycée de Parkland en 2018 (17 morts) et le grand mouvement populaire lancé par ses rescapés, certains se prennent à croire que les États-Unis pourraient enfin agir décisivement contre ce fléau.

L’année 2018 a déjà marqué un tournant selon les partisans d’une plus grande régulation des armes à feu, avec l’adoption de règles plus restrictives dans plusieurs États, en plus du succès notable aux élections parlementaires et locales de candidats favorables à cette cause.

Fait très remarqué : pour la première fois, les organisations militant pour un renforcement de la régulation ont d’ailleurs dépensé davantage pour ces élections que le puissant lobby des armes, la National Rifle Association (NRA).

Et la question promet d’occuper de nouveau une place centrale dans la campagne pour la présidentielle américaine de novembre 2020.

Les favoris de la course à l’investiture démocrate — Joe Biden, Bernie Sanders, Elizabeth Warren — «plaident tous en faveur de lois renforcées pour encadrer les armes à feu», souligne Gregg Carter, professeur de sociologie à l’université Bryant.

Ils sont aussi en faveur d’une interdiction des fusils d’assaut, employés dans plusieurs fusillades récentes.

Changements «majeurs» après 2020 ?

Au Congrès, les démocrates exhorteront dès mardi les républicains du Sénat à agir d’»urgence», lors d’un forum public.

Ils les appellent notamment à voter sur deux lois, approuvées en février par la Chambre des représentants, qui cherchent à renforcer les contrôles sur les antécédents des acheteurs potentiels. Une idée largement soutenue par les Américains dans les sondages.

Puis cette même semaine, les démocrates commenceront l’étude de nouveaux textes liés aux fusillades de l’été, en cherchant notamment à permettre de retirer les armes aux citoyens estimés dangereux par leurs proches.

Farouche défenseur du droit de posséder des armes, le républicain Mitch McConnell a toutefois signalé qu’il ne prévoirait aucun vote tant que Donald Trump ne lui aura pas dit clairement ce qu’il soutient.

Ce fin stratège se souvient trop bien des revirements passés de l’homme d’affaires et ne veut pas risquer l’humiliation de voir le président refuser de signer une loi approuvée par les républicains.

Après Parkland, M. Trump avait en effet d’abord semblé soutenir l’interdiction des fusils d’assaut, se moquant même des parlementaires «pétrifiés» face aux responsables de la NRA.

La puissante organisation avait apporté 30 millions de dollars à sa campagne présidentielle en 2016.

Si Mitch McConnell a indiqué que la Maison-Blanche pourrait lui livrer sa position la semaine prochaine, il est «hautement improbable» que Donald Trump agisse d’ici la présidentielle, estime Robert Spitzer, professeur de sciences politiques à l’université SUNY Cortland.

Mais «la tendance à long terme est défavorable au camp des partisans des armes à feu, car de moins en moins d’Américains en possèdent ou sont intéressés par les armes», poursuit-il.

S’il y a plus d’armes en circulation (330 millions) que d’habitants aux États-Unis (327 millions), elles sont surtout aux mains d’Américains qui en possèdent plusieurs. Moins de la moitié des foyers en ont une, renchérit M. Carter.

D’après lui, «de nombreux signes indiquent que des lois fédérales majeures d’encadrement des armes arriveront dans les années 2020».

Pour M. Spitzer, si «les démocrates obtiennent de bons résultats aux élections de 2020, cela pourrait déboucher sur un virage décisif en direction de nouvelles lois restrictives».