Une centaine de personnes ont assisté à la 250e vigile réclamant la libération du blogueur Raif Badawi devant l’hôtel de ville, hier midi.

« Mille millions de fois merci ! »

Pour une 250e fois, les 50 coups de tambour ont résonné vendredi midi devant l’hôtel de ville de Sherbrooke, appelant à la libération du blogueur Raif Badawi, détenu en Arabie saoudite depuis plus de sept ans.

Plusieurs dizaines de sympathisants, dont l’acteur Vincent Graton, ont pris part à cette vigile du vendredi, lancée il y a cinq ans, en présence de l’épouse de Badawi, Ensaf Haidar, et de leur fille Najwa.

Visiblement émue de l’appui indéfectible qu’elle reçoit dans sa lutte pour faire libérer son mari, Mme Haidar s’est brièvement adressée à la foule : « Je n’ai pas de mots, a-t-elle dit. Tout ce que je veux vous dire, c’est : mille millions de mercis à tous. À la semaine prochaine! »

Indigné par la condamnation à 1000 coups de fouet infligée à Raif Badawi par le régime saoudien, l’acteur Vincent Graton a pour sa part salué le courage d’Ensaf Haidar et de ses trois enfants. Il a profité de la campagne électorale pour lancer un appel au prochain gouvernement.

« Le Canada doit être un leader de la vie politique internationale, a lancé le comédien. Nous avons une tradition diplomatique importante. Une tradition avec laquelle nous devons renouer. Je souhaite ardemment que le Canada agisse pour que Ensaf et ses enfants retrouvent Raif. Je souhaite que le Canada dirige une opération internationale pour que Raif Badawi retrouve les siens ici à Sherbrooke », a-t-il réclamé.

Au nom du maire Steve Lussier, la conseillère Danielle Berthold a dit elle aussi souhaiter le retour de Badawi auprès des siens le plus rapidement possible.

« Depuis l’incarcération de son mari, Mme Haidar fait campagne pour sa remise en liberté. Elle a plaidé sa cause auprès des dirigeants canadiens, mais aussi à travers le monde. Madame Haidar, je vous salue. Je salue votre résilience, votre combativité, car ça ne doit pas souvent être évident et facile. »

« Tuer la raison »

La conteuse Petronella Van Dijk, fondatrice du Festival « Les jours sont contés », a pour sa part lu un extrait du livre 1000 coups de fouet, écrit par Raif Badawi dans lequel le blogueur s’élève contre l’obscurantisme religieux.

« Les principales fonctions des États religieux sont de tuer la raison, de lutter contre les enseignements de l’histoire et de la logique. Et d’abêtir les gens. Il est impératif de s’élever contre une telle mentalité et de les empêcher de continuer à tuer l’être humain.

« Les États fondés sur la religion enferment leur peuple dans le cercle de la foi et de la peur, tandis que les autres permettent d’exprimer leurs désirs, leurs talents, leur créativité, leur soif de vie et de civilisation.

« Si nous ne travaillons pas dès aujourd’hui à réécrire notre histoire, loin de la domination qu’exercent les religieux sur notre vie, et si nous ne redéfinissons pas les bases de notre culture et de notre conscience, et ne donnons pas au futur un nouvel horizon, nous continuerons toujours d’être à la traîne et de nous vautrer dans une ignorance désormais inacceptable.

« Pendant ce temps, les peuples civilisés jouissent de la vie et de l’espoir en des lendemains meilleurs. Allons-nous enfin nous réveiller? », a écrit Raif Badawi.

Mireille Elchacar, d’Amnistie Internationale, a pour sa part rappelé que malgré l’arrivée au pouvoir du roi Mohamed Ben Salman, le royaume d’Arabie saoudite, loin de se libéraliser, continue de serrer l’étau à l’égard des libertés individuelles.

« Il y a des personnes qui sont actuellement derrière les barreaux sans même que des accusations ne soient portées contre elles », a rappelé Mme Elchacar en soulignant que plusieurs femmes ont été arrêtées récemment pour avoir osé exprimer leur opinion. Parmi elles se trouve la sœur de Raif Badawi, détenue depuis mai 2018.

« Nous devons continuer de faire pression pour que Raif et toutes ces personnes soient enfin libérées », a réitéré Mme Elchacar.