Le pape François a accueilli des groupes du Mexique, mercredi, au Vatican.

Accusations contre le pape: les évêques américains déchirés

NEW YORK — Pour ou contre le pape ou son accusateur Carlo Maria Viganò? Les évêques américains étalent au grand jour leurs divisions depuis deux jours, illustration d’une Église américaine secouée par les scandales de pédophilie et entraînée dans la polarisation du débat politique américain.

Depuis que le pape a été accusé samedi dans une lettre ouverte d’avoir couvert les abus sexuels du cardinal Theodore McCarrick, qui a démissionné en juillet, plusieurs cardinaux et évêques américains ont affiché des positions opposées.

Les uns, dont le cardinal Joseph Tobin de Newark, le cardinal Blase Cupich de Chicago ou l’évêque Robert McElroy de San Diego, ont défendu le pape, dénonçant les «insinuations» ou «l’idéologie» de son accusateur, l’ex-ambassadeur du Vatican aux États-Unis Carlo Maria Viganò, qui a réclamé dans sa lettre ouverte la démission du pape François.

D’autres au contraire, comme l’évêque Joseph Strickland au Texas ou David Konderla dans l’Oklahoma, ont emboîté le pas au cardinal Raymond Burke, figure de proue des prélats conservateurs américains posté à Rome, en faisant valoir la crédibilité des allégations de M. Viganò.

Pour Paul Elie, chercheur au Berkley Center for Religion, Peace and World Affairs à l’université de Georgetown, l’étalage de ces dissensions est la conséquence du style «non autoritaire» du pape François, qui permet à des voix dissonantes de s’exprimer au grand jour.

«Pendant des décennies, les évêques devaient parler d’une seule voix. Mais ce n’est plus le cas et il y a beaucoup de désaccords sur beaucoup de sujets... Et les désaccords sur ces questions [de sexualité] sont beaucoup plus aigus que d’autres», souligne M. Elie.

Cette exposition publique de divergences, autrefois débattues à huis clos, illustre aussi la polarisation du débat public.

«C’est une caractéristique de notre époque [...] Tout est maintenant au grand jour», explique Frank Clooney, professeur de théologie comparée à l’université de Harvard. «Cela fait partie de l’ère Trump dans laquelle nous vivons, personne ne se retient».

Si des «positions extrêmes» — comme la demande de démission de François émanant d’ultraconservateurs ou l’idée d’éradiquer la hiérarchie catholique émanant de personnes plus à gauche — peuvent dorénavant s’exprimer publiquement, une majorité de catholiques ne s’y reconnaît pas, estime-t-il.

Dennis Doyle, théologien à l’université de Dayton, estime néanmoins que les divergences entre prélats se sont accentuées.

Alors que se confirmait le déclin de la population catholique américaine — qui représente aujourd’hui 21 à 22 % des 328 millions d’Américains contre 25 à 26 %» il y a quelques années —, la hiérarchie catholique «s’est déplacée à droite politiquement ces dernières années», dit ce catholique pratiquant.

«Tout est devenu politiquement chargé», déplore-t-il. «Nous vivons une polarisation qui est le miroir» des divisions politiques américaines, avec de nombreux catholiques aussi bien pros qu’anti-Trump.

Pas de commentaires

Par ailleurs, bien décidé à ne pas s’abaisser à commenter, le pape François a livré lors de son audience du mercredi sur la place Saint-Pierre un compte rendu de son dernier voyage en Irlande, évoquant les «souffrances» d’un pays blessé par les abus passés du clergé. Sans souffler mot sur les allégations qu’il avait découvertes dimanche au second jour de son voyage irlandais déjà compliqué.

Viganò affirme que le pape Benoît XVI avait imposé des sanctions au cardinal soupçonné d’abus vers 2009-2010, l’obligeant théoriquement à renoncer à toute apparition publique. Sanctions que le pape François aurait de facto annulées en consultant l’Américain sur de nombreuses nominations de cardinaux.

Le cardinal McCarrick a finalement été démis par le pape argentin de toutes ses fonctions en juillet à la suite d’une enquête sur des accusations d’agressions sexuelles commises il y a plusieurs décennies à l’encontre d’un adolescent de 16 ans.

La principale faille de ce récit est toutefois documentée par une série de photos du cardinal McCarrick venant au Vatican rendre visite à Benoît XVI, après sa présumée condamnation à vivre une discrète vie de pénitence.

Le pape émérite Benoît XVI, 91 ans, qui vit une retraite tranquille dans un monastère du Vatican, n’a aucune intention de s’exprimer pour clarifier les choses, à en croire son secrétaire particulier Georg Gänswein, interrogé par le journal allemand Die Tagespost.