Autour du globe, 11 décembre 2018

Monde

Avortement: la Cour suprême refuse d’entendre un recours

WASHINGTON — La Cour suprême des États-Unis a refusé lundi un recours lié à la question explosive de l’avortement, bien que trois de ses juges conservateurs aient plaidé pour un examen du dossier.

Deux États, la Louisiane et le Kansas, avaient demandé au temple du droit américain d’intervenir après avoir perdu devant des juge fédéraux face à la principale organisation de planification familiale du pays, Planned Parenthood.

Ces États avaient souhaité l’exclure du système d’assurance publique Medicaid, destiné aux Américains les plus pauvres, au motif que Planned Parenthood avait donné à la recherche des tissus prélevés sur des fœtus avortés.

«Les États ne peuvent pas retirer un fournisseur de leur programme Medicaid pour des raisons qui leur conviennent, surtout quand ces raisons ne sont pas liées aux compétences du fournisseur et à la qualité des soins fournis», avaient estimé des juges en février.

En refusant de se saisir du dossier, la Cour suprême ne se prononce pas sur le fond du dossier, mais laisse ce jugement en place.

Il aurait fallu que quatre de ses neuf juges le souhaitent pour qu’une audience soit programmée. Or, ils n’étaient que trois — les conservateurs Clarence Thomas, Neil Gorsuch et Samuel Alito — à vouloir examiner le dossier.

«Qu’est-ce qui explique que la Cour refuse de faire son travail? Je soupçonne que cela ait à voir avec le fait que le dossier implique Planned Parenthood», a écrit le juge Thomas en leur nom. «Un vague lien avec une question politiquement tendue ne justifie pas que nous abdiquions notre responsabilité judiciaire.»

La Cour suprême a légalisé l’avortement dans un arrêt du 22 janvier 1973 («Roe versus Wade») mais le sujet reste très clivant dans le pays et de nombreuses mesures ont été prises ces dernières années pour compliquer l’accès à l’interruption volontaire de grossesse.

Lors de sa campagne présidentielle, le président américain Donald Trump avait promis aux électeurs conservateurs de nommer à la Cour suprême des juges opposés à l’avortement, sous-entendant qu’ils feraient évoluer cette règle.

Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, il a obtenu la confirmation des juges Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh. Ce dernier n’a pas suivi ses collègues conservateurs lundi.

Monde

Trump ou la difficile quête d’un chef de cabinet

WASHINGTON — Mis en cause sur plusieurs fronts judiciaires, Donald Trump a répliqué lundi tout en poursuivant ses difficiles recherches pour un chef de cabinet, poste traditionnellement prestigieux pour lequel les poids lourds ne se bousculent pas tant les tensions à la Maison-Blanche sont flagrantes.

Fait rare, le président américain a annoncé le départ de John Kelly, général des Marines à la retraite avec lequel ses relations se sont dégradées au fil des mois, avant même d’avoir trouvé son successeur.

Donné comme grandissime favori, Nick Ayers, 36 ans, chef de cabinet du vice-président Mike Pence, a jeté l’éponge dimanche soir, un camouflet pour le président quelles que soient les raisons officiellement avancées.

Tout Washington spécule et M. Trump, qui n’a aucun événement public à l’agenda, reste pour l’heure muet sur ce dossier.

L’élu républicain de Caroline du Nord Mark Meadows, dont le nom est cité avec insistance depuis lundi matin, a clairement indiqué que le poste l’intéressait.

«Être nommé chef de cabinet serait un grand honneur», a déclaré le chef de file du «Freedom Caucus», groupe des ultra-conservateurs de la Chambre des représentants. «Le président a une longue liste de candidats compétents et je sais qu’il prendra la meilleure décision possible [...] pour le pays», a-t-il ajouté.

Les difficiles journées avec le président

Le fait que Donald Trump peine à attirer des candidats pour ce qui était avant son arrivée considéré comme l’un des postes les plus passionnants et les plus prestigieux de Washington en dit long sur le style de sa présidence et sur son isolement.

De manière plus ou moins directe, ex-collaborateurs et ex-ministres ont, un à un, expliqué la difficulté de travailler au quotidien avec l’impétueux président de 72 ans, propulsé au pouvoir sans la moindre expérience politique ou diplomatique.

Ancien chef de la diplomatie américaine, le discret Rex Tillerson a dressé il y a quelques jours le portrait d’un homme «qui est plutôt indiscipliné, qui n’aime pas lire, qui ne lit pas les rapports, qui n’aime pas aller dans le détail mais qui dit : “Voilà ce que je crois”». Cette sortie lui a valu une bordée d’injures de la part du président de la première puissance mondiale.

«Personne ne veut être chef de cabinet de Trump», a ironisé lundi le Parti démocrate dans un communiqué. «Pourquoi le voudraient-ils? Le poste le plus important de la Maison-Blanche est devenu, sous Trump, la risée du public.»

Monde

May reporte le vote du Parlement sur le Brexit

LONDRES — La première ministre britannique Theresa May a reporté lundi le vote du Parlement sur l’accord de sortie de l’Union européenne, reculant devant l’opposition des députés et plongeant le processus de divorce dans l’incertitude.

«Nous allons reporter le vote prévu demain», a dit Mme May devant la Chambre des Communes, sans préciser de calendrier, dans une ambiance surchauffée.

«Avant le conseil européen (des 13 et 14 décembre), j’irai voir mes homologues des autres pays membres» de l’Union européenne pour «discuter avec eux des préoccupations exprimées par cette assemblée», a-t-elle ajouté. Elle rencontrera mardi le premier ministre néerlandais Mark Rutte à La Haye puis la chancelière allemande Angela Merkel pour des entretiens bilatéraux, a annoncé Downing Street dans la soirée.

Mais Theresa May, dont l’avenir politique pourrait se jouer sur ce texte, a réaffirmé que l’accord conclu en novembre entre Londres et Bruxelles à l’issue de 17 mois de négociations était «le bon», et qu’«aucun accord n’est possible sans inclure» la disposition très controversée du filet de sécurité, ou «backstop» en anglais.

Cette disposition prévoit de maintenir l’ensemble du Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE, ainsi qu’un alignement réglementaire plus poussé pour l’Irlande du Nord, si aucun accord sur la future relation entre Bruxelles et Londres n’est conclu à l’issue d’une période de transition de 21 mois après le Brexit, prévu le 29 mars 2019.

Cet arrangement suscite une opposition de tous bords, depuis les europhiles, qui espèrent encore pouvoir faire marche arrière, jusqu’aux plus ardents «Brexiters», qui redoutent un arrimage permanent à l’UE.

Alors que des cris appelant à la «démission» de Theresa May fusaient des bancs du Labour, le leader de l’opposition, le travailliste Jeremy Corbyn a vilipendé le gouvernement, estimant qu’il avait «perdu le contrôle des évènements».

Il a jugé que Theresa May ne pourra pas effacer les «défauts fondamentaux» du texte en obtenant quelques amendements «bâclés» auprès de Bruxelles. Il a obtenu la tenue mardi d’un «débat d’urgence» sur la décision de report du vote.

D’autres réactions acerbes sont venues des rangs conservateurs : le député tory Marc François a ainsi jugé «honteuse» la manœuvre du gouvernement. «C’est insultant. Toute la Chambre voulait débattre et voter, et le gouvernement s’échappe et court se cacher dans les toilettes».

«Risque de crise nationale» 

Jusqu’ici, les dirigeants européens se sont montrés inflexibles, rejetant l’idée de rouvrir les discussions. «Nous ne renégocierons pas l’accord, y compris le filet de sécurité, mais nous sommes prêts à discuter de la manière de faciliter la ratification britannique», a affirmé lundi le président du Conseil européen Donald Tusk sur Twitter.

M. Tusk a indiqué également qu’un sommet européen sur le Brexit se tiendrait jeudi à Bruxelles.

La profonde incertitude qui entoure désormais le processus de divorce a fait plonger la monnaie britannique. Vers 16h GMT, la livre s’échangeait pour 1,2527 dollar, son plus bas niveau depuis avril 2017. L’euro, de son côté, pointait à 90,80 pences pour un euro, son plus haut niveau depuis fin août.

«C’est un coup de plus pour les entreprises qui aspirent à plus de clarté», a réagi Carolyn Fairbairn, directrice générale de la principale organisation patronale, la CBI. «Les plans d’investissement sont en pause depuis deux ans et demi. À moins qu’un accord ne soit rapidement conclu, le pays risque de glisser vers une crise nationale», a-t-elle ajouté.

Après le report du vote, les dirigeants européens et britanniques ont annoncé mardi un renforcement des préparatifs en vue d’un «no deal», un scénario redouté par les milieux économiques.

Concessions symboliques? 

Pour Constantine Fraser, expert en politique européenne chez TS Lombard, la principale raison de retarder le vote est, pour l’exécutif, «d’essayer d’obtenir d’autres concessions, même symboliques, pour donner à ses députés qui hésitent encore une excuse pour voter cet accord».

Le calendrier reste incertain sur la suite du processus de divorce. Andrea Leadsom, la ministre des Relations avec le Parlement, n’a pas précisé la date à laquelle aurait lieu le vote des députés sur l’accord. Mais étant donnée la suspension des activités du parlement britannique du 20 décembre au 7 janvier, ce vote ne devrait pas avoir lieu avant le début de l’année 2019.

Mme May a multiplié les mises en garde contre les conséquences que pourrait avoir un rejet du traité. «Cela signifierait une grave incertitude pour le pays, avec un risque très réel de ne pas avoir de Brexit, ou de quitter l’Union européenne sans accord», a-t-elle déclaré dans le Mail on Sunday.

Surtout, un rejet du texte pourrait exposer Theresa May à son renversement, et in fine à de nouvelles élections législatives. Elle a d’ailleurs agité la menace d’une éventuelle victoire de Jeremy Corbyn en cas d’élections.

Monde

Un ex-policier russe devient le pire tueur en série de l'histoire récente

IRKOUTSK — Surnommé «le maniaque d'Angarsk», il tuait des femmes la nuit à la hache ou au marteau : un ancien policier russe a été reconnu coupable de 78 meurtres au total, devenant le pire tueur en série de l'histoire récente en Russie.

Mikhaïl Popkov, 54 ans, avait déjà été condamné en 2015 à la prison à vie pour le meurtre de 22 femmes. Un tribunal d'Irkoutsk, petite cité bordant le lac Baïkal en Sibérie, l'a reconnu lundi coupable de 56 meurtres supplémentaires entre 1992 et 2007, le condamnant à une seconde peine de prison à vie.

Mikhaïl Popkov, qui a commis la plupart de ses crimes dans la ville d'Angarsk, a tué 77 femmes et un seul homme, un autre policier. Il invitait d'abord ses victimes, qu'il violait pour certaines, à monter dans sa voiture, la nuit, utilisant parfois son véhicule de police en dehors de ses heures de service.

Il tuait ses victimes — des prostituées mais pas seulement, toutes âgées de 16 à 40 ans — avec une hache ou un marteau, comme il l'a raconté lui-même en décembre 2017 au site d'information russe Meduza.

Il se décrivait lui-même comme un «nettoyeur» qui purgeait la ville de ses prostituées. Il abandonnait ses victimes dans les bois, des cimetières ou au bord des routes. Seules deux femmes avaient réussi à survivre à ses attaques, malgré de graves blessures.

«Obsession meurtrière»

L'une des deux rescapées, Iévguénia Protasova, a raconté au journal Komsomolskaïa Pravda que Mikhaïl Popkov l'a convaincue de monter dans sa voiture en 1999, lorsqu'elle avait 18 ans : «Il m'a montré son badge de policier et je l'ai cru».

Il l'a ensuite frappée à la tête avant de l'amener dans une forêt et de l'étrangler, la laissant pour morte. Iévguénia a finalement été retrouvée à temps par un randonneur.

Mikhaïl Popkov avait «un besoin pathologique de tuer des gens» et une «obsession meurtrière comportant des aspects sadiques», a expliqué le Parquet. Malgré cela, l'ancien policier avait été considéré comme responsable de ses actes et assez sain d'esprit pour être jugé.

«Il prenait plaisir dans ses actes. Il les voyaient comme sa raison de vivre», a expliqué à Komsomolskaïa Pravda le criminologue Iouri Antonian, qui a participé à l'enquête.

Mikhaïl Popkov est apparu au tribunal dans son uniforme de prison, la tête baissée, selon les images de la télévision russe. Il purgera sa peine dans une prison réservée aux détenus condamnés à la prison à vie, surnommée «Dauphin noir» et située près de la frontière avec le Kazakhstan.

En plus de sa double peine de prison à vie, un cas rare en Russie, Mikhaïl Popkov a aussi été privé de sa retraite de policier, a annoncé le tribunal. Le procureur d'Irkoutsk, Alexandre Chkinev, a annoncé que le condamné avait l'intention de faire appel.

Il couvrait ses traces

Popkov avait été condamné une première fois en 2015 pour le meurtre et le viol de 22 femmes. Il a ensuite avoué 59 meurtres supplémentaires, mais la police n'a pas pu prouver la réalité de trois d'entre eux. Il a aussi été reconnu coupable d'avoir violé 11 de ses victimes.

Sa seule victime masculine était un autre policier, un homme à qui il avait proposé de monter dans sa voiture la nuit avant de le tuer dans une forêt.

Dans son interview à Meduza, Popkov avait expliqué qu'il proposait à des femmes de les conduire en voiture et qu'il s'attaquait à celles qui étaient ivres ou vivaient d'une façon immorale, ajoutant que «chaque société condamne le comportement d'une femme débauchée».

En tant que policier, Mikhaïl Popkov avait été jusqu'à participer aux enquêtes concernant certains de ses crimes pour détourner les soupçons, ont révélé ses collègue dans la presse russe.

Les enquêteurs soupçonnaient pourtant qu'un policier était coupable de ces crimes qui horrifiaient la région, en raison de la façon dont il couvrait soigneusement ses traces après chaque meurtre.

Il avait finalement été arrêté en 2012 à Vladivostok (Extrême-Orient russe), identifié après une enquête à grande échelle, comprenant notamment des analyses d'ADN des habitants dont la voiture correspondait aux traces de pneus laissées sur les lieux des crimes.

Parmi les autres tueurs en série russes, Andreï Tchikatilo a été exécuté en 1994 pour le meurtre de 53 adolescents et enfants à l'époque soviétique. En 2007, un autre tueur en série, Alexandre Pitchouchkine, a été condamné à la prison à vie pour le meurtre de 48 personnes à Moscou.

Monde

Un incendie coûte la vie à cinq enfants dans l'Ohio

YOUNGSTOWN — Un incendie a coûté la vie à cinq jeunes enfants tard dimanche dans l'Ohio.

Les flammes ont éclaté dans une maison de la ville de Youngstown. Un responsable des pompiers locaux a dit le premier étage était entièrement enflammé quand les sapeurs sont arrivés vers 23h30, heure locale.

Les petites victimes sont des enfants de neuf ans, trois ans et deux ans, et des jumeaux d'un an.

Les pompiers ont réussi à extirper trois enfants de la maison, mais ils sont ensuite décédés à l'hôpital.

Leur mère s'est blessée en sautant du deuxième étage. Personne d'autre ne se trouvait dans la maison.

Deux pompiers ont été blessés, dont un qui a reçu son congé après avoir été soigné à l'hôpital.

Des voisins ont composé le 9-1-1 après avoir entendu une explosion.

Une enquête a été ouverte pour élucider la cause du sinistre.

Monde

Gilets jaunes: Macron fait des concessions

PARIS — Le président français Emmanuel Macron a annoncé lundi soir une série de gestes visant à améliorer le pouvoir d’achat, dans l’espoir d’apaiser la colère des «gilets jaunes» et a admis ne pas avoir su prendre toute la mesure de la crise.

Dans une allocution d’une quinzaine de minutes, que beaucoup estimaient décisive, le président a promis une série de mesures allant dans le sens de la hausse du pouvoir d’achat exigée par les «gilets» : hausse du salaire minimum de 100 euros dès 2019, sans qu’il en coûte un euro de plus aux employeurs; défiscalisation des heures supplémentaires dès 2019 et annulation pour les retraités qui touchent moins de 2000 euros par mois de la hausse de taxes qui avait été imposée aux pensions de retraite.

Il a de plus demandé que les employeurs qui le peuvent «versent une prime de fin d’année» qui ne sera pas fiscalisée et n’induira aucune charge.

Emmanuel Macron recevra mardi et mercredi les représentants des banques et des grandes entreprises pour leur demander de «participer à l’effort collectif» face à la crise, a précisé l’Elysée.

Le chef de l’État français a déclaré lundi soir qu’il voulait que les dirigeants des entreprises françaises «payent leurs impôts en France» et qu’il voulait lutter contre «les avantages indus et l’évasion fiscale».

Réactions contrastées

Mais ces mesures ont été accueillies de façon contrastée par des gilets jaunes interrogés sur les plateaux de télévision ou sur les lieux occupés dans plusieurs régions. Si certains reconnaissent des «gestes», ils les jugent «insuffisants» ou «incomplets» pour stopper la lutte de ce mouvement protéiforme, sans leader et aux revendications multiples.

«Cette fois, il y a vraiment une avancée. Au fur et à mesure qu’il parlait, j’avais le sourire qui s’agrandissait», s’est réjoui Erwan, l’un des porte-parole des gilets jaunes de Rennes (ouest).

Mais, pour Pierre-Gaël Laveder, manifestant à Montceau-les-Mines (est), «Macron n’a pas pris la mesure de ce qui se passait». «Chaque annonce a été huée et la première réaction a été : “On se fout de notre gueule”», a-t-il témoigné.

La Commission européenne a indiqué pour sa part qu’elle allait étudier attentivement l’impact budgétaire des mesures annoncées lundi soir.

Pour Jean-Daniel Levy, expert de Harris Interactive, Emmanuel Macron n’a pas annoncé «un vrai virage social, mais des gestes sociaux». «Mais une intervention ne suffit pas» car «on est face à des Français qui vont attendre les actes et devoir attendre si ce changement d’attitude est pérenne».

L’opposition politique a raillé les mesures annoncées.

M. Macron «a pensé qu’une distribution de monnaie pourrait calmer l’insurrection citoyenne qui a éclaté», a ironisé le leader de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, promettant une nouvelle manifestation, samedi, qui «sera un moment de grande mobilisation».

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national (ex-FN, extrême droite), a elle estimé que le président «reculait pour mieux sauter».

Disant comprendre la «colère» et la «détresse», le président a par ailleurs fait son mea culpa, après les nombreux appels à sa démission qui ont fusé dans les rangs des gilets jaunes au cours des multiples manifestations, parfois violentes, qui ont eu lieu en France depuis la mi-novembre.

Celles-ci ont paralysé le pays, mettant en lumière une profonde fracture sociale.

«Part de responsabilité»

«Je prends ma part de responsabilité», a-t-il dit. Maintes fois considéré comme méprisant, voire arrogant, après des sorties contre les Français «réfractaires au changement», il a également reconnu avoir «pu donner le sentiment» que la colère des gilets «n’était pas [son] souci».

Disant décréter «l’état d’urgence économique et social», il a assuré que «c’est en pressentant cette crise» qu’il s’était présenté à l’élection présidentielle en 2017.

Il a aussi annoncé diverses réunions et consultations, laissant entendre notamment qu’il pourrait y avoir une réforme de la représentation politique.

«Nous ne reprendrons pas vraiment le cours normal de nos vies sans que rien n’ait été changé», a assuré le président, à la cote de popularité très faible, estimant que «nous sommes à un moment historique pour notre pays».

Pas d’indulgence pour la violence

En revanche, il a exclu toute «indulgence» pour les auteurs des nombreuses violences et pillages qui ont émaillé les manifestations des gilets jaunes, dont certaines images ont fait le tour du monde, comme les scènes de guérilla sous l’Arc de triomphe.

Les violences ont déclenché des mesures policières sans précédent en France. Au total, 4523 interpellations ont été effectuées sur tout le territoire depuis la première manifestation des gilets jaunes le 17 novembre. Elles ont donné lieu à 4099 gardes à vue.

M. Macron a également écarté un retour sur la suppression de l’ISF (Impôt sur la fortune), l’impôt qui taxait les ménages les plus fortunés et dont l’abolition au début du mandat est vécue comme une injustice par les gilets jaunes.

La transformation de l’ISF pour inciter à des investissements productifs a permis de créer des emplois, a assuré le président.

Toutes les mesures concrètes annoncées lundi par le président seront financées par l’argent public (pesant sur les comptes publics). Elles seront supportées par l’ensemble des contribuables et pas spécifiquement les plus fortunés.

Cette crise des gilets jaunes est la plus grave traversée par le jeune président élu en 2017, qui joue gros avec ce discours après être resté muet ou presque depuis les violentes manifestations du 1er décembre et les scènes d’affrontements sous l’Arc de triomphe.

Emmanuel Macron avait déjà reculé la semaine dernière en acceptant d’annuler une taxe sur les carburants dénoncée par les gilets jaunes. Il s’agissait alors du premier recul depuis son arrivée au pouvoir : en un an et demi, le président qui a dit vouloir transformer la France n’avait jamais plié malgré les nombreuses manifestations d’opposition contre son vaste projet de réformes.

Autour du globe, 9 décembre 2018

Monde

La question de la destitution de Trump refait surface

WASHINGTON — Des élus démocrates ont évoqué dimanche avec prudence la possibilité d’une procédure de destitution contre Donald Trump, soupçonné par un procureur de New York d’avoir été directement impliqué dans des actes illégaux durant la campagne de 2016.

«Ce sont certainement des délits» qui pourraient ouvrir la voie à un impeachment, a déclaré sur CNN Jerrold Nadler, membre de la Chambre des représentants.

Selon un procureur de New York, l’ex-avocat Michael Cohen a agi «en coordination et sous la direction» de Donald Trump pour empêcher deux maîtresses présumées de dévoiler leur relation extraconjugale avec le milliardaire républicain, peu de temps avant l’élection présidentielle.

«En relation avec les deux paiements, Cohen a agi avec l’intention d’influencer l’élection présidentielle de 2016», dit le procureur pour qui les versements d’argent à ces deux femmes constituent par conséquent des financements de campagne illégaux.

«Nous avons atteint un nouveau palier dans l’enquête», a réagi le sénateur Chris Murphy sur ABC.

«C’est un président qui est nommé comme un co-conspirateur présumé, l’allégation est qu’il a commis au moins deux infractions pour tenter de manipuler l’élection de 2016», a poursuivi le démocrate.

Donald Trump n’a toujours pas directement commenté cette première mise en cause par la justice américaine, dans ce dossier périphérique à l’enquête russe qui empoisonne sa présidence.

«Le président est totalement blanchi, merci!», avait-il écrit vendredi soir sur Twitter après une cascade de révélations de la justice de New York et du procureur spécial, dévoilant notamment que Moscou aurait proposé une coopération politique à un membre de son équipe de campagne en novembre 2015.

Mais il a limité ses réactions au dossier russe spécifiquement, pour nier une fois de plus toute collusion avec Moscou.

Si les démocrates n’écartent pas la possibilité de lancer une procédure de destitution contre le 45e président des États-Unis, ils restent extrêmement prudents.

L’impeachment, une carte politique à risque

Politiquement, l’»impeachment» est une procédure risquée. Certes les démocrates auront la majorité à la Chambre des représentants à partir de janvier, après leur large victoire aux élections de mi-mandat. Techniquement, ils auront donc la possibilité de voter la mise en accusation de Donald Trump.

Mais le Sénat est resté aux mains des républicains. Or c’est là que se déroulerait le procès du président, afin de le condamner à une majorité des deux tiers, ou de l’acquitter.

Dans l’histoire américaine, seuls deux présidents ont été sous le coup d’une procédure de destitution, Andrew Johnson au 19e siècle et Bill Clinton. Aucune n’a abouti à une destitution.

Richard Nixon, menacé par le lancement de la procédure a préféré démissionner, englué dans le scandale du Watergate dans les années 70.

«Vous ne lancez pas nécessairement un impeachment contre le président parce qu’il a commis» un délit pouvant ouvrir la voie à une procédure de destitution, a précisé Jerrold Nadler.

«Une procédure de destitution est une tentative d’annuler le résultat de la dernière élection et ne doit être mise en oeuvre que pour des situations très graves», a ajouté l’élu démocrate qui deviendra le président de la commission judiciaire de la Chambre.

Du côté républicain, un certain embarras était palpable même si Marco Rubio, rival malheureux de Donald Trump à la primaire républicaine, a assuré sur CBS que pour l’instant, il n’y avait aucune raison de ne pas continuer à soutenir le président. Le Congrès doit «disposer de tous les faits et de toute l’information» pour se prononcer, a ajouté le sénateur.

Sur cette affaire de financement électoral illégal, la majorité des juristes estime que le président ne peut pas être inculpé comme un justiciable ordinaire, disposant d’une immunité pendant la durée de son mandat.

Adam Schiff, élu démocrate de la Chambre basse, prédit toutefois un sombre avenir au locataire de la Maison-Blanche.

«Il y a une réelle éventualité que le jour où Donald Trump quittera le pouvoir, le ministère de la Justice puisse l’inculper. Il pourrait alors être le premier président, depuis un bon moment, à faire face à une vraie possibilité d’emprisonnement», a-t-il déclaré à CBS.

Monde

Trump s'en prend encore à l’ex-chef du FBI

WASHINGTON — Donald Trump s’en est de nouveau pris dimanche à James Comey, le traitant de menteur, après la publication du verbatim d’une audition parlementaire de l’ancien directeur du FBI qui a défendu son action dans l’enquête russe.

«James Comey le roi des fuites d’informations doit avoir établi le record de celui qui a le plus menti au Congrès en une seule journée», a tweeté le président américain de bon matin. «Son audition de vendredi était complètement mensongère!»