Les quatre intervenants ayant pris la parole pour déplorer le manque de soutien pour les ménages sherbrookois : le conseiller municipal Pierre Avard, le coordonnateur de l’Association des locataires de Sherbrooke Normand Couture, la députée de Sherbrooke Christine Labrie et la directrice générale à l’OMH Marie-Claude Bégin.

Minuit moins une pour 20 ménages

Il est « minuit moins une » pour les 20 ménages sherbrookois qui n’ont pas encore de logement pour le 1er juillet, a insisté la députée de Sherbrooke Christine Labrie aux côtés d’intervenants en matière de logement à Sherbrooke, lors d’un point de presse jeudi matin. La convocation visait à interpeller la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, puisque les mesures d’urgence annoncées la veille ne s’appliquent pas à Sherbrooke.

« On veut rappeler à la ministre Laforest que ça presse! [...] Elle a annoncé hier un plan d’urgence, mais son plan touche seulement les municipalités où le taux d’inoccupation est sous 2 %. Sherbrooke n’est pas touchée parce qu’ici c’est 2,4 %! », déplore la députée solidaire.

Marie-Claude Bégin, directrice générale à l’Office municipal d’habitation (OMH) de Sherbrooke, avance que même s’il y a certains logements disponibles dans la région, il s’agirait d’appartements hors de portée des ménages à faible revenu. Selon elle, il est important que Sherbrooke ait aussi droit aux mesures d’urgence, qui visent justement à enlever la barrière financière empêchant de placer les ménages sans logement dans les loyers inoccupés. Plus précisément, le supplément au loyer permet aux ménages de limiter leur dépense pour le logement à 25 % de leur revenu, avec le reste du loyer qui est payé par des subventions.

Normand Couture, coordonnateur de l’Association des locataires de Sherbrooke, ne cache pas son mécontentement par rapport au fait que le gouvernement a repoussé l’annonce des mesures d’urgence à quelques jours avant le 1er juillet : « Placer 20 ménages locataires quand le taux d’inoccupation est en bas de 3 %, c’est du sport! Il faut se le mettre dans la tête, même si on obtient des suppléments au loyer d’urgence, c’est certain qu’on ne pourra loger les ménages locataires dans les 2-3 prochains jours, et les gens vont se retrouver à la rue! »

La Ville de Sherbrooke compte offrir son soutien à ces 20 ménages en prenant leurs biens en charge et en les hébergeant pour une dizaine de jours afin de leur laisser un délai supplémentaire pour trouver un logement. L’année dernière, moins d’une dizaine de ménages se trouvaient dans cette situation.

La vraie solution

Les intervenants ont profité du point de presse pour rappeler ce qui réglerait le problème à la source, selon eux : l’ajout massif de logements sociaux, qui éliminerait le besoin des mesures d’urgence.

« À long terme, il faut sortir des plans d’urgence. Il faut augmenter le nombre de logements sociaux! Ce n’est pas normal de dépenser 80 % de son revenu pour se loger, c’est un facteur d’appauvrissement important! Il faut construire plus de logements sociaux partout au Québec et en avoir des adaptés à tous types de ménage : grandes familles, personnes seules, personnes à mobilité réduite... », soutient Mme Labrie.

M. Couture renchérit : « Le programme de mesures d’urgence ne devrait pas être permanent, mais c’est ça qu’il devient. Chaque année, il faut répéter l’expérience de demander ces mesures, et chaque année, le gouvernement tarde à les mettre en place. C’est toujours un stress énorme pour les ménages locataires qui cherchent plusieurs mois à l’avance et ne trouvent rien pour leur budget! »

Le porte-parole de l’Association des locataires de Sherbrooke rappelle par ailleurs le problème de loger sévit à longueur d’année.

Le conseiller municipal Pierre Avard, aussi vice-président de l’OMH et président du Parallèle de l’habitation sociale, indique pour sa part que plusieurs projets de construction de logements sociaux sont en branle à Sherbrooke. Par contre, ajoute-t-il, puisque les budgets octroyés pour construire des logements sociaux sont les mêmes depuis 10 ans, mais que les coûts de construction augmentent, il n’est simplement pas possible de suivre l’augmentation des besoins.