Mélanie Levasseur

Mieux outiller les aînés qui ne peuvent plus conduire

Arrêter de conduire constitue une étape importante et souvent difficile pour les personnes âgées : elles sont alors deux fois plus à risques de présenter des symptômes dépressifs que les personnes âgées qui conduisent encore, sans compter le risque accru d'institutionnalisation. Afin de les soutenir dans ce passage de leur vie, une équipe du Centre de recherche sur le vieillissement (CdRV) de Sherbrooke tiendra des rencontres qui visent à faire connaître les ressources disponibles dans la communauté.
La chercheuse Mélanie Levasseur et son équipe souhaitent implanter à Sherbrooke ce projet qui a eu lieu en Australie et qui a montré ses preuves. Dans les six derniers mois, environ 200 personnes ont cessé de conduire leur véhicule à Sherbrooke; la proportion oscille autour de 400 personnes annuellement. Il peut s'agir de personnes qui ont cessé de conduire de leur propre chef ou qui ont reçu un avis de la Société d'assurance automobile du Québec. « C'est un défi supplémentaire à la participation sociale des aînés », note Mme  Levasseur, en rappelant que cesser de conduire peut augmenter l'isolement.
« On travaille à traduire une intervention visant à favoriser l'accompagnement des gens qui cessent de conduire pour les inciter à poursuivre leurs déplacements... On va aider les aînés à connaître les ressources », explique la professeure-chercheuse à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke et au Centre de recherche sur le vieillissement.
Elle rappelle du même coup que l'on vit dans une société où les gens ont souvent une voiture garée dans leur cour. Résultat : cesser de conduire demande de repenser complètement sa façon de se déplacer. Or, les aînés sont laissés à eux-mêmes lorsqu'ils doivent cesser de prendre le volant.
Les aînés doivent passer un examen médical et un examen visuel six mois avant leur 75e et leur 80e anniversaire. À partir de 80 ans, ces examens ont lieu tous les deux ans.
C'est en recensant des écrits scientifiques que l'équipe a repéré cette intervention qualifiée de « très innovante ».
Appelée Vivre sans ma voiture, elle a été développée par des chercheurs de l'Université de Queensland en Australie. L'équipe sherbrookoise a pu l'adapter grâce à une subvention du ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec, notamment en engageant un traducteur professionnel.
Des études démontrent que la participation sociale des aînés a des effets bénéfiques sur la santé, notamment en diminuant le déclin cognitif lié à l'âge et les symptômes dépressifs.
Les responsables du projet recherchent une douzaine d'aînés qui sont disponibles à participer à six rencontres de 3 à 4 heures pendant la période estivale. Des étudiantes en ergothérapie et une monitrice de conduite animeront les groupes qui incluent des présentations, des discussions et des exercices pratiques. Les gens intéressés peuvent contacter le Centre de recherche sur le vieillissement au 819 821-8000 poste 70178.
Un autre projet
Parallèlement, dans le cadre d'un autre projet mené par le Centre de recherche sur le vieillissement et le Centre réadaptation Estrie du CIUSSS de l'Estrie-CHUS, 16 citoyens-bénévoles et 16 personnes de 50 ans et plus ayant une atteinte visuelle sont recherchées. Le jumelage permettra d'accompagner les personnes ayant une atteinte visuelle à s'intégrer davantage dans la communauté, explique Caroline Pigeon, postodoctorante à l'UdeS. L'initiative prévoit des rencontres d'environ trois heures par semaine pendant six à neuf mois. Les bénévoles bénéficieront d'une formation d'une journée et demie avant de commencer l'accompagnement.