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La Turquie hausse ses tarifs douaniers contre les États-Unis

ANKARA — La Turquie a fortement augmenté mercredi les tarifs douaniers de plusieurs produits américains emblématiques, alimentant une crise diplomatique avec les États-Unis qui a fortement malmené la livre turque ces derniers jours.

Parmi les produits visés par cette forte hausse figurent les véhicules de tourisme, dont les tarifs douaniers s'élèvent désormais à 120%, certaines boissons alcoolisées (140%), le tabac (60%) ou encore le riz et des produits cosmétiques.

D'après la ministre turque du Commerce Ruhsar Pekcan, le montant des nouveaux tarifs douaniers annoncés mercredi s'élève à 533 millions de dollars.

Cette décision, annoncée dans un décret signé par le président Recep Tayyip Erdogan, survient alors que Washington et Ankara traversent une crise diplomatique ayant conduit ces deux alliés au sein de l'Otan à s'imposer des sanctions réciproques en août.

Le vice-président turc Fuat Oktay a précisé mercredi que la hausse des tarifs douaniers était un acte de «représailles» contre les «attaques délibérées de l'administration américaine» sur (l')économie turque.

Le président américain Donald Trump avait notamment annoncé la semaine dernière le doublement des tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium turcs.

Ces tensions ont précipité l'effondrement ces derniers jours de la livre turque qui a perdu plus de 40% de sa valeur face au billet vert et à l'euro depuis le début de l'année.

La livre semble toutefois s'être stabilisée cette semaine sous l'effet de mesures de la banque centrale et de nouvelles restrictions aux échanges financiers («swap») annoncées mercredi par l'autorité des banques (BDDK) afin de contrer les spéculations.

Mercredi, la livre continuait ainsi de reprendre des couleurs face au dollar, sans toutefois effacer la chute de ces derniers jours. La devise turque progressait de 4,5% face au billet vert à 14h30.

Soutien du Qatar

La hausse des tarifs mercredi survient au lendemain d'un spectaculaire appel de M. Erdogan, qui dénonce une «guerre économique», à boycotter les appareils électroniques manufacturés par les États-Unis.

Les turbulences entre la Turquie et les États-Unis se sont renforcées au cours des derniers mois avant de virer à l'orage en juillet à cause de la détention en Turquie du pasteur américain Andrew Brunson.

Ce dernier est accusé par Ankara d'espionnage et d'activités «terroristes», ce qu'il nie en bloc. Après plus d'un an et demi d'incarcération, il a été placé en juillet en résidence surveillée.

Un tribunal truc a rejeté mercredi un nouveau recours du pasteur demandant la levée de son assignation à résidence.

La veille, la Maison Blanche avait fait savoir que M. Trump ressentait «beaucoup de frustration du fait que le pasteur ne soit pas libéré».

Si la Turquie joue la fermeté avec les États-Unis, elle semble cependant soucieuse de ménager ses autres partenaires et alliés.

Le président turc a ainsi reçu à Ankara pendant plus de trois heures et demie mercredi l'émir du richissime Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani.

Spectre d'une récession

Signe que la crise avec Washington pourrait également pousser Ankara à renouer avec l'Europe, M. Erdogan s'est entretenu au téléphone mercredi avec la chancelière allemande Angela Merkel, qu'il doit rencontrer fin septembre à Berlin.

D'après un responsable turc, les deux dirigeants ont convenu d'une rencontre «dans les prochains jours» entre le patron de l'économie turque Berat Albayrak, gendre de M. Erdogan, et les ministres allemands de l'Economie et celui des Finances.

Par ailleurs, la justice turque a ordonné mardi la libération de deux soldats grecs et mercredi du président d'Amnesty International en Turquie, des développements inattendus dans deux affaires qui ont contribué à tendre les rapports entre Ankara et l'Europe.

Outre les tensions avec Washington, les marchés s'inquiètent aussi de la mainmise de M. Erdogan sur l'économie, notamment depuis sa réélection en juin.

Les économistes critiquent le refus de la banque centrale de redresser ses taux malgré une forte inflation (près de 16% en juillet). M. Erdogan s'oppose fermement à une telle mesure, malgré les appels répétés des marchés en ce sens.

«Le plongeon de la livre turque va vraisemblablement faire grimper l'inflation à plus de 20% et faire basculer l'économie dans une récession dans les mois à venir», s'alarme Capital Economics.

Monde

Poutine prêt à rencontrer Kim Jong Un

SÉOUL — Vladimir Poutine s'est déclaré prêt à rencontrer le dirigeant nord-coréen «à une date rapprochée», dans un message adressé à Kim Jong Un, au moment où la péninsule coréenne connaît une remarquable détente, a rapporté mercredi l'agence officielle nord-coréenne KCNA.

M. Poutine avait déjà invité M. Kim et le président sud-coréen Moon Jae-in au Forum économique de l'Est, prévu du 11 au 13 septembre à Vladivostok (est de la Russie).

Dans un message adressé à M. Kim à l'occasion de la Journée nationale de la libération, qui commémore au Nord la fin de la présence coloniale japonaise en 1945, le président russe a réitéré selon KCNA sa proposition de sommet.

Selon le message repris par l'agence KCNA, M. Poutine a assuré Kim Jong Un être «prêt» à le rencontrer à «une date rapprochée pour discuter des questions urgentes liées aux relations bilatérales et aux questions importantes dans la région».

Il a exprimé l'espoir de développer «la coopération réciproque et notamment la réalisation du projet tripartite», qui impliquerait aussi Séoul, selon l'agence.

De son côté, M. Kim a également adressé d'après KCNA un message au président russe, en relevant que les «puissantes racines» de leurs relations bilatérales plongeaient dans leur lutte commune contre le Japon pendant la guerre.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a confirmé à la presse l'envoi de ce message où M. Poutine «a souligné son envie et sa volonté d'établir un dialogue» avec Kim Jong Un.

Interrogé sur une éventuelle rencontre entre Vladimir Poutine et Kim Jong Un à Vladivostok, il a souligné que le Forum économique de l'Est «est ouvert à tous les dirigeants régionaux», tout en précisant qu'«aucune confirmation de (la participation de) Pyongyang n'a été reçue à ce jour».

Monde

États-Unis : Twitter suspend une semaine le compte du conspirationniste Alex Jones

WASHINGTON — Alex Jones, fondateur du site InfoWars et personnalité américaine médiatique affiliée à l'extrême droite, a indiqué que son compte Twitter personnel avait été suspendu mardi soir pour une semaine.

«J'ai eu le message qu'ils suspendaient, et qu'ils pourraient fermer complètement, mais au moins sept jours, le compte RealAlexJones parce que j'ai enfreint les règles dans une vidéo enregistrée hier soir disant que Trump devrait faire quelque chose concernant la censure d'internet», a indiqué M. Jones dans une vidéo sur Periscope, postée sur le compte Twitter de son émission InfoWars, qui, lui, n'a pas été suspendu.

Mercredi matin, ce compte InfoWars affirmait que la suspension intervenait après une «campagne intense et obsessionnelle (...) pour faire bannir Jones», menée par un journaliste de la chaîne CNN, dont le nom et la photo sont publiés sur le site de l'émission d'Alex Jones.

Son compte personnel est toujours consultable par les internautes, mais M. Jones ne sera plus capable d'y poster de message pendant une semaine.

«Nous avons mis en place un temps mort, nous lui avons retiré la capacité de tweeter», a expliqué Jack Dorsey, fondateur de Twitter, sur NBC News. «Toute suspension, qu'elle soit permanente ou temporaire, fait réfléchir les gens sur leurs actions et leurs comportements».

«Nous avons déterminé que cela avait un effet et changeait les comportements. Quand à savoir si ça va marcher dans ce cas-là (...), je ne sais pas mais c'est cohérent avec la façon dont nous appliquons nos règles», a-t-il poursuivi.

Un porte-parole de Twitter a précisé que le compte d'Alex Jones avait un fonctionnement limité, mais n'était pas suspendu, et que le groupe demandait à ce que des tweets contenant une vidéo en infraction avec ses règles soient supprimés.

Incitation à la violence

Plusieurs médias avaient rapporté mardi soir cette sanction par Twitter, CNN expliquant que le réseau social avait pris cette décision après la publication d'une vidéo dans laquelle Alex Jones déclarait qu'«il est désormais temps d'agir contre l'ennemi avant qu'il ne fasse une fausse bannière».

Cette expression — qui signifie qu'une opération est menée avec des signes de reconnaissance trompeurs, pour notamment faire accuser une autre partie — a été considérée comme incitation à la violence.

Les géants d'internet, à l'exception de Twitter, ont lancé le 6 août une offensive contre Alex Jones, désormais privé d'accès sur Facebook, YouTube, Apple et Spotify.

Facebook, qui a suspendu les quatre principales pages de l'Américain, a accusé celles-ci de «glorifier la violence» et «d'utiliser un langage déshumanisant pour décrire des personnes transgenres, musulmanes et immigrées», en infraction avec le règlement interne de Facebook.

Le réseau social avait alors précisé que c'était bien le langage utilisé et pas les thèses conspirationnistes véhiculées par Alex Jones qui l'avait incité à agir.

M. Dorsey avait défendu le lendemain le choix de ne pas suspendre Alex Jones, au nom du «débat public» et parce qu'«il n'a pas enfreint (nos) règles».

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États-Unis: une femme transgenre remporte la primaire démocrate du Vermont

WASHINGTON — Christine Hallquist a remporté mardi soir la primaire démocrate au poste de gouverneur du Vermont selon des résultats partiels cités par des médias américains et deviendrait, en cas de victoire en novembre prochain, la première femme transgenre élue gouverneure aux États-Unis.

«MOMENT HISTORIQUE!», s'est réjoui en lettres capitales sur Twitter le Victory Fund, une organisation qui soutient les candidats LGBTQ en politique. Christine Hallquist «est simplement devenue la première candidate trans/non-binaire au poste de gouverneur d'un parti politique principal dans l'histoire américaine.»

Mais sa victoire à l'élection de novembre n'est pas assurée: son adversaire républicain sera le gouverneur sortant Phil Scott. Il a largement remporté sa primaire selon des résultats partiels diffusés par des médias.

En 2015, «Christine a pris la décision, après des années à le garder en elle, de devenir elle-même, une femme transgenre, devenant le premier dirigeant dans le pays à entamer sa transition alors en poste», précise une courte biographie disponible sur le site internet de sa campagne. Christine Hallquist était alors dirigeante d'une entreprise.

«Travailler pour s'assurer que le Vermont reste un endroit spécial, inclusif et progressiste», «est ce qui motive Christine pour avoir l'honneur et l'opportunité de servir les gens du Vermont en tant que prochaine gouverneure», conclut la biographie.

Christine Hallquist a remporté la primaire démocrate face à James Ehlers, vétéran de la Marine et militant écologiste, et Brenda Siegel, directrice exécutive d'un festival de danse.

Des musulmanes sur la voie du Congrès

Autre candidat du Vermont: Ethan Sonneborn, 14 ans, a tiré profit d'une faille dans la Constitution de l'état, qui n'imposait aucun âge minimum pour se présenter à l'élection de gouverneur.

Malgré la «maturité» et la conscience politique saluées chez le collégien, sa campagne a attiré l'attention des législateurs du Vermont qui ont mis un terme à cette faille juridique.

Autre révolution: Ilhan Omar, élue démocrate d'origine somali-américaine, a revendiqué la victoire dans son État du Minnesota, la mettant sur la voie d'être une des premières femmes musulmanes membre de la Chambre des représentants.

«Ilhan Omar a été déclarée candidate gagnante de la primaire pour l'élection au Congrès afin de représenter le cinquième district du Minnesota», a indiqué un communiqué sur son site internet.

«En tant que première réfugiée élue au Congrès (et deuxième femme musulmane après Rashida Tlaib de l'Etat du Michigan), Ilhan apportera une perspective singulière et une nouvelle énergie dans notre capitale», ajoute le texte.

Rashida Tlaib, ancienne travailleuse sociale de 42 ans, a remporté la primaire démocrate la semaine dernière à Detroit. Seule, sans adversaire républicain ou de parti tiers, elle devrait entrer à la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat de novembre prochain.

«Ce soir, nous faisons la fête car nous avons engagé et émancipé notre communauté, et nous avons gagné !», a déclaré Ilhan Omar dans un communiqué.

«Ensemble, chacun d'entre nous inspire le combat nécessaire pour une démocratie qui nous rapproche de la promesse américaine de prospérité pour tous, et l'espoir de meilleurs lendemains», a-t-elle ajouté.

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Attentat à Londres : le suspect accusé de «tentative de meurtre»

LONDRES — Le Britannique de 29 ans arrêté après avoir commis un attentat à la voiture bélier qui a fait trois blessés mardi à Londres fait l'objet d'une enquête pour «tentative de meurtre», a annoncé mercredi la police britannique.

L'homme a été identifié par les médias comme un Britannique d'origine soudanaise, Salih Khater, habitant à Birmingham (centre). Il avait été appréhendé immédiatement après avoir précipité son véhicule, une Ford Fiesta, sur des cyclistes et des policiers, avant de finir sa course contre une barrière de sécurité à proximité du parlement, peu après 7h30.

Interrogée par l'AFP, la police antiterroriste, chargée de l'enquête, n'a pas souhaité confirmer son identité. Elle procédait, mercredi midi, à une quatrième perquisition à Birmingham après avoir déjà mené ses recherches depuis mardi soir dans deux autres adresses dans la ville, ainsi qu'à Nottingham (centre).

«La priorité de l'enquête est toujours de comprendre les motivations» derrière cet attentat, a souligné Scotland Yard dans un communiqué. L'homme est soupçonné de «préparation et de commission d'actes terroristes».

Cet attentat présente de nombreuses similitudes avec celui perpétré en mars 2017 par Khalid Masood, un Britannique converti à l'islam, qui avait fait cinq morts et des dizaines de blessés. Khalid Masood avait percuté des passants avec son véhicule avant de poignarder mortellement un policier devant le parlement, un attentat revendiqué par le groupe jihadiste État islamique.

M. Masood habitait à Sparbrook, un quartier de Birmingham situé près du lieu d'habitation supposé de Salih Khater, relevaient les médias mercredi.

«Il ne parlait à personne»

Les enquêteurs ont établi que le véhicule utilisé dans l'attaque était arrivé de Birmingham à Londres lundi soir. Ils ont lancé un appel à témoins pour déterminer «les déplacements (du suspect) dans les heures qui ont précédé» l'attaque.

Selon le Daily Telegraph, le suspect habitait dans le quartier de Hall Green, à Birmingham, où il est gérant d'un magasin. Il avait étudié à l'université des sciences et technologies de Khartoum, d'après sa page Facebook, et serait arrivé au Royaume-Uni il y a cinq ans.

Le quotidien avance que Salih Khater était connu des services de police de Birmingham. Le chef de l'antiterrorisme, Neil Basu, avait déclaré mardi qu'il n'était «pas connu» de la police londonienne et des renseignements intérieurs (MI5).

Un porte-parole de l'université de Coventry (centre) a confirmé qu'il avait récemment quitté l'établissement après avoir échoué en première année d'études de comptabilité.

Selon le Daily Mail, Salih Khater est le fils de fermiers soudanais de Wad Madani (au sud-est de Khartoum) et aurait immigré seul au Royaume-Uni. Il avait perdu ces derniers mois son frère et son père.

«C'était quelqu'un de très très calme, il ne parlait jamais à personne», a confié à la BBC Ahmed Abdi, membre de la communauté soudanaise de Birmingham. «J'ai été choqué quand j'ai vu sa photo dans le journal».

Piétonnisation des abords du parlement

L'attaque perpétrée mardi avec une Ford Fiesta a fait trois blessés légers, dont deux ont été brièvement hospitalisés. Les images de surveillance montrent le véhicule gris métallisé quitter sa trajectoire vers un passage piéton, puis foncer vers deux policiers qui s'écartent in extremis avant que la voiture ne percute une barrière de sécurité du parlement.

La patronne de Scotland Yard, Cressida Dick, a évoqué mercredi sur la BBC la possible piétonnisation des abords du parlement, afin de renforcer la sécurité de cette zone plusieurs fois prise pour cible. Le maire de Londres, Sadiq Khan, s'est dit favorable au projet.

La Première ministre Theresa May a rappelé mardi que 676 enquêtes étaient menées fin juin par les services britanniques de l'antiterrorisme. Au cours des 18 derniers mois, 13 projets d'attentats islamistes ont été déjoués au Royaume-Uni.

Monde

Effondrement d'un viaduc à Gênes: le bilan passe à 39 morts

GÊNES — L'espoir de retrouver des survivants s'amenuise à Gênes, dans le nord de l'Italie, après l'effondrement d'un pont autoroutier qui a fait au moins 39 morts et poussé le gouvernement à menacer la société autoroutière.

Mercredi à la mi-journée, le bilan de la protection civile s'élevait à 39 morts confirmés et 15 blessés, dont une douzaine dans un état grave, ainsi que plusieurs disparus. C'est le drame de ce type le plus meurtrier survenu en Europe depuis 2001.

Trois enfants âgés de 8 à 13 ans figurent parmi les victimes. Il y a également trois Français ainsi que trois Chiliens qui résidaient en Italie, selon les services diplomatiques des deux pays concernés.

D'abord sous la pluie, puis de nuit et désormais sous le soleil, les sauveteurs luttent sans relâche pour tenter de trouver des survivants sous les débris.

L'effondrement soudain et encore inexpliqué de cet ouvrage massif en béton des années 1960, appelé pont Morandi du nom de son concepteur, a précipité environ 35 voitures et quelques camions dans le vide d'une hauteur de 45 mètres.

Le viaduc de 1,18 km de long, qui s'est effondré sur plus de 200 mètres, a été construit en grande partie en béton armé précontraint.

Or, dès ses premières décennies d'existence, l'ouvrage a fait l'objet de travaux de maintenance importants liés en particulier à la dégradation du béton, accentué par les vibrations du trafic.

Francesco Bucchieri, 62 ans, observait mercredi le désastre, incrédule. «Je n'arrive pas à me dire que tout cela est réel, j'ai encore l'impression que nous sommes dans un film».

«Il y a eu des négligences. Ils ont sous-évalué le danger, ces morts étaient annoncées. Il faut trouver les coupables. C'est un scandale!», s'insurgeait-il.

«Il ne s'agit pas d'une fatalité, mais d'une erreur humaine», a déclaré sur les lieux le procureur de Gênes, Francesco Cozzi, s'exprimant avant même les résultats de l'enquête.

Haro sur la société autoroutière

Le nouveau gouvernement populiste italien est passé à l'attaque mercredi en promettant de traquer les responsables du drame et en pointant du doigt la société gérant l'autoroute, Autostrade per l'Italia.

Le ministre des Infrastructures et des Transports, Danilo Toninelli, a appelé ses dirigeants à démissionner et a annoncé avoir lancé une procédure en vue d'une éventuelle révocation de toutes les concessions de cette société qui gère l'essentiel des 6 000 km d'autoroute du pays.

Pour Luigi Di Maio, vice-Premier ministre et chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste), le pont «ne s'est pas écroulé par fatalité mais parce que la maintenance n'a pas été faite».

«Pendant des années on a dit que faire gérer les autoroutes par des privés était mieux que par l'Etat. Maintenant on a l'un des plus grands concessionnaires européens qui nous dit que ce pont était en sécurité», a dénoncé M. Di Maio, qui s'est rendu sur les lieux à la mi-journée.

«La révocation des concessions est un minimum», a pour sa part lancé Matteo Salvini, patron de la Ligue (extrême droite) et lui aussi vice-Premier ministre, attendu à Gênes dans l'après-midi.

Monde

Trump s’emporte contre son ancienne conseillère

WASHINGTON — Le président des États-Unis a lancé une nouvelle bordée d’injures contre une ex-conseillère qui dans un livre à paraître ce mardi l’accuse de racisme et de misogynie, la traitant de «chienne» et de «crapule».

«Quand tu donnes sa chance à une crapule foldingue et pleurnicheuse et que tu lui donnes un boulot à la Maison-Blanche, je me dis que ça n’a simplement pas marché. Une bonne chose que le général Kelly ait rapidement viré ce chien!» a tweeté le président tôt mardi matin.

La colère de Donald Trump est dirigée contre Omarosa Manigault Newman, 44 ans, une ancienne candidate à l’émission de téléréalité du président devenue ensuite une de ses conseillères à la Maison-Blanche. Elle a été limogée par John Kelly, le secrétaire général du 1600 Pennsylvania Avenue.

La virulence du ton de Donald Trump est frappante, même pour un président qui a pour habitude d’insulter régulièrement ses adversaires.

Menaces de poursuites

L’équipe de campagne de M. Trump entend quant à elle poursuivre en justice Omarosa Manigault Newman pour avoir violé un accord de confidentialité, ont rapporté des médias américains.

«Raciste», «intolérant», «misogyne», souffrant d’une «grave déficience mentale» et inapte à tenir la fonction suprême : Mme Manigault, dont la personnalité abrasive avait fait les délices de l’émission de téléréalité The Apprentice du milliardaire, n’épargne pas son ancien mentor dans son livre à venir.

Elle a provoqué un tollé cette fin de semaine en dévoilant l’enregistrement de sa conversation avec le général Kelly quand il l’a licenciée, alors qu’ils se trouvaient dans une des salles ultra-sécurisées de la Maison-Blanche.

Ton pas «présidentiel»

Lundi, elle n’a pas hésité à rendre public un bref enregistrement d’une conversation avec M. Trump après son limogeage pour démontrer, selon elle, que le président ne sait pas ce qui se passe dans son équipe.

Le président l’avait déjà traitée de «folle» lundi et procédé à une attaque en règle, tout en reconnaissant que son ton n’était pas «présidentiel». Il s’est justifié en affirmant que c’est pour contrecarrer les médias «fake news».

Autour du globe, 15 août 2018

Monde

Plus de 300 prêtres accusés de pédophilie en Pennsylvanie

NEW YORK — Une enquête des services du procureur de Pennsylvanie publiée mardi a mis au jour des abus sexuels perpétrés par plus de 300 «prêtres prédateurs» et couverts par l’église catholique de cet État, dont ont été victimes au moins mille enfants.

Le rapport final, rédigé par un jury populaire, indique que «quasiment tous les cas» allégués sont aujourd’hui frappés par la prescription et ne peuvent être poursuivis pénalement.

En procédure pénale américaine, le ministère public peut soumettre des faits à un jury populaire, qui décidera s’il y a ou non matière à poursuites.

Deux prêtres ont néanmoins été inculpés, l’un pour des agressions sexuelles répétées sur plusieurs enfants, dont les plus récentes remontent à 2010.

L’autre prêtre, accusé d’agression sur un enfant de 7 ans, a plaidé coupable fin juillet, mais le chef d’accusation retenu est un délit et non un crime et n’est passible que de cinq ans d’emprisonnement au maximum.

Même s’ils ne sont plus passibles de poursuites, les jurés ont également choisi de rendre publics les noms de dizaines d’hommes d’Église accusés de pédophilie par des éléments de l’enquête.

Le rapport évoque des agressions sexuelles dont certaines victimes présumées avaient moins de dix ans.

Il cite le cas d’un prêtre ayant abusé de cinq sœurs, dont la plus jeune n’avait que 18 mois au début des faits présumés.

«Des prêtres violaient des petits garçons et des petites filles et les hommes d’Église qui étaient leurs responsables n’ont rien fait. Durant des décennies», ont écrit les membres du jury dans le rapport publié mardi.

De nombreuses anecdotes, figurant dans le rapport, dépeignent une hiérarchie ayant souvent eu une démarche active pour ne pas ébruiter les cas d’abus sexuels et pour protéger les auteurs de ces agressions.

Lors d’une conférence de presse mardi, le procureur de Pennsylvanie Josh Shapiro a également souligné que l’enquête avait mis en cause l’attitude de plusieurs policiers, refusant d’enquêter sur des accusations visant des prêtres.

«Faibles lois»

Les jurés disent «reconnaître que beaucoup de choses ont changé au sein de l’Église catholique ces quinze dernières années», mais soulignent que les deux inculpations montrent que «les abus d’enfants au sein de l’église n’ont pas disparu».

Malgré des réformes institutionnelles, «les hauts responsables de l’église ont le plus souvent échappé à leurs responsabilités», poursuit le rapport.

Des évêques et des cardinaux «ont, pour l’essentiel, été protégés. Beaucoup, dont certains sont nommés dans ce rapport, ont été promus. Tant que cela ne change pas, nous pensons qu’il est trop tôt pour refermer le chapitre des scandales sexuels de l’Église catholique.»

«Nous aimerions tous que d’autres inculpations soient possibles, mais la manipulation de nos faibles lois par l’église a mis trop de prédateurs hors de portée», a commenté M. Shapiro.

Propositions de réforme

Dans son rapport, le jury formule plusieurs propositions de réforme, notamment une modification de la législation de la Pennsylvanie pour allonger le délai de prescription, au pénal et au civil, et restreindre le champ des accords de confidentialité.

Selon l’organisation Bishop Accountability, 6721 prêtres ont été accusés d’abus sexuels aux États-Unis pour des faits présumés inclus dans la période allant de 1950 à 2016. La même association estime à 18 565 le nombre d’enfants victimes de ces agissements.

Plusieurs hauts prélats ont été contraints de démissionner pour avoir fermé les yeux, dont les cardinaux Roger Mahony (Los Angeles) et Bernard Law (Boston), décédé fin 2017.

Les agissements de l’archevêque Bernard Law ont été au cœur d’une vaste enquête du Boston Globe, qui a reçu le prix Pulitzer avant de faire l’objet d’un film, Spotlight.

Monde

Le Pont Morandi, un ouvrage truffé de problèmes

GÊNES — Le pont autoroutier de Gênes dont une portion s'est écroulée mardi faisant une trentaine de morts est un ouvrage en béton des années 1960, truffé de problèmes structurels dès sa construction et objet d'un coûteux entretien selon des experts.

«Pont Morandi à Gênes, une tragédie annoncée», titrait mardi le site spécialisé «ingegneri.info», en soulignant que l'ouvrage avait toujours fait l'objet de «doutes structurels».

À l'appui l'analyse très technique d'Antonio Brencichun ingénieur et professeur à l'Université de Gênes, spécialiste du béton.

«Le viaduc Morandi a présenté dès le départ des aspects problématiques», commente-t-il, en évoquant une augmentation imprévue des coûts de construction, ainsi qu'une «évaluation erronée des effets différés (viscosité) du béton qui a produit un tablier non horizontal».

Une anomalie de la voie rendue plus acceptable après des corrections répétées, note M. Brencich.

Le Pont Morandi a été construit entre 1963 et 1967. Ses mensurations sont impressionnantes: travée principale de 219 mètres, longueur totale de 1,18 km, piles de 90 mètres.

La technologie du béton armé précontraint était la marque de fabrique de son concepteur, l'ingénieur italien Riccardo Morandi, célébré en son temps et aujourd'hui décédé.

Fort du brevet «Morandi M5», il avait utilisé cette technologie pour d'autres ouvrages, comme une aile d'un stade de Vérone en 1953.

Cette technique caractérise aussi un autre pont problématique plus long de Morandi, complété en 1962: le pont General Rafael Urdaneta qui enjambe la baie de Maracaibo, au Venezuela, d'une longueur de 8,7 km et doté de 135 travées.

«Confiance illimitée dans le béton armé»

En 1964, un pétrolier avait heurté ce pont, dont deux piles s'étaient écroulées dans la mer.

Le site «ingegneri.info» note que ce type d'infrastructure devrait avoir une durée de vie d'au moins 100 ans. Or dès ses premières décennies d'existence, l'ouvrage a fait l'objet de travaux de maintenance importants liés en particulier aux fissures et à la dégradation du béton.

Au début des années 2000, les câbles de suspension des années 1980 et 1990 ont par exemple été changés.

«Il y a 50 ans, on avait une confiance illimitée dans le béton armé. On pensait qu'il était éternel. Mais on a compris qu'il dure seulement quelques décennies», a expliqué dans la presse italienne Diego Zoppi, ex-président de l'ordre des architectes de Gênes.

«On n'a pas tenu compte à l'époque des continuelles vibrations du trafic, car le ciment se microfissure et laisse passer l'air, qui rejoint la structure interne en métal et la fait s'oxyder», note-t-il, expliquant ainsi les constantes opérations de maintenance du pont Morandini.

«L'Italie construite dans les années 1950 et 1960 a un besoin urgent de restructurations. Le risque d'écroulement est sous-estimé. Les ouvrages construits à cette époque sont en train d'arriver à un âge où ils deviennent à risque», a prévenu l'architecte.

La société autoroutière avait récemment lancé un appel d'offres de 20 millions d'euros pour des interventions sur le viaduc, rapporte l'agence de presse économique Radiocor.

Cet appel d'offre prévoyait précisément un renforcement des câbles de certaines piles (structures verticales qui soutiennent les arches d'un pont), dont la pile numéro 9, celle qui s'est écroulée mardi.

Compte tenu de l'importance de cet axe routier qui voit passer chaque année 25 millions de véhicules, l'hypothèse d'une démolition de l'ouvrage avait même été étudiée en 2009.

Au moment de l'accident, des travaux de maintenance étaient en cours.