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La députée de Sherbrooke, Christine Labrie, croit qu’une meilleure éducation doit être faite dès un très jeune âge pour contrer la violence conjugale et les féminicides.
La députée de Sherbrooke, Christine Labrie, croit qu’une meilleure éducation doit être faite dès un très jeune âge pour contrer la violence conjugale et les féminicides.

Mieux éduquer contre les féminicides

Anthony Ouellet
Anthony Ouellet
La Tribune
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Alors que le Québec a connu mercredi son douzième féminicide en six mois, des voix régionales affirment qu’un changement de mentalité et une meilleure éducation seraient les meilleurs moyens pour enrayer cette autre pandémie.

Rappelons qu’en 2020, huit femmes avaient été victimes d’un féminicide au Québec. C’est donc dire que, dans la première moitié de 2021, quatre femmes de plus ont été tuées que l’an dernier.  

« C’est toujours aussi choquant chaque fois qu’un événement comme ça arrive. On le savait qu’avec le déconfinement il y allait avoir ce sentiment de perte de pouvoir chez les agresseurs qui pourrait les pousser à passer à l’acte. On le savait, on l’a vu venir, mais on n’a pas pu le prévenir », se désole la députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie. 

Selon elle, un changement de mentalité doit s’opérer au Québec en ce qui a trait à la banalisation des premiers signes de violence conjugale. « Quand quelqu’un dit ‘‘ah il est jaloux parce qu’il t’aime’’, non ce n’est pas ça. C’est un début de contrôle et c’est encore banalisé au Québec, comme d’autres gestes, par exemple un homme qui dit à une femme comment elle doit s’habiller et qui elle fréquente », affirme Mme Labrie.

C’est un point de vue partagé par celles qui sont au front de cette bataille contre la violence conjugale. « Très souvent, le cycle de violence va commencer avec ce type de contrôle coercitif et d’autres formes d’agressions moins claires que la violence physique. Il faut donc reconnaître ces signes et arrêter de les banaliser », soutient Kenza, une intervenante en sensibilisation à la maison l’Escale de l’Estrie. 

Manque éducatif

Si ces comportements sont encore normalisés aujourd’hui malgré tant d’histoires d’horreur, c’est qu’il y a un manque dans l’éducation dès un très jeune âge selon Christine Labrie.

« Ça remonte très loin, aussi loin qu’un petit gars qui tire les cheveux d’une fillette dans la cour d’école et dont les parents le dédommagent en disant que c’est parce qu’il l’apprécie qu’il a fait ça. Ces petits gestes créés des précédents », estime-t-elle.

« À cet effet, il faut apprendre aux jeunes garçons que c’est correct d’avoir des émotions, mais il faut aussi leur apprendre à les vivre d’une manière saine, sans se tourner vers la violence », ajoute Kenza.

« Pourtant, les facteurs de risques sont bien documentés, il suffit de les faire connaître. Antécédents de violence, contexte de rupture, possession d’une arme à feu : ce sont tous des éléments qui augmentent le risque de féminicide. Tout le monde doit être à l’affût et arrêter de banaliser ça, car les femmes ont de la difficulté à voir leur situation si tout le monde normalise la situation », note Mme Labrie. 

Place dans les maisons

Les 92 millions débloqués par la CAQ en avril pour aider les maisons d’hébergement sont une bonne chose, mais arrive un peu trop tard d’après la députée.

« C’est long entre le temps où cet argent-là est envoyé et le moment où il se transforme en nouvelles places, même que certaines d’entre elles offraient déjà des places sans avoir le financement nécessaire. L’argent permettra donc de financer ces places-là, mais pas d’en créer de nouvelles », explique-t-elle. 

« Oui, on a besoin de places pour aider celles qui vivent ces situations, mais il faut aussi pouvoir accompagner les agresseurs qui reconnaissent leurs comportements violents et qui veulent changer », admet Kenza.

« Les délais pour aider ceux qui veulent changer sont trop longs. Avec l’argent du gouvernement, ils passent de quelques mois à quelques semaines, mais c’est encore trop. Quand un agresseur décide qu’il veut de l’aide, c’est maintenant qu’il faut le prendre en charge, pas une ou deux semaines après. L’argent du gouvernement est la bienvenue, car c’est un premier pas, mais ce n’est pas assez », souligne Christine Labrie.

Si vous êtes victimes d’actes de violence conjugale, plusieurs services s’offrent à vous pour vous en sortir, dont la ligne d’urgence 24/7 de SOS violence conjugale au 1 800 363-9010.