Mérite estrien

Un parcours parsemé d’anges

Bien qu’elle soit issue d’une famille d’entrepreneurs et d’amoureux de la cuisine, Pasquale Beauvais n’a pas bâti BioBon en une journée. Le succès de son entreprise et de ses végé-pâtés est le résultat de plusieurs longues années de travail acharné, de dévouement et de dépassement, ainsi que de l’appui inconditionnel d’anges rencontrés sur son chemin.

« Je peux dire avec certitude que l’entrepreneuriat, c’est dans mon sang, déclare d’emblée Pasquale Beauvais, présidente et directrice générale de BioBon, qui produit plus de 50 000 végé-pâtés par semaine et emploie 20 personnes. Mes parents ont tous deux eu des entreprises et quand j’étais jeune, on me demandait quelle entreprise je voulais avoir plus tard, pas quel emploi. »

En plus d’avoir cette prédisposition à exploiter une entreprise dès son jeune âge, Mme Beauvais était très proche de ses grands-parents maternels, qui étaient tous deux des habitués du fourneau. 

« Ma grand-mère et mon grand-père, ce qui était rare pour l’époque, cuisinaient beaucoup. Ils étaient cuisiniers dans des camps de bûcherons dans le nord pendant plusieurs années. J’allais souvent chez eux après l’école et la vie se déroulait dans la cuisine, autour de la table à manger. C’est à ce moment que j’ai pris goût pour la cuisine et la préparation des aliments. Mon grand-père maternel était aussi beurrier ! » s’exclame la récipiendaire du Mérite estrien. 

Des débuts modestes

Bien que son avenir semblait déjà dessiné, il fallait que Pasquale Beauvais acquière plus de connaissances et d’expérience avant de se lancer dans l’entrepreneuriat alimentaire. Après avoir travaillé pendant 12 ans au Verger le Gros Pierre, soit jusqu’à l’âge de 23 ans, elle est allée étudier l’arboriculture en Europe, question de parfaire ses aptitudes. 

« Lorsque je suis revenue, j’ai suivi un cours sur la réalisation des plans d’affaires. J’avais développé deux projets dans le cadre du cours : une entreprise de production et de vente de cerises de terre ainsi qu’une pâtisserie artisanale, explique-t-elle. Comme la deuxième a généré plus d’intérêt, j’ai commencé en faisant de la transformation d’aliments dans les vergers du coin et j’ai ensuite mis sur pied un service de plats congelés pour agents immobiliers montréalais ainsi que pour les personnes âgées. »

Après un certain temps, ses quatre fours de cuisine ne fournissaient plus à la demande et une belle opportunité s’est présentée à elle. « Les propriétaires d’une pâtisserie-boulangerie de Waterville s’en allaient dans l’Ouest pour tenter un nouveau projet. Ils ont offert de me louer leur cuisine pendant une durée de trois ans, ce que j’ai immédiatement accepté, se souvient-elle. C’est dans ces circonstances que j’ai commencé à fréquenter le marché public de North Hatley, où une personne vendait des végé-pâtés. »

Suite au départ à la retraite du vendeur de végé-pâtés, Pasquale a commencé à entretenir l’idée d’en fournir à la clientèle locale, qui en raffolait. « Ma fille n’a jamais mangé de viande et à l’époque, les produits végétariens manquaient vraiment de goût et le marché n’était pas développé comme il l’est aujourd’hui. J’en faisais donc pour elle et j’en amenais une douzaine par semaine au marché pour mes clients. »

Embûches et triomphe

Lorsque ses clients sont retournés vers Québec et Montréal après l’été, ils ont voulu continuer de se procurer les végé-pâtés de Pasquale, ce qui l’a poussée à lancer un réseau de distribution. 

« J’ai commencé à mettre sous vide des pâtés pour les envoyer à mes clients à l’extérieur. À ce moment, les gens de Waterville sont revenus et j’ai dû quitter le local. J’ai rapidement emménagé dans une ancienne fromagerie à Compton, la ville où j’ai grandi. J’avais besoin de m’acheter tout le matériel d’un coup et mes parents m’ont acheté les équipements dont j’avais besoin, ce qui m’a sauvé beaucoup de temps et de soucis. » 

Cela faisait 10 mois seulement que Pasquale était installée à Compton lorsqu’un règlement de zonage a fait en sorte qu’elle devait déménager sa production. « C’est à ce moment que le bon samaritain qui possédait la ferme sur laquelle mon entreprise était située a fait en sorte que j’obtienne un délai d’un an, qui m’a permis de me trouver un endroit convenable. »

Une fois de plus, la chance lui a souri. Un vendeur d’assurances local, Gérard Leblanc, a volé à son secours en lui offrant ses anciens locaux à un prix en dessous de sa valeur réelle. 

« J’avais maintenant une pâtisserie-boulangerie sur la rue principale à Compton. J’habitais en haut et l’entreprise fonctionnait 24 heures sur 24, sept jours sur sept. À force de travailler des semaines de 80 et 90 heures, j’ai ressenti de l’épuisement et j’ai songé à tout abandonner, confie-t-elle. J’étais mère monoparentale et je sentais que je n’étais pas assez présente pour ma fille ni pour moi-même. C’est à ce moment que Gaétane et Guylaine, deux de mes extraordinaires employées encore à ce jour, ont pris une charge de travail plus importante pour me permettre de me recentrer sur mes priorités. »

Après avoir fait un important travail d’introspection, Pasquale a décidé d’abandonner la boulangerie et de concentrer ses efforts dans la production de végé-pâtés. « J’ai vendu le commerce et j’ai été m’installer dans le motel agroalimentaire de Coaticook et le reste de l’histoire est connue de tous. On trouvait ça tellement grand quand on est arrivée, on ne pensait jamais finir par louer la presque totalité des locaux. »

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Faire parler le « personnage » du centro

Pour Kristelle Holliday, directrice générale du Théâtre des petites lanternes (TPL) depuis maintenant sept ans, la place de l’art dans une communauté n’est plus à remettre en doute. Dans le théâtre qu’elle porte, où le fourmillement d’idées s’étend des ruelles du centre-ville jusqu’aux salles de la République du Congo, on ne tente pas de s’adresser au cœur de Sherbrooke : ont préfère lui laisser la parole.

« Pour moi, l’artiste a la responsabilité d’être à l’écoute de son milieu et d’être présent pour celui-ci », partage avec passion celle qui, depuis l’an dernier, porte également le chapeau de codirectrice artistique au TPL. Notamment à travers son projet Quatre-quarts, Mme Holliday mise sur les liens sociaux, la mémoire collective et l’amour d’un quartier au profit d’un « théâtre citoyen » signé TPL et qui se veut créateur de racines.

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De l’importance d’être « au service des gens »

Qui ne connaît pas Jean Arel? Après avoir été pendant 40 ans « la voix du sport en Estrie », il poursuit sa carrière devant la caméra en tant que journaliste d’ICI Radio-Canada Estrie, ce qui fait que les Estriens peuvent aujourd’hui mettre un visage sur sa voix. Et son métier le comble toujours autant parce qu’il lui permet d’être « au service des gens ».

Car ce qui anime encore Jean Arel, même à l’aube d’un demi-siècle de carrière, c’est ce contact avec les gens. Et, dit-il, l’importance de bien faire son travail.

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Défoncer des portes

Toute première karatéka canadienne à avoir obtenu son cinquième dan en Kyokushin, France Carrier a dû défoncer bien des portes pour y arriver. Première femme à avoir atteint ce niveau dans un sport plus que sexiste, la femme de 66 ans peut se réjouir de son exploit. Aujourd’hui, elle gère cinq écoles de karaté et offre des cours aux Estriens.

« C’était vraiment quelque chose, raconte la dame qui a passé cette grande étape de sa vie en 2017. Le Japon n’acceptait pas les femmes qui voulaient passer le cinquième dan. Ça faisait près de 10 ans que je courais après André Gilbert parce qu’il fallait faire quelque chose. Ça n’avait pas de sens, j’avais des élèves de troisième dan! Il fallait faire avancer les choses, que les femmes aient leur place. Un moment donné, il m’a dit qu’il allait tout faire pour m’amener au Japon. »

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L’environnement à cœur, de Sherbrooke jusqu’à Houston

Lorsqu’il n’est pas occupé à faire de la randonnée dans les montagnes texanes ou à donner des conférences à travers le monde, l’ingénieur Carl Bernier s’occupe de sauver la planète. Le bientôt doctorant de l’Université Rice, située à Houston au Texas, entreprend en ce moment des recherches sur la vulnérabilité des réservoirs pétroliers aux conditions climatiques extrêmes.

C’est en 2012 que Carl Bernier termine son baccalauréat en génie civil à l’Université de Sherbrooke. En 2013, toujours à Sherbrooke, il amorce sa recherche de maîtrise sur la sécurité des barrages au Québec. C’est pendant un stage au Texas, à la fin de sa maîtrise, qu’il rencontre sa directrice de recherche et qu’il décide de quitter le Québec pour s’installer aux États-Unis pour y faire son doctorat à l’Université Rice. 

Au mois d’août, Carl Bernier terminera son doctorat. Il est actuellement en recherche d’emploi pour être professeur. 

Bien qu’il aimerait revenir au Québec, il pense devoir rester quelques années de plus aux États-Unis, puisque les possibilités d’emploi dans son domaine de recherche y sont plus nombreuses.  

Les priorités aux bonnes places

Pourquoi ce sujet de recherche? Pour Carl Bernier, la réponse est évidente. En 2005, l’ouragan Katrina a fait de nombreux ravages, dont plusieurs ruptures de réservoirs de pétrole. C’est plus de 26 millions de litres de pétrole qui ont été déversés dans l’environnement. 

« Il y a eu des impacts environnementaux assez importants. Après quelques recherches dans la littérature existante, on s’est rendu compte qu’il n’y avait aucune étude sur le sujet. Il y a donc un problème », souligne l’ingénieur. 

« Aux États-Unis, des réservoirs de pétrole, surtout à Houston, ce n’est pas ce qui manque, enchaîne-t-il. On a donc décidé, dans mon projet de recherche, de développer des modèles qui estiment la performance des infrastructures pétrolières lors d’un ouragan. Aussi, nous avons développé des modèles pour estimer la probabilité qu’il y ait une rupture ou un déversement lors des conditions extrêmes. On voulait savoir ce que l’on pouvait faire pour améliorer la sécurité de ces infrastructures pour éviter d’éventuels déversements. »

Pour lui, il était inconcevable de ne rien faire. Les dommages environnementaux étaient importants et il fallait agir pour éviter que de tels événements ne se reproduisent. 

Son premier objectif est d’abord d’améliorer et de changer les normes de dimensions de ces structures pour ainsi obtenir une meilleure performance dans le futur et éviter ces accidents nocifs pour l’environnement. 

L’ingénieur, très humblement, affirme que son champ de recherche est essentiel pour une société et une planète en santé. 

« Tout le monde est affecté par les ouragans. Aux États-Unis, personne n’est à l’abri. Par exemple, à Houston, l’industrie pétrolière est juste à côté. S’il y a un déversement ou un accident industriel, il y a de graves conséquences pour les gens qui habitent près, en plus des conséquences sociales, économiques et environnementales. Au Québec, c’est un peu la même chose. Personne n’est à l’abri des inondations. Il y a des infrastructures qui sont touchées par les inondations. Au niveau social, beaucoup de personnes sont affectées. »

Pour sa carrière, il souhaite continuer à faire de la recherche et se trouver un poste en tant que professeur. Car le contact avec les étudiants le captive. 

« J’aime le contact avec les étudiants. Quand on fait de la recherche seul, l’ambiance est plus monotone. Enseigner, c’est être en contact avec les autres et pouvoir échanger. Ça me permet aussi de transmettre mes connaissances et d’échanger avec les étudiants. Être capable d’adresser les problématiques des changements climatiques avec les étudiants, c’est gratifiant pour moi. »

Reconnaissance

Lors de sa carrière et de ses études, Carl Bernier a été récipiendaire de plusieurs prix de reconnaissance. 

Dernièrement, il a reçu la bourse Nettie S. Autrey, qui est très convoitée par les étudiants en sciences naturelles et en génie. Pour lui, cette bourse est une reconnaissance de toutes ses réalisations. « Ça montre que ce que je fais a un impact », admet-il fièrement.

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La chute qui a tout changé

Tout a commencé par un accident de vélo sur le Réseau des Grandes-Fourches qui a laissé Sylvain Roy au sol pendant 20 longues minutes avant que quelqu’un accepte de s’arrêter pour le secourir.

« C’était le 1er juin 1999 au matin. J’ai fait une vilaine chute à l’entrée de la passerelle de la 410, raconte-t-il. Il y a des gens qui m’ont croisé. (...) Il y a même quelqu’un qui faisait du jogging qui m’a enjambé en pointant sa montre comme pour me dire qu’il n’avait pas le temps de m’aider. C’est finalement deux jeunes du Triolet qui m’ont ramassé et qui m’ont supporté jusqu’à la rue Delorme où j’ai pu faire le 911. »

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Injecté d’images et d’histoires

La poussière retombe tranquillement sur l’exceptionnelle année que vient de traverser Jérémy Comte. Même si la tournée des festivals n’est pas encore terminée pour son court métrage Fauve — le film était d’ailleurs en lice aux Prix Iris du cinéma québécois il y a deux jours —, le réalisateur de 28 ans voit sa vie reprendre un cours un peu plus normal, après le tourbillon de sa nomination aux Oscars en février.

« La dernière année est passée tellement vite! On dirait presque un flash! Je recommence à respirer un peu plus », commente celui qui, grâce à Fauve, a rapporté des statuettes d’importants festivals internationaux (Sundance, Palm Springs, Aspen, Melbourne, Vladivostok...), tout en étant reconnu par ses pairs québécois et canadiens, entre autres lors de festivals de films à Québec, Rimouski, Saguenay, Montréal, Vancouver, Edmonton, Calgary et Toronto.

« C’est rare pour un court métrage d’avoir une vie aussi longue! » ajoute celui qui, même s’il estime avoir encore « tellement à grandir », a malgré tout commencé à « redonner », en étant porte-parole de la Course des régions en 2018 (il l’avait remportée en 2011) et membre du jury du Festival REGARD de Saguenay en mars dernier, après en avoir été lauréat.

« C’est très important d’être présent dans la communauté du cinéma. Et lorsqu’on regarde le milieu de près, on s’aperçoit qu’il n’y a pas d’âge pour percer. Orson Welles a réalisé un chef-d’œuvre à 25 ans [Citizen Kane], et d’autres, à 40 ou 50 ans. Pour mon expérience de jury, j’ai autant reçu que donné. Visionner 70 courts métrages et en débattre avec d’autres m’a fait prendre conscience de la subjectivité des émotions. Je sais maintenant qu’il ne faut pas trop s’en faire si on ne remporte pas un prix. »

N’empêche que toutes les récompenses et nominations reçues depuis 18 mois lui auront donné un formidable électrochoc pour concrétiser son premier long métrage, dont il vient de terminer l’écriture et pour lequel il part maintenant en quête de financement.

Fantaisie ancrée

Le film Fantasia de Walt Disney a été marquant dans le choix de Jérémy Comte de devenir cinéaste. Ce long métrage d’animation, réalisé en 1940 et comportant notamment des séquences expérimentales où le dessinateur tente de transformer la musique en images, a profondément marqué le petit garçon, qui regardait la cassette VHS en boucle.

« Les images et les couleurs me transportaient et me faisaient oublier tout le reste. Je pense que c’est là que le poids du cinéma s’est ancré en moi. C’est ma source fondamentale d’émotions. Ces images-là reviennent dans ma vie de façon récurrente. Lors de mon accident de moto au Ghana [il y était en repérage pour l’écriture de son premier long métrage], on m’a injecté de la kétamine, un anesthésiant hallucinogène, et j’ai vu des images et des formes semblables au film », raconte celui qui a grandi dans une famille où la créativité était fortement encouragée.

Ce sont ses expériences de théâtre au primaire qui ont été déterminantes dans son choix de carrière. « C’est là que je suis tombé amoureux du fait de raconter une histoire. Mais j’ai aussi pris conscience qu’au cinéma, c’était sans limites. Je pouvais représenter mes histoires, les écrire, les jouer ou rester derrière, lancer des messages et des émotions. Je suis quelqu’un de très visuel. Souvent, je ne trouve pas les mots pour exprimer des émotions, mais dans ma tête, j’ai une image très claire. »

Il aimerait d’ailleurs tourner des scènes de son long métrage à venir à Sherbrooke. « Parce qu’une partie de mon inspiration vient d’ici. »

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Pousser comme il l’entend

Se dépasser et surpasser ses limites, non pas face à un adversaire, mais envers soi même. C’est l’attitude de l’haltérophile Nicolas Viens, qui vient tout juste de terminer au 2e rang aux championnats canadiens chez les 102 kg. Il a levé 141 kg à l’arraché et 170 kg à l’épaulé jeté.

Sa passion pour l’haltérophilie s’est développée sur le tard.

Actualités

Détresse suicidaire chez les aidants naturels

TROIS-RIVIÈRES — Les aidants naturels vivent de la détresse, c’est bien connu, en particulier ceux qui aident un proche ayant des troubles cognitifs. Ce qui est moins connu, c’est que certains de ces aidants finissent par songer au suicide.

C’est une doctorante de 4e année en psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Audrey Teasdale-Dubé, qui a eu l’idée de se pencher sur la question. Ce sujet d’étude, une première pour le Canada, lui est venu lorsqu’elle a travaillé pour la ligne d’écoute de Prévention Suicide. «Beaucoup de personnes âgées appelaient», dit-elle.

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Dr Yannick Poulin : médecin et philantrope

Le Dr Yannick Poulin est non seulement pneumologue et intensiviste dans les deux hôpitaux universitaires du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, mais il est aussi extrêmement engagé auprès de plusieurs fondations : la Fondation Claude-Durocher, la Fondation Justin-Lefebvre ainsi que Leucan. S’il est heureux de travailler tous les jours à sauver des vies à l’hôpital, c’est son travail caritatif qui le rend le plus fier.

Il faut savoir que le médecin est un homme de passions. Et une personne qui déborde d’énergie.

À l’école secondaire, le joueur de hockey a choisi de se diriger vers la médecine parce qu’il avait des intérêts vers plusieurs sujets. «La médecine permettait de garder des portes ouvertes; elles ne fermaient rien», se souvient-il.

Aujourd’hui à 40 ans, il ne changerait rien à son parcours; il adore la médecine, tout ce qu’elle lui apporte et tout ce qu’elle permet d’offrir à ceux qu’il soigne. Même si le métier demande un grand investissement. «J’adore la pneumologie et les soins intensifs; ça amène un grand dépassement de soi», souligne-t-il.

«Mais ce n’est pas ça l’essentiel. Ce qui me rend le plus fier, ce qui est le plus important encore pour moi, ce sont mes différents projets de philanthropie», précise le Dr Poulin.

Yannick Poulin est en effet l’instigateur de deux projets qui sont devenus des incontournables dans le paysage caritatif estrien, soit la Fondation Justin-Lefebvre qui vient supporter des familles dans le besoin en offrant des équipements sportifs et scolaires tout en encourageant le don d’organes, et Les Vins de Sophie, un événement annuel qui permet de récolter des fonds pour Leucan, la Fondation Claude-Durocher et la Fondation Justin-Lefebvre.

«Je suis une personne qui a beaucoup d’énergie, et ces différents projets permettent de la canaliser, d’occuper mon esprit», précise-t-il.

Cette passion pour ces nobles causes a commencé quand la jeune fille d’un collègue a reçu un diagnostic du cancer de l’ovaire. «Même si on est médecin, on se rend compte alors que la maladie peut nous toucher, nous ou les gens très proches de nous», se rappelle-t-il.

Quand la jeune fille a été déclarée guérie après ses cinq années de rémission, sa grande sœur a décidé de faire raser ses cheveux pour amasser des dons pour Leucan.

«Je me suis dit qu’elle ne pouvait pas se faire couper les cheveux pour 1000 $ avec tous les contacts que j’avais», dit-il.

Il a donc décidé d’organiser une soirée, les Vins de Sophie, où les gens pourraient bien manger et boire du bon vin pour un certain prix d’entrée. «L’objectif, c’était de faire un profit plus grand que 0», dit-il.

Mais l’événement a été un succès. «On a amassé 14 000 $ pour les cheveux de la grande sœur», se réjouit-il.

Les années ont passé. Des amis se sont joints à lui. Se sont appropriés la cause au même titre que lui. Après sept éditions, les Vins de Sophie ont permis d’amasser plus de 400 000 $ pour les causes qui lui tiennent à cœur.

«Maintenant, nous donnons l’argent pour gâter des enfants malades; nous envoyons des familles à Walt Disney. C’est le genre de cause qui me plait, parce que les gens peuvent voir où s’en va leur argent», dit-il.

La Fondation Claude-Durocher s’adresse aux personnes atteintes de cancer dont la situation financière est critique ou s’est grandement détériorée à cause de la maladie. «Ça aussi, c’est une cause concrète; on sait dans quoi va l’argent.»

Et enfin, le Beauceron d’origine a participé à la mise sur pied de la Fondation Justin-Lefebvre, une toute jeune fondation créée pour rendre hommage au petit Justin qui s’est noyé en juin 2017. «Justin était le meilleur ami de mon fils Elliot. Mon garçon était tellement habitué de me voir participer à toutes sortes de fondations que quand Justin est mort, il m’a dit qu’il fallait faire une fondation pour son ami. L’idée est partie de là», raconte le Dr Poulin, qui est aussi très bien entouré dans cette fondation.

Si la fondation a pour mission d’aider les enfants, elle vise aussi à soutenir le don d’organes – un précieux don que Justin a pu faire au moment de sa mort.

«Le don d’organes est une autre cause qui m’interpelle, car je suis impliqué dans le don d’organes à cause de mon travail aux soins intensifs», dit-il.

«En deux ans à la Fondation Justin-Lefebvre, nous avons amassé presque 200 000 $», ajoute-t-il.

S’engager dans toutes ces causes, travailler aux soins intensifs auprès de patients extrêmement malades, faire de multiples gardes de soir, de nuit et de fin de semaine, être le père de deux garçons de 9 ans et bientôt 1 an, voilà qui pourrait paraître impossible à tout concilier. Mais pas pour Yannick Poulin.

«J’ai de la chance; j’ai beaucoup d’énergie, je n’ai pas besoin de beaucoup de sommeil, et je dois occuper mon esprit. Je suis content que mon implication puisse faire une différence pour des gens près de chez nous», conclut-il.

REPÈRES:

– Originaire de Saint-Georges-de-Beauce

– Diplômé en pneumologie de l’Université de Sherbrooke

– Surspécialisé en soins intensifs et en ventilation mécanique après une formation à l’Hôpital Henri-Mondor de Paris

– Conjoint de Laurence Guay, gastroentérologue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS

– Père de deux garçons, Elliot, 9 ans, et Isaac, 9 mois

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Dany Marcotte : au-delà du devoir

La passion que Dany Marcotte a développée à un jeune âge pour l’organisation d’évènements l’a amené à devenir un des bénévoles dévoués de l’Estrie. En plus de s’impliquer dans une multitude d’évènements sportifs, il fait vivre des projets rassembleurs et enrichissants à ses élèves dans le but de leur faire découvrir leur vrai potentiel.

Que ce soit à la Fête du lac des Nations, à la Coupe Rogers, aux Jeux olympiques d’hiver de Vancouver ou aux Jeux du Québec et du Canada, Dany Marcotte répond toujours présent lorsqu’il est temps de trouver des bénévoles prêts à investir un nombre incalculable d’heures dans la préparation d’un évènement. Il le fait car il apprécie l’ambiance festive de ces évènements, mais aussi par passion pour l’organisation, ce qu’il a développé dès l’âge de 15 ans.

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Mettre en lumière la petite histoire

Après plus de 15 années à œuvrer bénévolement et à temps plein dans l’ombre, Denis Beaulieu est bien malgré lui projeté sous les feux de la rampe ce printemps.

Coup sur coup, il reçoit le Prix La Tribune de la Société d’histoire de Sherbrooke, le Mérite estrien, le Prix Renaud-Brochu de la Fédération québécoise des sociétés de généalogie du Québec et la Médaille d’argent du lieutenant-gouverneur du Québec.

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Félix Potvin sur l’autoroute de l’excellence

Rien ne destinait Félix Potvin vers le coaching au hockey, le sport qui l’a fait connaître lors de sa longue carrière sous la grande tente et qui a pris fin avec le lock-out de la Ligue nationale en 2004-2005. Pourtant, aujourd’hui, sa notoriété va d’un océan à l’autre avec ses succès à la barre des Cantonniers de Magog qu’il vient de conduire deux années de suite à la grande finale canadienne midget AAA, un exploit rarissime considérant le fait que tout près de 150 équipes midget AAA ont cet objectif dans leur mire chaque automne quand une nouvelle saison de hockey prend son envol.

C’est un coup de fil de Stéphan Lebeau, alors entraîneur à Magog, avant la saison 2007-2008, qui l’a amené à se joindre à la famille des Cantonniers. « Stéphan m’a demandé de prendre charge des gardiens de but. Je n’avais pas vu ça venir. Il a essuyé un premier refus, mais je suis revenu sur ma décision. J’ai adoré l’expérience, le contact avec ces adolescents, et je me suis dit que je voulais donner plus », raconte l’homme le plus populaire en ville à Magog.

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L’Amazon du pneu

Lorsqu’on passe devant PMCtire sur la rue King Est, on ne se doute pas que l’entreprise est l’une des références technologiques à Sherbrooke en plus de brasser des millions de dollars par année dans le domaine émergent de la vente de pneus en ligne. Pourtant c’est bel et bien le cas pour PMCtire qui a connu une croissance phénoménale depuis ses débuts en 2008.

L’entreprise, qui vend plusieurs dizaines de milliers de pneus et de roues chaque année partout au Canada, a été fondée un peu sur un coup de tête par Pascal Boutin et Yannick Plante.

« Il n’y avait pas de site web pour la vente de pneus et on s’est dit qu’on pouvait démarrer ça, explique Yannick Plante, qui est aujourd’hui vice-président opération. À ma fête de 30 ans, Pascal m’a annoncé qu’il avait lâché son emploi pour se lancer dans le web et ç’a adonné. »

« Finalement, c’était l’année où les pneus d’hiver sont devenus obligatoires donc le commerce a vraiment décollé, souligne Pascal Boutin, président. Les ventes ont été bonnes dès le départ. On était chacun chez nous et je suis devenu vendeur de pneus. Je ne connaissais rien dans le domaine. »

L’idée était bonne et la croissance est telle pour l’entreprise sherbrookoise qu’elle a déjà déménagé à six reprises depuis sa création en 2008.

En 2012, les demandes s’accumulaient pour l’installation de pneus pour la clientèle de l’Estrie. C’est à ce moment que Patrick Jutras s’est joint à l’aventure en tant que spécialiste en mécanique. PMC mécanique était né.

« Quand on a ouvert, on avait deux portes de garage, mais trois semaines après il en a fallu une troisième, lance Patrick Jutras. En ce moment on est à six portes. » 

Ce fut ensuite au tour de Benoit St-André, vice-président technologies de PMCtire, de se greffer à l’équipe. Il a été instrumental pour gérer la croissance rapide.

« Lorsqu’on commence un commerce en ligne, ça va bien, mentionne-t-il. On n’a pas beaucoup de produits. Il y a beaucoup d’entreprises qui ne survivent pas, pas à cause qu’elles n’ont pas un bon modèle d’affaires, mais parce qu’elles ne sont pas capables d’absorber la croissance. Nous on est capables d’ajouter des gammes de produits et de continuer à satisfaire le client malgré le fait que notre volume continue d’augmenter. On a pratiquement doublé notre chiffre d’affaires depuis 2015. »

La référence

Même si le premier réflexe des gens qui désirent s’acheter des pneus n’est pas nécessairement de regarder en ligne, la vente des pneus y augmente d’année en année.

« Quand on a commencé la vente de pneus en ligne, c’était 1 % ou 2 %, et ce qu’on a eu comme dernières données, c’est 7 % des achats pour les pneus et les roues qui sont faits en ligne, explique Yannick Plante. En Europe, ça monte à 12-14 %. On a des pneus pour faire de la course, on a des pneus très larges pour la boue. On a 26 marques de pneus, dont plusieurs exclusives. On a en ce moment 88 000 produits différents sur notre site web. » 

« Ce qui nous a démarqués dès le début, c’est la création de contenus, souligne Pascal Boutin. On créait beaucoup de contenu informatif pour orienter le client et l’aider. On a une évaluation des produits aussi. Ils sont tous évalués de façon impartiale sans prioriser une marque. »

Les particuliers constituent le gros de la clientèle de l’entreprise, mais près de 400 garages affiliés à travers le Canada acceptent aussi la livraison. PMCtire est également l’un des rares garages spécialisés dans la réparation de véhicules électriques. L’entreprise fait donc, sans faire de vague, rayonner Sherbrooke à travers le Québec et même d’un océan à l’autre.

REPÈRES

PMCtire a été fondée par Pascal Boutin et Yannick Plante en 2008

Patrick Jutras et Benoît St-André ont joint le groupe de proprios ensuite

PMCtire effectue la vente en ligne de pneus

Vente auprès de particuliers et de quelque 400 garages

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Annie Lessard : la vie en mille projets

Les engagements qu’elle prend en dehors des heures de bureau, Annie Lessard ne les a jamais considérés comme du bénévolat, mais plutôt comme des projets. Une possibilité d’aider, de rencontre des gens, de mettre son expertise à profit d’autrui.

« Quand on m’a contactée pour le Mérite estrien, j’ai cru que c’était une erreur », lance celle qui pourtant accumule les années d’implication au sein de la communauté d’affaires de la région.

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Lutter pour les femmes en physique

Pourquoi est-ce que les femmes s’intéressent moins aux sciences — et particulièrement à la physique — lorsque le temps est venu de choisir leur domaine d’études? C’est la question que se sont posée Sophie Rochette, Maude Lizaire et Marie-Eve Boulanger, toutes étudiantes en physique à l’Université de Sherbrooke. À quelques mois d’avis, elles ont donc décidé d’organiser la prestigieuse conférence annuelle Femme en physique Canada.

« Le problème, c’est la sous-représentation des femmes et d’autres minorités en physique, indique Sophie Rochette. La problématique, c’est que ce sont des emplois très stimulants, souvent très payants, mais peu de femmes y ont accès, malheureusement. On sait que la diversité en général augmente la réussite en recherche. Ça augmente la créativité, les idées et l’applicabilité des choses qui sont développées. »

« Il y a plusieurs préjugés, enchaîne Marie-Eve Boulanger. On entre dans le monde de la physique. Les gens disent que c’est difficile, que ce sont des mathématiques, qu’il y a beaucoup de garçons. Quand le choix de carrière arrive, on dit que la physique est difficile, donc la jeune femme ne va pas là-dedans. Pourtant, elles ont tout le potentiel pour réussir, mais peuvent être découragées même avant d’être entrées dans le programme. Après, les femmes réussissent à entrer, mais vivent des embûches. Elles cherchent des modèles. Plus tu montes, moins il en reste. Quand tu es la dernière, tu peux te poser la question “qu’est-ce que je fais ici?” »

La conférence

La conférence Femme en physique Canada existe depuis 2011 et n’avait jamais été présentée au Québec auparavant « C’était un concours. Il fallait créer notre dossier de candidature pour appliquer et pouvoir accueillir la conférence. On avait sept mois pour l’organiser. On n’a pas chômé! » assure Mme Boulanger en souriant. 

« C’est une conférence de grande envergure, renchérit Mme Lizaire. On avait un budget de 60 000 $ et 150 invités. Si on enlève le coût des inscriptions, on est allées chercher plus de 40 000 $ en six mois », dit-elle.

De plus, à mesure que l’événement approchait, plus les mentalités changeaient, une situation plaisante pour Maude Lizaire. « Au début, les gens appelaient ça “notre truc de filles”. On leur disait : non, l’événement national! On a eu de grosses pointures. Ça a permis de nous donner de la crédibilité », décrit-elle.

La tenue de la conférence Femme en physique Canada a été « extrêmement gratifiante » pour les trois femmes. « Les participants nous disaient que c’était la meilleure conférence et la moins chère à laquelle ils avaient assisté, affirme Mme Lizaire. Les conférencières venaient nous voir en nous disant que c’était un honneur de recevoir une aussi belle lettre d’invitation. Mais derrière chaque lettre, il y avait des heures de travail! Et on faisait tout ça en continuant nos maîtrises ou doctorat! » ajoute Marie-Eve Boulanger.

Des gens au département ont même eu une prise de conscience grâce à cette conférence « Et elle a fait du bien, commente Maude Lizaire. On a senti qu’au département, il y a le sentiment d’urgence qu’on peut ressentir. C’est sérieux. C’est plus simple pour le domaine de la physique en général que d’ouvrir ses yeux à cette question. »

Les hautes instances vont même demander conseil à ce trio. « Maintenant, la direction et les professeurs viennent nous chercher pour trouver des solutions. Le département et l’Université veulent agir. En ce moment, il y a une vague de changement. Ça fait du bien, c’est plaisant, mais il ne faut pas qu’elle s’essouffle », résume Sophie Rochette.

Mérite estrien

Guy Lacombe : un pilier de la gériatrie au Québec

Guy Lacombe est tombé amoureux de la médecine clinique dès ses premiers pas à la faculté. Très tôt aussi, il a trouvé la voie qu’il allait suivre tout au long de sa carrière à la fois passionnante, stimulante et équilibrée : celle de la gériatrie, les soins aux personnes âgées. Dès le départ, il a développé une expertise dans les maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer.

Le Dr Lacombe a été le tout premier résident en gériatrie du programme de médecine interne de l’Université de Sherbrooke, en 1982. Son intérêt s’est porté sur le vieillissement du cerveau. « Très tôt dans ma vie, j’ai vu des gens vivre vieux : mes arrière-grands-tantes ont toutes vécu jusqu’à plus de 90 ans! J’ai vu que le vieillissement, ça peut être réussi », soutient le médecin interniste et gériatre.

Mérite estrien

Un côté sombre de l’histoire canadienne

Associé à l’Institut Wilson de l’histoire canadienne, le professeur David Webster porte un regard élargi sur l’histoire du Canada en ne se limitant pas à ce qui s’est passé à l’intérieur de ses frontières. Pour bien comprendre le Canada, fait valoir le professeur associé au département d’histoire de l’Université Bishop’s, il faut aussi l’observer à travers ses implications internationales. Même si ces implications ne sont pas toujours glorieuses.

David Webster a enseigné un peu partout en Amérique du Nord, notamment à San Francisco, Regina et Toronto, avant de s’arrêter dans les Cantons-de-l’Est en 2012. L’historien s’est forgé à travers les années une réputation d’expert dans le domaine des relations internationales entre le Canada et les pays asiatiques. Il a d’ailleurs écrit ou contribué à la publication de 12 ouvrages portant sur ces relations.

Par son travail, David Webster fait partie de la courte liste d’historiens qui ont reçu le titre d’associé au prestigieux Institut Wilson de l’histoire canadienne pour la période 2017-2020. 

« L’institut vise une approche de l’histoire canadienne à laquelle j’adhère, explique-t-il. On ne peut pas comprendre l’histoire du Canada si l’on s’arrête à ses frontières. L’histoire canadienne est aussi l’histoire internationale. »

Timor oriental

David Webster s’est spécialisé au fil du temps sur un tout petit pays dont peu de gens connaissent même l’existence : le Timor oriental. Il a d’ailleurs déjà publié à ce sujet le livre Fire and the Full Moon : Canada and Indonesia in a Decolonizing World et est en révision d’un autre, Challenge the Wind : Canada, Canadians and East Timor, qui devrait être publié d’ici la fin de l’année.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le Canada ne joue pas le rôle de héros dans cette histoire.

Colonie portugaise pendant plusieurs siècles, le Timor oriental a été envahi par les forces armées indonésiennes en 1975. Les crimes de guerre ont été nombreux pendant l’occupation indonésienne qui aura duré 24 ans. On estime à au moins 100 000, le nombre de décès chez la population du Timor oriental avant qu’elle obtienne officiellement son indépendance en 2002.

« Avant d’envahir, le général Suharto est venu à Washington et Ottawa pour informer qu’il allait régler la situation du Timor oriental en l’annexant, souligne David Webster. À aucun moment le Canada ne s’est opposé. L’invasion s’est déroulée durant la fin de semaine, et le lundi matin, quelqu’un aux affaires externes a déclaré que c’était dommage que des gens allaient mourir, mais que la seule solution envisageable pour le Timor oriental est d’être une partie de l’Indonésie. Et puis pour 23 des 24 années de l’occupation indonésienne, le gouvernement canadien a dit que la situation du Timor oriental était sans espoir et que le Canada ne pouvait rien faire. Le Canada a donné du support diplomatique à l’Indonésie et a voté en faveur de l’Indonésie aux Nations-Unis concernant ce conflit. Le Canada a même vendu des armes et de l’équipement militaire à l’Indonésie. Les forces armées indonésiennes avaient ciblé en particulier les communautés indigènes. Il y a eu toutes sortes de crimes contre les femmes et les enfants, de la torture, des exécutions, etc. ».

David Webster n’hésite pas à comparer ce que le Canada a fait ou permis à l’Indonésie de faire au Timor oriental avec le traitement réservé aux autochtones ici en Amérique.

« Il y a eu des vols d’enfants de leur famille pour les amener en Indonésie, explique-t-il. Le Canada continue à vendre des armes à travers le monde à plusieurs régimes dangereux. L’Arabie saoudite est l’exemple parfait. Justin Trudeau va dire les bonnes choses, mais ne les fera pas nécessairement. Il va dire que le Canada se tient debout pour les droits humains, mais il ne s’est jamais excusé pour ce que le Canada a fait au Timor oriental et il ne le fera pas. »

« Le Canada a souvent tendance dans ses échanges avec d’autres pays à vouloir enseigner quelque chose, résume-t-il. Il y a encore cette attitude de missionnaire où le Canada pense avoir beaucoup à enseigner, mais peu à apprendre. Mais en fait le Canada a beaucoup à apprendre d’autres pays. Il y a tellement de similarités particulièrement dans le traitement des peuples indigènes dans différents pays. Nous pouvons en apprendre beaucoup en ne nous limitant pas à nos frontières. »

Mérite estrien

De la piste de course à l’hôpital

Maïté Bouchard n’aime pas faire les choses à moitié. Et ça lui sourit. Cette belle habitude lui permet aujourd’hui de viser un poste de médecin et de rêver aux Jeux olympiques.

La jeune Sherbrookoise a essayé bien des sports avant de tomber en amour avec l’athlétisme. Le vélo, la natation, le ski de fond et le soccer.

Mérite estrien

La famille que l’on choisit

Chaque samedi, les membres de la chorale les Oisillons se réunissent pour chanter. Cette réunion hebdomadaire est vite devenue nécessaire pour la plupart d’entre eux. Un moment pour décrocher, pour se confier, pour sourire. Voilà 40 ans que la chorale existe, et aujourd’hui elle est tenue entre autres par deux femmes qui ont grandi avec elle. Elles espèrent offrir aux enfants qui en ont besoin la même famille qui les a soutenues autrefois.

« Pour avoir été membre de la chorale dans des années de vie où ce n’était pas si facile à la maison, la chorale c’était une bouffée d’air dans ma semaine. J’allais chanter et je ne pensais à rien. Ils prenaient tellement bien soin de moi. Mon objectif est donc de garder la chorale en vie, c’est une belle œuvre et je ne voulais pas qu’elle tombe », exprime Denise Madore, présidente du conseil d’administration de la chorale les Oisillons, mais autrefois choriste, puis chef de chœur.

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Combattre le Parkinson un coup à la fois

Andréanne et Claude étaient un couple très actif. Jusqu’à ce que la maladie de Parkinson frappe Claude; les premiers symptômes sont apparus en 2012. Le diagnostic tombe comme une brique, en 2014. Plutôt que de baisser les bras, la professeure agrégée à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke a décidé d’aider son conjoint à combattre le Parkinson, un coup de poing à la fois.

Depuis 2017, Andréanne Tanguay œuvre en tant que directrice scientifique et coordonnatrice du programme Rock Steady Boxing, qui se tient au Club de boxe de Sherbrooke.

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Richard Bourassa : le vétérinaire à l’écoute des éleveurs

« Un magnifique cadeau de la vie ». C’est en ces termes que Richard Bourassa parle de son métier après 37 ans de pratique.

Tous les matins de la semaine, le médecin vétérinaire franchit les portes de l’Hôpital vétérinaire de Sherbrooke dès 6 h. Vers 8 h, il enfile sa combinaison de travail et ses bottes pour aller prendre soin des élevages de grands animaux de l’Estrie. Il revient à la clinique seulement vers 18 h. Et après ces longues journées de travail, il lui arrive encore de troquer son pyjama pour sa « chienne » afin de répondre à l’appel d’urgence d’un éleveur.

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Nicolas Lemay : Redonner à ceux qui nous ont formés

C’est par accident que Nicolas Lemay est entré dans le monde du kayak. Vraiment par accident. À 15 ans, il était dans l’équipe du Québec de natation et, entre deux entraînements, il a décidé d’aller faire de la planche à voile, est tombé sur le bord d’un quai et s’est sectionné le tendon d’Achille.

« Je ne pouvais plus nager de l’été alors un ami qui se cherchait un partenaire pour faire du kayak en tandem m’a demandé de l’aider. Je suis allé m’entraîner avec lui. On a fait des compétitions. Un jour, on s’est rendu en finale et, ce que je ne savais pas, c’est que cette compétition était les sélections de l’équipe du Québec en kayak. Alors on s’est ramassé dans l’équipe. »

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Gabriel Polan : à pleine vitesse vers les professionnels

En pleine reconstruction depuis deux ans, le programme de football du Vert & Or de l’Université de Sherbrooke n’a certes pas gagné autant de matchs qu’il aurait souhaité. Les entraîneurs se consolent toutefois en constatant la progression à vitesse grand V de l’un de leurs joueurs, Gabriel Polan, qui a connu sa meilleure saison en carrière universitaire en 2018.

Le porteur de ballon format géant fut sans contredit l’histoire par excellence chez le Vert & Or en 2018.

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Catherine Marquis : une leader qui gère avec son cœur

Enfant, elle voulait devenir avocate et changer le monde. « Je me suis toujours mêlée de ce qui ne me regardait pas. Je voulais aider les gens, les défendre et parler pour ceux qui avaient de la difficulté à s’exprimer. Mes professeurs me voyaient avocate, car les inégalités m’ont toujours fait réagir », raconte celle qui a poursuivi son rêve en obtenant son baccalauréat en droit à l’Université de Sherbrooke en 2006.

Parallèlement à ses études, Catherine Marquis travaille dès l’âge de 14 ans dans l’entreprise que ses parents ont fondée en 1993, Acier Orford. « J’ai fait à peu près tous les postes. J’ai été réceptionniste, j’ai coupé de l’acier, j’ai fait la réception des marchandises, j’ai eu mes cartes de ferrailleur, j’ai fait la comptabilité. La seule chose que je n’ai pas touchée, parce que je n’avais pas d’expertise, c’est l’ingénierie », énumère celle qui est devenue directrice générale de l’entreprise immédiatement après l’obtention de son Barreau en 2009.

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Stéphanie Hamelin : continuer, sans s’arrêter

Stéphanie Hamelin est non-voyante, mais sa condition ne l’a jamais empêchée de faire quoi que ce soit. Tranquillement, sans le savoir, elle est devenue un exemple de citoyenne impliquée, qui repousse toutes les barrières mises sur son chemin. Elle espère d’ailleurs inspirer les autres à ne pas se laisser définir par les déficiences dont ils peuvent être atteints.

« J’ai toujours été poussée depuis que je suis toute petite à faire le plus de choses que je pouvais, à dépasser mes limites. J’aime ça prouver au monde que, même si on ne voit pas, on est capables de faire n’importe quoi, ça ne nous arrête pas », affirme Stéphanie Hamelin.

Escrime, natation, course ou randonnée en montagne ne sont que quelques exemples de sports que la jeune femme pratique au quotidien. En plus de ceux-là, ajoutons le ski alpin et le ski nautique. Au travers de ses multiples heures de bénévolat et de ses cours à l’université, Stéphanie trouve aussi le temps de suivre des cours de chant. Et peu importe l’activité que vous lui proposeriez, la réponse sera toujours : on le fait! 

« Le fait d’accomplir plein de choses, c’est motivant. Je veux me prouver que je suis capable de tout faire. Et je veux me prouver que je suis bonne, que je progresse tout le temps. Je suis très perfectionniste avec moi même, il faut toujours que je performe. » 

Fonceuse, mais timide, la jeune femme a su développer cette fougue en grandissant, non sans une bataille contre tous les préjugés que les gens pouvaient avoir à son sujet. Sa condition fait que les choses n’ont pas toujours été faciles. Et c’est justement avec ce bagage d’expériences qu’elle souhaite encourager les gens autour d’elle à faire ce qu’ils ont bien envie de faire.

« Je suis toujours allée dans des écoles régulières, ma mère voulait que je sois comme les autres, pour m’intégrer plus facilement par la suite. Mes parents m’ont toujours poussée à faire ce que j’avais envie de faire. Ils ne m’ont jamais surprotégée. J’ai toujours eu de la facilité du côté académique, mais c’est plus l’adaptation qui a pu être difficile. L’intégration avec les autres étudiants qui, eux, voyaient... Des fois, il y a des malaises. Les gens ont peur de la différence parce qu’ils ne connaissent pas ça. Au primaire, c’était facile. Mais à mon entrée au secondaire, j’ai été vraiment très isolée dans ce temps là. En plus c’était le début de l’adolescence, l’acceptation de soi surtout est déjà difficile. »

Stéphanie a pu se construire un cercle d’amis solides au cours de ces années. Ce qui l’a rendue beaucoup plus forte, parce qu’elle sait qu’avoir du soutien de ceux qui l’entourent fait toute la différence. 

« J’ai le support aussi de mon petit Balou. Il m’accompagne partout et ça fait de la zoothérapie en même temps », ajoute-t-elle, en caressant son chien-guide. 

Aider les gens, une vocation

Étudiante à temps plein — avec de très bonnes notes d’ailleurs — la jeune femme trouvera toujours le temps d’aider les gens autour d’elle. Le bénévolat, c’est quelque chose qui lui tient à cœur, ne serait-ce que de faire de l’écoute active en centres.

« J’adore aider les gens, j’aime ça faire la différence dans la vie des gens. J’ai vécu beaucoup de choses difficiles moi-même, je suis capable de comprendre ce que les gens peuvent vivre. Dans la vie, il y a toujours des hauts et des bas, quand ça va moins bien, il faut toujours garder l’espoir et continuer d’avancer parce qu’il y a des choses meilleures qui nous attendent. »

Il s’agit d’une partie du message qu’elle souhaite passer. Autant dans le cadre de sa future carrière de travailleuse sociale qu’avec les gens autour d’elle, atteints d’une déficience ou pas. Parce que son entourage s’entendra pour dire que sa motivation est un exemple au quotidien. 

Pour la suite des choses, Stéphanie souhaite terminer sa maîtrise en conservant sa moyenne de notes élevée. 

Elle espère pouvoir travailler en région, en tant que travailleuse sociale. Et même si elle pratique l’escrime depuis moins d’un an, son entraîneur prévoit déjà l’envoyer participer à des compétitions internationales. Étant donné qu’elle ne recule devant rien, elle sera prête sans doute à relever ce nouveau défi!

Mérite estrien

Suivre ses idées et ses rêves

Lorsque Claude Beaudoin expérimentait les effets de différents types de carburants sur la tondeuse de son père à l’âge de 13 ans, il ne pensait jamais que sa passion pour les engins mécaniques allait l’amener à travailler en Russie et à développer un véhicule amphibie dans son atelier de Cookshire-Eaton. Tout ceci lui est pourtant arrivé grâce à sa confiance en ses idées et son éthique de travail irréprochable.

Natif de Rock Forest, l’ingénieur en génie mécanique et fondateur de l’entreprise de pièces de motoneige B-Pwr a fait les manchettes en novembre lorsqu’il a dévoilé son véhicule tout terrain amphibie, le Typhon, au Grand Salon de la motoneige et du quad de Québec. 

« Quand j’étais assez jeune, j’aidais mon père à travailler sur son automobile. Puis, à 12 ans, il m’a laissé sa tondeuse brisée pour faire des expérimentations au niveau de la réparation et du fonctionnement », se rappelle-t-il, démontrant déjà sa curiosité et son désir de travailler avec ses mains. 

« À 13 ans, je me suis mis à tester de nouveaux carburants pour la tondeuse, dont un mélange d’essence avec du diesel. C’est cette même année que j’ai réussi à faire fonctionner la tondeuse au propane à 100 %, ce qui a éliminé les odeurs désagréables tout en demeurant très efficace. »

Après ses études en techniques de génie mécanique, on retrouve le jeune Claude Beaudoin chez BRP, l’entreprise numéro un en confection de véhicules récréatifs au Canada. 

« Durant mes études, j’ai eu la chance d’avoir un stage au centre de recherche et développement chez Bombardier. Je suis allé déposer mon CV dès que j’ai fini mon cours et j’avais un emploi chez eux une semaine plus tard. C’est l’endroit où je voulais travailler depuis ma jeunesse, surtout à cause de ma passion pour les motoneiges. » 

D’employé à entrepreneur

Chez BRP, il a occupé plusieurs emplois, notamment au centre de recherche et développement. C’est lorsqu’il était formateur ainsi que responsable du soutien technique aux concessionnaires que ses idées ont commencé à germer et qu’il ne pouvait plus contenir son esprit innovateur. Il a fait plusieurs prototypes et soumettait ses idées pour améliorer la qualité des produits, sans toutefois que ses suggestions soient retenues par ses patrons. 

« On m’a fait comprendre que mes idées n’étaient pas mauvaises, mais qu’ils n’étaient pas intéressés à les développer. Des magazines spécialisés du milieu de la motoneige publiaient pourtant mes articles et réalisaient le potentiel qu’elles avaient. C’est ce qui m’a poussé à partir de chez BRP pour fonder mon entreprise. »

Peu après, l’ingénieur mécanique s’est fait approcher par des représentants de l’entreprise AWM Motors pour mener un projet ambitieux à leur usine de Saint-Pétersbourg en Russie. M. Beaudoin a vécu son rêve de longue date dans la Venise de la Baltique durant trois années, en plus d’y rencontrer sa femme Anastasia. 

« Ils m’ont laissé la responsabilité du projet de A à Z, que ce soit de procéder à l’embauche du personnel ou de choisir la plateforme de dessin, souligne-t-il. Ils m’ont donné carte blanche pour arriver à un produit final, j’étais tellement content qu’ils me fassent confiance pour réaliser ce grand projet. »

« La mentalité est complètement différente en Russie, poursuit M. Beaudoin. Mon supérieur immédiat était un ancien lieutenant dans un sous-marin de l’armée soviétique, donc on peut s’imaginer que les rapports étaient très exigeants. J’ai décidé de revenir à la maison lorsque l’économie russe a connu des difficultés et que le financement de notre projet a été coupé drastiquement. On avait complété le projet à 80 %. »

Fortement impressionné par les véhicules spécialisés pour les conditions extrêmes que développaient les Russes, Claude Beaudoin s’est à nouveau investi dans l’innovation à son retour au Québec. 

« Ce type de véhicule m’a toujours passionné, j’ai eu la chance d’en essayer dans mes temps libres et j’ai eu un coup de foudre, explique-t-il. À mon retour, j’ai voulu développer un de ces véhicules pour faire compétition à ce qui se faisait là-bas. J’ai donc décidé de monter une petite équipe pour commencer à faire des esquisses et développer un plan pour créer un véhicule amphibie. Ça a donné le Typhon, le premier véhicule tout terrain amphibie créé en Amérique du Nord, qui devrait être commercialisé dans un avenir rapproché. »

Un enseignant de nature

Désireux de partager ses connaissances et de transmettre sa passion pour les véhicules récréatifset pour l’ingénierie mécanique, M. Beaudoin fait régulièrement appel à des étudiants du Cégep de Sherbrooke pour contribuer à ses projets. 

« C’est certain qu’en étant formateur technique, j’ai donné de la formation à des centaines de personnes. J’ai toujours eu en moi la capacité d’enseigner, de montrer, de transmettre mes connaissances », estime-t-il, lui qui compte sur une jeune équipe pour l’épauler dans la production du Typhon. 

« J’aime leur donner des projets stimulants à réaliser, je crois que c’est une excellente forme d’apprentissage pour les étudiants de la technique. »

La prochaine année sera chargée pour Claude Beaudoin et l’équipe de B-Pwr, qui tenteront d’obtenir un plus grand atelier de production, de fonder des alliances commerciales clés et de bâtir quelques unités du Typhon. Le tout, bien sûr, en marge de la production habituelle de pièces de motoneige. « On n’arrête jamais lorsqu’on travaille à notre compte, mais c’est signe que les choses vont bien. »

MÉRITE ESTRIEN

Travailler ensemble pour faire la différence

Tout mettre en œuvre pour que les usagers et leurs proches reçoivent des services impeccables tout en prenant soin du personnel, ces hommes et de ces femmes qui sont au service de la population tous les jours malgré les tourments qu’ils peuvent eux-mêmes traverser au quotidien : voilà ce qui a motivé Johanne Turgeon au cours de ses 42 années de carrière comme gestionnaire dans le réseau de la santé.

« J’ai choisi de faire ma formation comme diététiste au début des années 1970. J’ai choisi cette profession parce qu’elle permet d’entrer en contact avec les gens et de prendre soin d’eux, tout en agissant sur les déterminants de la santé. Or, très vite, j’ai été exposée à des situations où j’ai été appelée à contribuer dans des fonctions de gestion », se souvient Mme Turgeon.

Et elle a eu la piqûre. Elle n’avait alors que la jeune vingtaine.

La voie était ouverte pour celle qui, le 1er avril 2015, allait devenir la présidente-directrice générale adjointe (PDGA) du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, l’un des plus grands CIUSSS du Québec avec ses 17 000 employés et son immense territoire géographique.

« Quand on choisit de faire une carrière dans le secteur public, on fait face à l’admiration ou à la critique. C’est différent de faire carrière dans le domaine des affaires, où on fait face à l’échec ou à la réussite », soutient Mme Turgeon.

« Dans le secteur public, on fait face aux attentes de la population avec les ressources qui nous sont allouées en fonction, notamment, des finances publiques. Il y a bien des années où on aurait voulu demander plus. Moi, je travaille dans l’organisation des services, alors je me disais plutôt : comment on s’organise avec ce qui nous est attribué? Avec ce qu’on a, est-ce qu’on fait les bons choix? Si on doit se corriger, comment peut-on le faire? »

C’est dans cet esprit d’organisation des services que Johanne Turgeon a participé à bien des débats au cours des années. Elle a entendu les patients. Elle a entendu le personnel. Le travail a été sans relâche pour tenter de trouver des solutions avec des ressources financières et humaines limitées. « Nous nous sommes posé des questions : qu’est-ce qu’on fait pour nos aînés qui ne veulent pas aller en hébergement? Pour leurs proches qui sont fatigués? Et pour les aînés qui sont en attente d’hébergement? Même chose pour notre clientèle jeunesse : comment on fait pour leur offrir davantage de services, comment on travaille avec les commissions scolaires, par exemple, même si elles ont aussi leurs contraintes? »

Plongée pendant 40 ans dans le monde de la santé, Johanne Turgeon a vu bien des changements se produire. Les fusions se sont multipliées. Les besoins ont changé. Mais une chose est demeurée tout au long de ces aventures : la passion et l’implication des acteurs.

Johanne Turgeon souligne particulièrement le travail des chercheurs du Centre de recherche sur le vieillissement. « Ils m’ont accompagnée dans la réorganisation des services à une époque où on avait vraiment besoin de s’améliorer. L’équipe de Paul Morin a travaillé pour implanter des améliorations des services axés sur les usagers. Je trouve ça vraiment inspirant », ajoute-t-elle.

Les moments marquants se sont aussi additionnés. Le déraillement de train mortel à Lac-Mégantic en 2013 a toutefois représenté le moment le plus intense de la carrière de la gestionnaire.

« Quand c’est arrivé, j’étais en vacances à l’extérieur du pays. J’ai tout de suite pensé à mon collègue Pierre Latulippe, le directeur général du CSSS de Lac-Mégantic : comment allait-il? Et ses enfants? Et les membres de son équipe? J’ai téléphoné à mon agent de voyage et je lui ai dit de m’organiser ça parce que je devais rentrer au pays tout de suite. Presque tous les employés du CSSS avaient perdu un proche et ils ont travaillé quand même. Beaucoup de gens se sont déployés rapidement sur le terrain et tout le monde disait : comment peut-on aider? Ç’a été le début de plusieurs années de reconstruction, de suivi des indicateurs de santé de cette population », évoque-t-elle avec émotion.

Johanne Turgeon, maître de l’organisation des services, a aussi beaucoup apprécié de travailler avec les partenaires au cours de sa carrière. Parce qu’ensemble, on peut faire la différence. « Dans le réseau de la santé, les partenaires sont très nombreux : les policiers, les ambulanciers, les commissions scolaires, les organismes communautaires... Tous ces partenaires sont engagés; ces collaborations sont précieuses. Et c’est la population qui en bénéficie! Moi c’est mon domaine de travail et je sais quelle différence ça peut faire quand les gens se mettent ensemble pour travailler », ajoute Mme Turgeon.

L’heure de la retraite a sonné pour la gestionnaire, qui a quitté son siège de PDGA le 1er octobre dernier. Elle souhaite maintenant ralentir – ralentir oui, mais pas trop. Elle demeure une femme d’action.

« J’ai deux petits trésors, mes petits-enfants de trois mois et deux ans. Je veux prendre plus de temps avec eux, avec ma famille », ajoute-t-elle.

Elle est aussi une amoureuse de la culture. « J’ai comme projet de me balader en Estrie, de visiter notre territoire et d’aller voir les petits musées pour découvrir les arts et les artistes de la région. Je veux remplir ma vie de plein de beaux moments », soutient-elle.

Repères

- A travaillé entre autres comme gestionnaire dans un CHSLD, à Emploi-Québec, à l’Hôtel-Dieu, à l’Hôpital de la région de l’Amiante;

- Présidente-directrice générale de l’Agence de la santé et des services sociaux de 1999 à 2015;

- Présidence-directrice générale adjointe du CIUSSS de l’Estrie-CHUS du 1er avril 2015 au 30 septembre 2018. 

Mérite estrien

Le bel esprit de clocher

Un sentiment communautaire plus grand que nature anime Stéphane Lavallée et ses trois fils, Jérôme, Félix et Hubert. Un prolongement de leur solidarité familiale, d’une famille tissée serrée et étendue à la région de Lac-Mégantic, qui en récolte les bienfaits.

Ils ont lancé les activités de la Chapelle du Rang 1, d’abord pour sauver la petite église anglicane St.Barnabas, un bijou patrimonial, et aussi mettre un baume sur les plaies vives des Méganticois à la suite de la tragédie de juillet 2013.

La Chapelle accueille les artistes pour y vivre une expérience unique, en donnant un spectacle dans un contexte très spécial, un cachet très intime... Effectivement, la salle de 60 places seulement ne peut rentabiliser les cachets habituels des artistes populaires.

Après deux saisons estivales bien remplies, ce sont les artistes qui demandent à y donner leur spectacle, pour des compensations modestes. C’est que les Lavallée leur offrent des à-côtés précieux : logés, nourris, entourés d’authenticité et d’émotions vives, ces chanteurs et chanteuses partent comblés par la chaleur humaine qu’ils dégagent eux-mêmes, puis celle du public et, enfin, des Lavallée, bien sûr!

« Nous sommes quatre bénévoles dans notre projet, c’est plus une valorisation que nous venons y chercher, des moments magiques. Le spectacle n’est pas l’objectif, ce sont plutôt les émotions, ce qu’il y a autour. Nous avons créé une famille de la Chapelle, les artistes sont nos invités. Les gens se nourrissent les uns des autres! Ce sont des souvenirs, de l’amour, du cœur qu’on dépose en chacun, cela oriente la vie et change le monde, à notre échelle! », décrit Stéphane.

L’aîné des fils, Jérôme, 29 ans, est l’homme à tout faire de La Chapelle, s’occupant de la soudure à la mise en place, la sonorisation, la technique. De plus, il accueille les artistes, les met à l’aise. Photographe autodidacte, il a produit un visuel du projet, et plus.

Félix, 27 ans, c’est le gars de la bouffe, des achats jusqu’au barbecue, l’été. « La nourriture, ça rassemble, ça amplifie le partage! », dit-il. Il a aussi planifié et réalisé la rénovation de la chapelle, comme entrepreneur en construction. 

Le cadet, Hubert, 24 ans, agit comme négociateur en chef avec les artistes et bâtit la programmation. Il s’est occupé de la web série Un été à la Chapelle, diffusée par La Fabrique culturelle, à Télé-Québec. Sa polyvalence sert bien le projet. Cette web série leur a valu un prix constituant un salaire non monétaire, une reconnaissance qui les enchante, le Prix du développement culturel 2018, du Conseil de la culture de l’Estrie, en novembre dernier.

Stéphane a suscité l’adhésion de ses trois rejetons par sa créativité, ses nombreux talents, sa polyvalence et sa détermination. Des qualités familiales qui lui viennent de son père Guy, un homme d’affaires qui a su bien servir le public méganticois, de son frère Richard, qui a pris la relève du commerce familial, à la boucherie et, par la suite, au marché Lavallée, et de son autre frère, le regretté François Lavallée, qui s’est beaucoup dévoué pour sa communauté, avec des projets comme la radio locale CKFL, le Centenaire de Lac-Mégantic, le Lac en fête, pour ne nommer que ceux-là. Stéphane lui rend un hommage bien mérité : « Notre projet est du genre de François, des activités de rassemblement communautaire. Il serait sûrement avec nous dans notre projet… »

C’est aussi ce qui a incité Stéphane à revenir à Lac-Mégantic après la tragédie, pour venir travailler au rétablissement de sa communauté, délaissant une brillante carrière de journaliste et le confort de dirigeant au journal Les Affaires et au Groupe Transcontinental.

« La tragédie m’a interpellé. J’ai eu l’idée qu’il me fallait recréer un endroit de rencontre. C’était urgent. Avec la gérante du Musi-Café, Sophie L’Heureux, nous avons lancé le Musi-Café d’été, avec Yannick Gagné. Les artistes ont été très généreux par des prestations données aux Méganticois… J’ai alors senti que l’avenir serait ailleurs de ce que je vivais professionnellement. J’ai pris ensuite un temps de réflexion, j’avais le luxe de le faire. Je fais partie des privilégiés. La vie m’a ramené à Lac-Mégantic! »

Il s’est grandement impliqué dans la démarche citoyenne « Réinventer la ville », le Bureau de reconstruction du centre-ville, dont a découlé le superbe projet de mise en lumière de l’église Sainte-Agnès, qui a remporté une reconnaissance internationale qui a fait sa fierté.

REPÈRES

> Né à Lac-Mégantic, Stéphane est titulaire d’un baccalauréat en communication de l’Université du Québec à Montréal (UQAM)
> Il a commencé sa carrière de journaliste à L’Écho de Frontenac, l’hebdo de Lac-Mégantic, après ses études
> Ses trois fils sont tous nés à Sherbrooke, du temps où Stéphane a occupé les postes de journaliste, chef de pupitre et directeur de l’information au journal La Tribune
> Stéphane a également travaillé au quotidien La Presse et au journal spécialisé Les Affaires
> Jérôme, Félix et Hubert ont tous les trois fréquenté l’UQAM
> Jérôme est appuyé par sa conjointe Katia, dans le projet de la Chapelle, tout comme Félix, avec son amie de cœur, Andréanne