Monde

L’Arabie saoudite nomme une femme ambassadrice à Washington

RYAD — L’Arabie saoudite a nommé samedi pour la première fois une femme au poste d’ambassadrice aux États-Unis, alors que les relations entre les deux alliés ont été mises à mal par l’affaire Khashoggi.

La princesse Rima bint Bandar va remplacer à Washington le prince Khaled ben Salmane, frère cadet du puissant prince héritier Mohammed ben Salmane, nommé ministre adjoint de la Défense. Elle sera la première femme à occuper ce poste-clé de la diplomatie saoudienne.

La princesse Rima est la fille du prince Bandar ben Sultan, qui fut ambassadeur aux États-Unis de 1983 à 2005. Considérée comme une avocate des droits des femmes, elle a notamment fait campagne pour une participation accrue de ces dernières dans le sport saoudien.

«La princesse Rima sera la première ambassadrice de l’histoire saoudienne», a tweeté le fondateur de l’Arabia Foundation, un think-tank pro-saoudien, Ali Shihabi, estimant qu’il s’agit d’un «signal fort pour l’intégration des femmes dans le gouvernement et la force de travail» du royaume ultraconservateur.

Image ternie

Sa nomination intervient alors que l’image des dirigeants saoudiens a été profondément ternie par l’assassinat par un commando venu de Ryad du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en octobre dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.

L’affaire embarrasse l’administration américaine, soucieuse de préserver son alliance stratégique avec le royaume saoudien.

Le Sénat américain a jugé que Mohammed ben Salmane, alias MBS, était «responsable» du meurtre de Khashoggi, qui collaborait notamment avec le Washington Post.

Mais Ryad a toujours nié catégoriquement l’implication du prince héritier, mettant en cause des responsables moins haut placés, présentés comme des éléments «incontrôlés» et actuellement devant la justice saoudienne.

Une autre résolution adoptée par les sénateurs américains en décembre appellait le président Donald Trump à «retirer les forces armées américaines des hostilités au Yémen ou affectant le Yémen, sauf les forces américaines engagées dans des opérations visant Al-Qaïda ou des forces associées».

«La nomination d’une nouvelle ambassadrice est une tentative de Ryad pour donner un nouveau départ à sa relation avec Washington et faire oublier l’affaire Khashoggi, même si dans la pratique cela n’arrivera probablement pas, au moins avec le Congrès», a expliqué à l’AFP Kristian Ulrichsen, chercheur à l’Institut Baker de la Rice University aux États-Unis.

Le prince Khaled, fils du roi Salmane et ancien pilote de chasse, occupait le poste d’ambassadeur à Washington depuis 2017.

Il prendra ses nouvelles fonctions de ministre adjoint de la Défense alors que Ryad est depuis quatre ans à la tête d’une coalition internationale qui soutient les forces progouvernementales au Yémen contre les rebelles Houthis chiites.

«Le prince Khaled hérite d’un portefeuille qui est difficile, mais aussi crucial pour son père, pour son frère et pour le royaume», a estimé Becca Wasser, analyste politique à la RAND Corporation aux États-Unis.

Monde

Harry et Meghan au Maroc, dernier voyage officiel avant la naissance

RABAT — Le Prince Harry et sa femme Meghan sont arrivés samedi soir à Casablanca pour leur dernier voyage officiel à l'étranger avant la naissance de leur premier enfant, prévue au printemps.

Un «dispositif médical» a été prévu pour accompagner les différentes activités de l'ex-actrice américaine dans un village des montagnes de l'Atlas dimanche matin puis dans la capitale marocaine, selon des sources autorisées.

À son arrivée, le couple princier, lui en costume gris clair, elle en ample robe rouge, a été accueilli par un traditionnel plateau de dates, rituel d'hospitalité au Maroc.

Cette visite de deux jours, organisée à la demande de la reine Elisabeth II, inquiète au plus haut point certains médias britanniques comme le tabloid Daily Mirror qui a décrit le Maroc comme «une zone dangereuse» et sa capitale Rabat comme une «ville en émeute».

Monde

Violences aux frontières du Venezuela pour défendre l'aide humanitaire

UREñA — L'armée a répliqué avec violence samedi aux frontières du Venezuela, obligeant les partisans de l'opposant Juan Guaido à renoncer à livrer une aide humanitaire attendue avec impatience, mais que refuse le président Nicolas Maduro en dénonçant une tentative déguisée d'intervention américaine.

Au moins deux personnes ont été tuées, dont un garçon de 14 ans, et plus de 300 blessées au cours de la journée : les deux personnes décédées ont été tuées par balles dans des heurts qui ont fait également plus d'une trentaine de blessés à la frontière avec le Brésil.

LIRE AUSSI : Venezuela: le Canada réclame l'accès sans restriction de l'aide humanitaire

Une ONG locale, Foro Pena, a accusé les militaires vénézuéliens d'avoir ouvert le feu sur la foule qui réclamait le passage des convois humanitaires. Une femme avait déjà été tuée au même endroit vendredi.

Côté colombien, les autorités ont fait état de 285 blessés parmi les manifestants mobilisés pour exiger le passage des convois. Face à cette violence, le gouvernement colombien, soutien affiché de M. Guaido, a ordonné le retour des camions «pour protéger l'aide» et dénoncé des «violations des droits humains».

«Cette action pacifique et de caractère humanitaire a été interrompue depuis le Venezuela sous le régime usurpateur de Maduro avec une répression violente et disproportionnée», a insisté devant la presse le ministre colombien des Affaires étrangères, Carlos Holmes Trujillo, dans la ville frontalière de Cucuta.

Camions brûlés

En outre, deux camions d'aide et leur cargaison — des médicaments, a précisé le ministre —, ont été incendiés. Une députée pro-Guaido, Gaby Arellano, a accusé les forces de l'ordre vénézuéliennes d'avoir agi sur ordre du président Maduro.

Par ailleurs, la marine vénézuélienne a menacé de tirer sur un navire parti mercredi du territoire américain de Porto Rico avec de l'aide humanitaire à son bord. Selon le gouverneur de l'île, Ricardo Rossello, le bâtiment «a reçu des menaces directes de tir de la part de vaisseaux vénézuéliens» et a dû rebrousser chemin.

Juan Guaido, 35 ans, reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays, avait fixé la journée de samedi comme date-butoir pour la livraison de l'aide, stockée aux portes du pays.

Il a lancé l'épreuve de force à la mi-journée en annonçant sur Twitter l'entrée au Venezuela d'un premier convoi via la frontière brésilienne.

«Attention Venezuela : nous annonçons officiellement QU'EST ENTRE le premier chargement d'aide humanitaire depuis notre frontière avec le Brésil», a-t-il lancé depuis Cucuta en saluant «une grande réussite».

Mais des journalistes de l'AFP présents dans la ville frontalière de Pacaraima (nord du Brésil) ont constaté que les deux camions chargés d'aide envoyés par le Brésil avaient dû rebrousser chemin en début de soirée : «Guaido nous a donné l'ordre de préserver les produits. Nous voulons passer de manière pacifique», a expliqué par mégaphone un responsable des opérations. «Notre bien le plus précieux, c'est notre vie, nous ne voulons pas nous faire massacrer.»

Alors que la tension montait aux frontières, deux marches concurrentes se tenaient à Caracas, l'une en blanc, en soutien à M. Guaido et l'autre, en rouge, pour M. Maduro.

Plusieurs milliers de partisans de M. Guaido se sont ainsi retrouvés devant l'aéroport militaire de la Carlota pour appeler l'armée à laisser passer l'aide.

S'exprimant devant des milliers de ses partisans, M. Maduro a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec «le gouvernement fasciste de Colombie» et donné 24 heures «à l'ambassadeur et aux consuls» pour quitter le Venezuela en lançant : «Dehors, les oligarques!».

Cependant, pour le président colombien Ivan Duque, traité de «diable» par M. Maduro, Juan Guaido est le seul chef de l'État vénézuélien en exercice : sur Twitter, sa vice-présidente, Marta Lucia Ramirez, a rappelé que «notre gouvernement n'a pas désigné d'ambassadeur [à Caracas] et ne reconnait pas celui de Maduro dont le mandat s'est achevé le 9 janvier» — à la veille de son deuxième mandat controversé.

«Bienvenue du bon côté de l'histoire»

Pour bloquer l'entrée des convois, Caracas a ordonné la fermeture vendredi des trois principaux ponts frontaliers. Un quatrième, celui de Tienditas, était bloqué par l'armée depuis début février.

Défiant le leader chaviste, M. Guaido a bravé vendredi un ordre judiciaire lui interdisant de quitter le territoire national et affirmé que l'armée, pilier du régime chaviste, avait «participé» à cette opération.

Selon le ministre colombien, «plus de 60 militaires désarmés, dont plusieurs officiers, sont passés en territoire colombien et ont demandé refuge».

L'un des militaires s'est présenté comme «le major Hugo Parra», en uniforme de la Force armée nationale bolivarienne.

«Je reconnais notre président Juan Guaido et je lutterai avec le peuple vénézuélien à chaque étape», a déclaré l'officier devant la presse.

Outre la fermeture des grands ponts avec la Colombie et celle de la frontière terrestre avec le Brésil, M. Maduro a suspendu les liaisons avec l'île néerlandaise de Curaçao, autre point de stockage de l'aide.

Monde

Trump optimiste dans les négociations commerciales avec la Chine

WASHINGTON — Donald Trump a fait montre d’optimisme vendredi sur un accord pour régler le conflit commercial avec la Chine et annoncé une rencontre prochaine en Floride avec son homologue chinois pour régler les points les plus épineux.

En attendant le Sommet avec Xi Jinping dans la résidence privée du président américain à Mar-a-Lago «probablement en mars», Chinois et Américains, qui négocient depuis mardi dans la capitale américaine, ont décidé de prolonger leurs discussions de deux jours jusqu’à dimanche.

Dans le Bureau Ovale, en présence de Liu He, vice-premier ministre et principal négociateur de Pékin, M. Trump a évoqué «de très bonnes discussions avec la Chine» et jugé qu’il y avait de «très bonnes chances de parvenir à un accord» pour mettre fin au conflit commercial qu’il a déclenché à coup de tarifs douaniers pour forcer la Chine à s’asseoir à la table des négociations.

Liu He a renchéri en promettant que «du côté chinois nous ferons tout notre possible» pour arriver à une résolution.

M. Trump n’a pas donné de détails concrets sur les points d’accord ou d’achoppement entre les deux parties.

Progrès 

Le président américain a simplement affirmé qu’un accord avait été conclu «sur la monnaie» sans donner d’autres détails, mais les autorités américaines se plaignent de longue date du niveau du renminbi, qui selon eux donne un avantage aux exportations chinoises.

Le négociateur en chef américain, Robert Lighthizer a affirmé pour sa part que «d’importants progrès» avaient été réalisés sur l’épineuse question des transferts forcés de technologie pour les entreprises américaines travaillant en Chine.

Outre le transfert de technologie, les États-Unis reprochent à la Chine d’autres pratiques commerciales «déloyales» et réclament des réformes structurelles pour y mettre fin.

M. Trump veut aussi une réduction drastique de l’énorme déficit commercial de plus de 330 milliards de dollars avec la Chine.

Washington réclame aussi le respect des droits de propriété intellectuelle, la fin du piratage informatique et la levée de barrières non tarifaires, par exemple les subventions publiques.

Il reste une semaine avant l’expiration de la date butoir du 1er mars et la mise en oeuvre par Washington de nouveaux tarifs douaniers de 25% sur 200 milliards de dollars de produits chinois importés, actuellement taxés à 10%.

Mais M. Trump a une nouvelle fois laissé entendre qu’il pourrait néanmoins accorder un délai supplémentaire aux négociateurs.

Impact économique 

Selon les experts, si la Chine peut s’engager facilement à acheter plus de produits américains, il est plus difficile pour Pékin de procéder aux autres réformes réclamées par les États-Unis, qui exigent aussi un véritable mécanisme de contrôle de l’application d’un éventuel accord.

Selon un tweet du ministre américain de l’Agriculture, Sonny Perdue, les Chinois se sont engagés dans le Bureau ovale à acheter 10 millions de tonnes de soja supplémentaire. Il veut y voir «un geste de bonne volonté» des négociateurs chinois.

Les marchés boursiers et les milieux d’affaires ne sont pas les seuls à suivre les négociations de très près.

La directrice générale du FMI Christine Lagarde --dont l’institution a souligné à de nombreuses reprises l’effet délétère de la guerre commerciale entre les deux premières puissances économiques mondiales-- surveille également les discussions comme le lait sur le feu.

«Je croise les doigts tous les matins et mes doigts de pieds tous les soirs parce que j’espère que cela va se terminer par un moyen de réparer la mécanique et non de la détruire, parce que je suis convaincue que le système a besoin d’être réparé», a-t-elle déclaré à l’émission de radio publique américaine Marketplace.

Elle a souhaité qu’il sorte de ces discussions «un cadre dans lequel les subventions sont bien définies, la notion d’entreprise publique est bien définie, où la propriété intellectuelle est protégée». «Alors il s’agira vraiment d’un progrès», a-t-elle ajouté.

La Banque centrale américaine a averti vendredi qu’une «intensification des tensions commerciales» constituait un risque pour l’économie américaine et mondiale.

Monde

Les parents de la «maison de l’horreur» avouent les tortures sur leurs enfants

LOS ANGELES — Séquestrés, maltraités, affamés et enchaînés à leur lit à la moindre désobéissance: les parents de la «maison de l’horreur» ont reconnu vendredi devant un tribunal californien avoir infligé durant des années des actes de torture à douze de leurs treize enfants, des faits pour lesquels ils risquent la prison à vie.

Au total, David Turpin, 57 ans, et son épouse Louise, 50 ans, doivent répondre au total de près d’une centaine d’actes criminels.

«C’est l’un des pires cas de maltraitance sur des enfants que j’ai vus dans ma carrière», a lancé lors d’une conférence de presse le procureur du comté de Riverside, en Californie, Michael Hestrin.

Le couple Turpin a plaidé «coupable» vendredi de 14 chefs d’accusation commis depuis l’arrivée de la famille en Californie en 2010, parmi lesquels torture, violences sur un adulte vulnérable, mise en danger d’enfants et séquestration. Selon les enquêteurs, ces maltraitances avaient commencé bien avant, lorsqu’ils vivaient encore près de Fort Worth, au Texas.

Les parents bourreaux risquent la prison à perpétuité, avec une peine de sûreté d’au moins 25 ans. Ils seront fixés sur leur sort lors d’une audience devant un juge de Riverside, prévue le 19 avril.

Cette procédure de plaider coupable évitera aux enfants Turpin, âgés aujourd’hui de 3 à 30 ans, d’avoir à témoigner lors d’un procès, a relevé le procureur Hestrin, soulignant qu’ils étaient tous soulagés d’échapper à une confrontation pénible avec leurs tortionnaires.

«Nous avons décidé que les victimes avaient subi suffisamment de tortures et de mauvais traitements», a-t-il lancé.

C’est l’une des filles, âgée de 17 ans à l’époque, qui avait donné l’alerte en janvier 2018 après avoir trompé la surveillance de ses geôliers en fuyant par une fenêtre de leur maison de Perris, une petite ville située à une centaine de kilomètres à l’est de Los Angeles.

Apparence paisible, quotidien sordide

L’adolescente avait alors pu appeler les secours, expliquant à l’opérateur que ses deux soeurs cadettes étaient «enchaînées à leur lit», si étroitement que leurs corps étaient marqués par les contusions, d’après les témoignages.

«Ils nous enchaînent si on fait des choses qu’on n’est pas censés faire (...) Parfois mes soeurs se réveillent et commencent à pleurer» à cause de la douleur, avait ajouté la jeune fille dans un enregistrement diffusé durant une audience.

L’adolescente avait planifié son évasion deux ans durant, parvenant notamment à s’emparer d’un vieux téléphone portable pour prendre des photos de ses deux soeurs enchaînées, afin de servir de preuve.

À leur arrivée dans ce que les médias américains ont surnommé «la maison de l’horreur», les policiers avaient effectivement retrouvé certains des enfants Turpin enchaînés à leur lit. Tous, sauf la plus jeune, étaient dans des conditions d’extrême saleté et de malnutrition sévère.

De l’extérieur, l’habitation présentait l’apparence paisible d’une maison typique des banlieues californiennes. Les parents avaient déclaré pratiquer l’enseignement à domicile, une pratique courante aux États-Unis, et enregistré leur maison comme établissement scolaire.

Mais l’intérieur du domicile était sordide et l’air irrespirable, lourd de relents de crasse et d’excréments. Selon les enquêteurs, les enfants punis restaient attachés même s’ils avaient besoin de se rendre aux toilettes...

Ils n’avaient droit qu’à un bain par an, et «si les enfants étaient vus se lavant les mains plus haut que les poignets, ils étaient accusés de jouer avec l’eau et enchaînés», avait précisé le procureur à l’époque de cette découverte qui avait glacé d’effroi l’Amérique.

Lorsqu’elles n’étaient pas enchaînées, les victimes étaient entravées dans différentes chambres et n’étaient pas autorisées à jouer.

Les enfants, dont plusieurs souffrent de lésions et déficiences liées aux privations, étaient censés dormir 20 heures par jour selon le programme de leurs parents, qui les réveillaient tout de même au beau milieu de la nuit pour leur «repas»: des sandwichs au beurre de cacahuètes, des chips et des burritos.

Les enfants ont été confiés aux services sociaux du comté de Riverside. «Ils sont pleins de vie et ont un grand sourire», a assuré le procureur Michael Hestrin, touché par leur «optimisme» et leur «soif de vivre».

Monde

Venezuela: les hôpitaux et les malades piégés par la pénurie de médicaments

CARACAS — Ils souffrent d’une grippe ou d’un cancer et le temps joue contre eux: au Venezuela, où le manque de médicaments couplé à l’hyperinflation peut se révéler une potion mortelle, les malades vivent avec anxiété la polémique autour de l’entrée de l’aide humanitaire.

Dans les hôpitaux publics, 90 % des produits médicaux nécessaires font défaut et presque tous les laboratoires publics ont fermé, selon une enquête nationale menée par l’ONG Médecins pour la santé conjointement avec le Parlement, unique institution contrôlée par l’opposition. Aucun chiffre officiel n’a été divulgué par le gouvernement depuis trois ans.

L’opposant Juan Guaido, reconnu président par intérim par une cinquantaine de pays, a promis que l’aide humanitaire stockée depuis une dizaine de jours à la frontière avec la Colombie entrerait coûte que coûte dans le pays, malgré le refus du président Nicolas Maduro qui y voit les prémices d’une intervention militaire américaine.

Yacqueline Plaza, une infirmière de 53 ans, espère que l’aide va devenir «réalité». Mauricio Guitérrez, malade du sida depuis 27 ans, exige qu’elle ne soit pas utilisée à des fins de «prosélytisme politique».

La fille de Susana Alvarez aimait les papillons, c’est pour cela qu’elle s’en est fait tatouer un sur l’épaule après le décès de la fillette en 2016, à l’âge de cinq ans.

Atteinte d’une tumeur au cerveau, elle a été traitée par chimiothérapie, mais a rechuté. En raison du manque de matériel à l’hôpital pour enfant J.M de los Rios, à Caracas, il n’a pas été possible de lui faire une biopsie.

Étagères vides

Grâce à ses économies et à des dons, la famille a eu recours à une clinique privée. Mais le résultat, qui a révélé un lymphome, est arrivé 50 jours plus tard, «lorsque nous revenions du cimetière», raconte Susana à l’AFP. «Peut-être que si les analyses avaient été faites plus efficacement, l’issue aurait été différente», dit-elle.

Au laboratoire de la Banque du sang de Caracas, des dizaines d’échantillons ont attendu pendant des mois l’arrivée d’un produit réactif pour les analyser. Des patients sont morts sans savoir ce qu’ils avaient, d’autres ont été forcés de reporter des opérations.

«Avant, nous pouvions traiter entre 500 et 600 cas par mois, aujourd’hui zéro», déplore Marion Echenagucia, responsable du laboratoire qui, il y a encore trois ans, traitait des échantillons venus de tout le pays.

Marion et sa collègue Maria sont désormais seules. «Les autres ont émigré», comme les 2,3 millions de Vénézuéliens qui se sont exilés depuis 2015, selon l’ONU.

«Cela me fait pleurer» de voir les patients repartir la tête basse, raconte Maria au milieu des machines éteintes et des étagères vides.

Après un pénible voyage de deux heures depuis Rio Chico, à 130 kilomètres de Caracas, Eurydice Alexandro a reçu des médicaments. Mais pour un seul de ses deux enfants, âgés de 5 et 7 ans, tous deux hémophiles.

«Il n’y a rien»

Jusque-là, ils recevaient sans faute de l’État un médicament coûteux à prendre à vie. Désormais, les médecins répartissent le peu qui leur parvient entre les patients les plus à risques. S’ils ne consomment pas le traitement, «une hémorragie à l’estomac peut causer la mort», explique Eurydice, 34 ans.

Dans sa glacière, quelques doses destinées à son plus jeune fils. «C’est terrible de rentrer chez moi sans les médicaments pour mon autre fils», confie-t-elle dans un sanglot.

David Becerra peine à bouger à cause d’un Parkinson mal traité. Enseignant à la retraite, il menait une vie active, mais faute de traitement, il est de plus en plus prostré.

Sa femme Yamilet, désespérée, a vendu leur voiture pour commander des médicaments à des parents ou connaissances à l’étranger. «Nous n’avons plus d’argent», se désole-t-elle.

Quelque 18 000 patients atteints de la maladie de Parkinson au Venezuela n’ont pas accès à un traitement qui coûte entre 400 et 600 dollars par mois. Le salaire minimum plafonne à 6 dollars.

Et «même si vous avez de l’argent, vous ne pouvez pas en obtenir», car «il n’y a rien», dit Yamilet.

Autour du globe, 23 février 2019

Monde

Le sommet du Vatican sur les agressions sexuelles se poursuit

VATICAN — Les cardinaux participant au sommet du pape François sur la prévention des agressions sexuelles perpétrées par le clergé ont appelé vendredi à une nouvelle culture de responsabilité au sein de l'Église catholique afin de punir les évêques et les supérieurs religieux qui ne parviennent pas à protéger leurs troupeaux des prêtres prédateurs.

Au deuxième jour de la réunion extraordinaire du pape avec les dirigeants catholiques, le débat a porté sur la façon dont les dirigeants de l'Église doivent reconnaître que des décennies de dissimulation, de secret et de peur du scandale n'ont fait qu'aggraver la crise des agressions sexuelles.

«Nous devons nous repentir et le faire ensemble, collégialement, car nous avons échoué en cours de route, a déclaré le cardinal de Mumbai, Oswald Gracias. Nous devons demander pardon.»

Le cardinal de Chicago, Blase Cupich, a déclaré aux 190 évêques et supérieurs religieux que de nouvelles procédures légales étaient nécessaires pour signaler et informer les supérieurs catholiques lorsqu'ils sont accusés de faute ou de négligence dans le traitement des affaires de maltraitance.

Il a ajouté que les experts laïcs doivent être impliqués à chaque étape du processus, car les catholiques de base savent beaucoup mieux que les prêtres quel traumatisme a été causé par les agressions sexuelles perpétrées par le clergé.

«C'est le témoignage des laïcs, en particulier des mères et des pères (...), qui a souligné avec émotion et force à quel point la commission, la dissimulation et la tolérance des agressions sexuelles commises par le clergé étaient incompatibles avec le sens et l'essence même de l'Église», a déclaré Mgr Cupich.

«Les mères et les pères nous ont appelés à rendre des comptes, car ils ne peuvent simplement pas comprendre comment, en tant qu'évêques et supérieurs religieux, nous avons souvent été aveuglés par l'ampleur et les dégâts causés par les agressions sexuelles sur mineurs», a-t-il déclaré.

Le pape a convoqué les évêques à cette réunion de quatre jours sur la prévention des agressions sexuelles et la protection des enfants après le scandale qui a éclaté de nouveau l'an dernier au Chili et aux États-Unis. Tandis que le Vatican tente depuis deux décennies de réprimer les agresseurs eux-mêmes, il a largement fermé les yeux sur les évêques et les supérieurs qui les ont déplacés d'une paroisse à une autre.

Mgr Cupich a appelé à de nouvelles structures transparentes pour signaler les accusations portées contre des supérieurs, enquêter sur eux et établir des procédures claires pour les destituer de leurs fonctions s'ils sont coupables de négligence grave dans le traitement des affaires.

Il a proposé que les évêques métropolitains - qui sont responsables des autres évêques de leur zone géographique - soient chargés de mener les enquêtes avec l'aide d'experts laïcs. L'évêque métropolitain transmettrait ensuite les résultats au Vatican.

Plus de 30 ans après le début du scandale en Irlande et en Australie et 20 ans après qu'il eut frappé les États-Unis, des évêques et des responsables catholiques provenant de nombreuses régions d'Europe, d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie nient encore l'existence des agressions sexuelles perpétrées par le clergé chez eux, ou encore tentent de minimiser le problème.

Le premier pape latino-américain a convoqué ce sommet après avoir lui-même complètement bâclé la gestion d'une affaire de dissimulation d'agressions sexuelles bien connue au Chili l'année dernière. Réalisant qu'il a commis une erreur, il s'est engagé à tracer une nouvelle voie et traîne le reste de la direction de l'Église avec lui.

Mgr Gracias, le cardinal indien, a ouvert la session en disant que les évêques devaient travailler ensemble pour résoudre le problème, car il ne se limitait pas à une région donnée. Il a déclaré à la conférence qu'il n'était pas acceptable pour des évêques d'Afrique ou d'Asie de dire que le problème des agressions sexuelles au sein du clergé n'existait pas dans leur région ou que «c'est juste un problème pour les États-Unis, l'Europe ou l'Australie».

«Ceci, frères et s?urs, n'est tout simplement pas vrai. J'ose dire qu'il y a des cas dans le monde entier, aussi en Asie et en Afrique», a déclaré Mgr Gracias.

Mais la place de choix accordée à Mgr Gracias pour son discours a suscité des critiques, car l'Église indienne n'est pas réputée pour sa proactivité dans la lutte contre les agressions sexuelles perpétrées par le clergé. Mgr Gracias lui-même a été publiquement critiqué pour son dossier.

«Pourquoi Gracias a-t-il été autorisé à prendre la parole au sommet papal? Il est l'emblème du manque de responsabilité des responsables religieux, en particulier dans les pays en développement», a déclaré Anne Barrett Doyle du groupe en ligne BishopAccountability, qui suit le scandale des agressions.

Mais le Vatican a peut-être choisi comme orateurs les cardinaux dont les Églises nationales n'avaient pas ouvertement affronté le scandale. Lors de la journée d'ouverture du sommet, par exemple, le cardinal philippin Luis Tagle était l'orateur principal.

Selon BishopAccountability, d'après les informations communiquées publiquement et les poursuites pénales engagées, il semble qu'aucun prêtre n'ait agressé sexuellement d'enfants aux Philippines, un scénario que Mme Barrett Doyle estime tout à fait irréaliste. Mgr Tagle a déclaré que les tabous culturels aux Philippines empêchent souvent les personnes de se manifester lorsqu'elles ont été maltraitées.

Les victimes sont venues en masse en marge du sommet pour exiger plus de responsabilités de la part de l'Église, affirmant qu'elle plaçait depuis des décennies ses propres intérêts avant ceux des victimes qui avaient été blessées.

«Ils ont ce processus systématique de dissimulation, [...] de transfert et de non-déclaration», a dénoncé Tim Lennon, le président du groupe américain de survivants SNAP.

Le survivant allemand Matthias Katsch a dit que les victimes ne sont plus en colère. «Nous luttons vraiment pour la vérité et la justice pour les survivants», a-t-il expliqué.

L'archevêque irlandais Eamon Martin a déclaré que le sommet avait donné lieu à de nombreuses réflexions.

«Nous commençons à comprendre qu'il y a peut-être quelque chose dans la façon dont nous avons agi en tant qu'Église, dans notre situation en tant qu'Église, et cette question nous a vraiment fait réfléchir. Cela nous amène vraiment à nous poser des questions sur "qui sommes-nous ?"», a dit Mgr Martin.

Monde

Venezuela : l'aide américaine «prétexte pour une action militaire» selon la Russie

MOSCOU — La Russie a accusé vendredi les États-Unis de se servir de l'aide humanitaire qui doit être livrée au Venezuela comme «prétexte pour une action militaire» visant à renverser le pouvoir du président Nicolas Maduro, dont Moscou est un allié.

«Une provocation dangereuse d'ampleur inspirée et dirigée par Washington, à savoir la traversée de la frontière vénézuélienne par le prétendu convoi humanitaire, est prévue le 23 février», a déclaré la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, lors d'une réunion.

Cela crée «un prétexte commode pour une action militaire visant à écarter du pouvoir l'actuel président légitime du pays», a-t-elle estimé, répétant les accusations déjà formulées par Moscou selon lesquelles Washington aurait «décidé d'organiser un coup d'État».

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a ordonné jeudi la fermeture de la frontière terrestre avec le Brésil et menacé de fermer celle avec la Colombie pour empêcher l'entrée de l'aide humanitaire américaine qu'il considère comme une «provocation».

Son opposant Juan Guaido, qui s'est autoproclamé président par intérim il y a un mois et a été reconnu par une cinquantaine de pays, a pour sa part affirmé que l'aide entrerait «quoi qu'il arrive».

Mme Zakharova a également accusé les États-Unis de déplacer ses forces spéciales plus près du territoire vénézuélien.

«Il y a des informations selon lesquelles des entreprises américaines et celles des alliés des États-Unis au sein de l'OTAN étudient actuellement la question de l'achat d'une importante quantité d'armements et de munitions à un pays de l'Europe de l'Est, en vue de les remettre ensuite aux forces d'opposition vénézuéliennes», a-t-elle affirmé.

Il s'agit notamment des mitrailleuses de gros calibre, des lance-grenades et des munitions d'artillerie, selon Mme Zakharova.

De son côté, la Russie a déjà envoyé cette semaine au Venezuela de l'aide humanitaire comprenant notamment des médicaments et de l'équipement médical, a rappelé la porte-parole de la diplomatie russe.

Jeudi, Nicolas Maduro a annoncé l'arrivée de cette aide humanitaire apportée selon lui «par le gouvernement bolivarien du Venezuela à travers une coopération entre la Fédération de Russie et l'Organisation panaméricaine de la santé».

Selon M. Maduro, il s'agit de quelque 300 tonnes d'aide, notamment des «médicaments très coûteux».

Le Venezuela est confronté à la pire crise politique et économique de son histoire, marquée par l'hyperinflation et des pénuries de produits de première nécessité.

Le ministre vénézuélien de l'Industrie et de la Production nationale, Tareck El Aissami, était attendu vendredi à Moscou. Il devait notamment s'entretenir avec le vice-premier ministre russe chargé de la Défense, Iouri Borissov, selon des sources interrogées par les agences Interfax et RIA Novosti.

Monde

Une survivante canadienne à Rome doute des résultats du sommet au Vatican

Un à la suite des autres, une dizaine de survivants ont confié leurs récits bouleversants de sévices sexuels commis par le clergé catholique devant des représentants de haut rang de l’Église réunis pour écouter des voix ignorées pendant des années.

Leona Huggins, la seule Canadienne dans le rassemblement qui a eu lieu avant le sommet historique au Vatican cette semaine, a déclaré que l’énergie avait grimpé «comme un tsunami» alors que des victimes d’un peu partout, notamment d’Espagne et de Jamaïque, appelaient le clergé à prendre des mesures concrètes pour entamer un nouveau chapitre pour l’Église.

Mais elle a soutenu que la marée s’était retirée rapidement après la conclusion des témoignages déchirants.

Mme Huggins a relaté qu’un archevêque avait réagi en disant «Je suppose que nous devrons nous mettre au travail», amenant la Canadienne à demander pourquoi un tel travail n’avait pas déjà commencé.

Elle s’est fait répondre de faire preuve de respect, a-t-elle soutenu, réduisant à ses yeux la chance que le sommet destiné à lutter contre les sévices sexuels commis dans les rangs de l’Église engendre un véritable changement.

Dans un entretien téléphonique depuis Rome, l’enseignante établie à Vancouver a affirmé qu’elle-même et les autres survivants étaient véritablement «des diseurs de vérité dans cette pièce».

«C’est vraiment difficile pour moi de penser que quelqu’un peut entendre ces histoires et ne pas prendre de mesures courageuses», a-t-elle fait valoir.

Mme Huggins, âgée de 56 ans, fondait déjà peu d’espoir dans cette réunion internationale, convoquée par le pape François dans le but de calmer un scandale qui l’a poursuivi à la tête de l’Église catholique.

Le pontife lui-même n’était pas présent au rassemblement des survivants, mercredi, organisé la veille du sommet officiel, ce qui a déplu à ceux s’étant déplacés pour venir témoigner.

Le pape François a appelé à mettre la barre haute lors de l’ouverture officielle du sommet jeudi, reconnaissant la nécessité d’actions concrètes et de changements internes importants.

Mme Huggins, qui a dévoilé publiquement des agressions passées, a dit croire que son expérience était celle vécue par tant d’autres personnes. Elle a dit avoir été prise en charge et éventuellement agressée par un prêtre catholique qui travaillait dans sa paroisse de la Colombie-Britannique au début des années 1970.

En 1991, il fut finalement reconnu coupable d’infractions sexuelles contre deux femmes, dont Mme Huggins, mais continua de travailler comme prêtre dans des communautés allant de Lethbridge, en Alberta, à Ottawa, jusqu’à sa mort, en 2018.

Mme Huggins a utilisé une partie de son temps lors du rassemblement à huis clos pour appeler à la reconnaissance des victimes autochtones de violences au Canada.