Mérite Estrien

Un touche-à-tout qui aime redonner

MÉRITE ESTRIEN / Gérer, solutionner et anticiper. Voilà trois mots-clés pouvant servir à décrire la carrière de Jean-Michel Ryan, actuel président de l’organisme Tourisme Cantons-de-l’Est et copropriétaire de la station de ski Mont Sutton.

Originaire de la région de Québec, M. Ryan se définit lui-même comme un « touche-à-tout » parce que, au fil des ans, il a œuvré dans plusieurs domaines différents. Il a notamment travaillé au sein d’entreprises manufacturières, goûté au secteur de la santé et fait une incursion dans l’univers du commerce.

« Avec les années, j’ai connu la petite et la grande entreprises, ce qui m’a donné un bagage d’expériences variées. J’ai toujours aimé la gestion et ça transparaît dans mon curriculum vitae », note-t-il.

Amateur de glisse depuis son enfance, Jean-Michel Ryan connaissait néanmoins peu les rouages de l’industrie du ski avant de devenir directeur général de la station Mont Sutton, un emploi qui l’a plus tard amené à acquérir cette entreprise.

« C’est vrai que je n’avais pas une très bonne connaissance de l’industrie du ski quand on m’a confié le poste de directeur général à Sutton en 2006. Par contre, un centre de ski, c’est comme plusieurs petites entreprises regroupées en une seule. On parle donc d’un contexte d’affaires, ce qui me mettait à l’aise en raison de mes expériences professionnelles passées », explique le grand patron de Mont Sutton.

En raison des changements climatiques et du vieillissement de la population notamment, l’industrie du ski a connu son lot de difficultés au cours des 15 dernières années. L’homme d’affaires ne le nie pas, mais il se montre philosophe lorsqu’on évoque cette question.

« Des entreprises faciles, ça n’existe pas. Nous, au Mont Sutton, on travaille avec cœur et, après une bonne saison, on est fier en pensant à tous les gens à qui on a donné du boulot. »

« J’aime contribuer »

Au même titre que plusieurs autres gens d’affaires, M. Ryan aurait pu faire le choix de se concentrer uniquement sur les activités de son entreprise, d’autant plus qu’il en est devenu le copropriétaire en 2016 seulement. Mais il a décidé d’embrasser nettement plus large.

« J’aime beaucoup m’impliquer et contribuer aux activités dans mon milieu. Vous savez, on grandit à travers nos implications. On rencontre des gens qui réfléchissent différemment. C’est enrichissant. Surtout que, lorsqu’on gère une entreprise, on a notre équipe et on peut finir par être assez tourné vers soi », soutient-il.

Non seulement occupe-t-il la présidence de Tourisme Cantons-de-l’Est, il est par surcroît président de l’Association des stations de ski du Québec et coprésident du comité aviseur de la « démarche vision attractivité Cantons-de-l’Est/Estrie ».

« J’ai un petit côté workaholic, c’est vrai. Je suis très occupé, mais je réussis à arrimer mes différentes occupations pour que ça fonctionne. Et, en plus, j’essaie de préserver ma qualité de vie, une chose qui reste importante pour moi », indique-t-il.

Promouvoir le tourisme

Jean-Michel Ryan ne le cache pas, il aimerait qu’une nouvelle entreprise touristique d’envergure voie le jour en Estrie. « Si on ajoutait un attrait de l’importance de Foresta Lumina ou du Zoo de Granby, c’est certain que ça serait plaisant. Ça ne se fait malheureusement pas en claquant des doigts. »

Pour favoriser le développement de l’industrie touristique dans la région, Tourisme Cantons-de-l’Est s’efforce de « cibler des clientèles assez précises » et de tout mettre en œuvre pour les séduire par la suite.  

Consolider l’industrie du tourisme est un des principaux objectifs de M. Ryan et, pour arriver à cela, il intervient à l’occasion auprès des députés, lesquels peuvent influer directement sur les gouvernements. « J’essaie de les sensibiliser, de leur faire comprendre quelle est notre vision. Notre secteur présente des avantages. Par exemple, un hôtel ou un centre de ski, ça ne se délocalise pas », lance-t-il.

Repères

- Né à Québec en 1968;

- Détenteur d’un baccalauréat en sciences politiques;

- Père de deux enfants;

- Copropriétaire de Mont Sutton, président de Tourisme Cantons-de-l’Est et président de l’Association des stations de ski du Québec.      

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Le désir d'en faire plus

Pour Mathieu Brodeur, enseigner est une passion. Il adore ça. Mais enseigner entre quatre murs, en lisant les manuels et en suivant les plans des matières scolaires, ce n’est pas sa façon de faire, du moins pas pour les 180 jours de classe par année. Une activité après l’autre, M. Brodeur aspire à transmettre à ses élèves les connaissances requises, oui, mais aussi plusieurs valeurs importantes. Par des appuis concrets aux causes qui lui tiennent à cœur, par l’humour et surtout dans le plaisir, il prépare déjà les jeunes à devenir les adultes de demain.

« À 12 ans, l’élève prend beaucoup d’informations et il n’est fermé à rien du tout. Ces élèves-là sont appelés assez tôt à être des citoyens si on veut. L’entraide, la solidarité, l’altruisme... J’ai préparé des projets au fil des ans, j’essaie de trouver des façons de rendre ça concret pour eux, où on vient vraiment en aide à quelqu’un, où on le fait pour vrai », explique l’enseignant de sixième année à l’école de la Maisonnée.

Mathieu Brodeur souhaite créer des souvenirs d’activités plaisantes qui sont reliés à une bonne action, à une valeur importante, et qui resteront dans la tête de ses élèves jusqu’à l’âge adulte. « Je veux déjà les conscientiser, semer quelque chose en eux. Mes anciens élèves sont rendus à 20 ans, ils reviennent me voir et ces élèves-là ne me parlent pas de l’école, ils me parlent de ces projets-là, comme la fois où je me suis rasé la tête pour Leucan et qu’ils m’avaient aidé à amasser des dons. »

Parmi d’autres initiatives, l’enseignant organise aussi une collecte de sang depuis quatre ans. Ses élèves se joignent à l’aventure en recrutant des donneurs ou en s’occupant des aspects techniques. Ils gardent en tête qu’à 18 ans, ce sera un geste qu’ils pourront poser à leur tour.

Inspirer

Un des murs de la classe de Mathieu Brodeur est par ailleurs couvert de photos, chacune représentant un personnage ayant marqué l’histoire. C’est une de ses activités originales, apprendre aux élèves l’existence et les réalisations de ces héros.

« La culture, les connaissances générales, c’est important pour moi. J’essaie de transmettre ça aussi aux élèves. Ils se souviennent des personnes sur les cartes, ils se souviennent surtout de pourquoi on faisait ça. »

Pour l’enseignant, il est important que les élèves de sixième année quittent le primaire en étant allumés par quelque chose, en ayant des objectifs et des passions qui les animent.

De là est venue la mise sur pied d’un Salon des passions à l’école. Au mois de décembre, M. Brodeur s’active à contacter des personnes qui viendront parler de leurs passions à l’école, tout simplement. Une petite présentation de 15 minutes qui peut semer plusieurs graines...

« Les élèves se promènent et vont voir les différentes personnes parler. Ça existait autrefois dans la commission scolaire et je trouvais important et intéressant de le ramener. Ça amène les jeunes à penser à leurs passions personnelles, à trouver quelque chose qui les motivera à travailler ou à avancer. Les gens font ça gratuitement, ça ne pourrait pas être possible sans leur générosité. Ça l’air hot tout ce qu’on prépare, mais il faut que les gens embarquent », soulève-t-il.

Après le Salon, les élèves de Mathieu Brodeur sont appelés à présenter leur passion à leur tour, aux plus jeunes cette fois, ce qui rend l’expérience encore plus valorisante pour les jeunes finissants du primaire.

Les collègues de M. Brodeur qualifient sa banque d’idées d’inépuisable et plusieurs activités sont devenues des traditions à l’école de la Maisonnée.

« Des enseignants qui font ce que je fais, j’ose espérer — en fait, je sais — qu’il y en a d’autres qui font ce que je fais, qui ont le même genre d’initiatives et qui ont le même genre de passion. Si on prenait toutes les bonnes idées de tout le monde, on manquerait de temps pour tout faire. »        

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Éduquer les diabétiques

Étudiante au doctorat en recherches et en sciences de la santé au campus de Longueuil de l’Université de Sherbrooke, Sarah Lafontaine a un objectif très clair : aider les gens vivant avec le diabète de type 2 dans l’intégration de leur autosoin.

« Je m’intéresse à une population qui a le diabète de type 2, explique-t-elle d’entrée de jeu. Ce dont on s’est rendu compte, c’est que les interventions éducatives sont peu efficaces à long terme. Un an après l’enseignement, on voit que les acquis sont perdus. Pour cette raison, on a une étude en deux phases : développer une intervention avec des experts (des pédagogues et des infirmières) et des patients qui ont le diabète. Ensuite, on va tester l’intervention dans deux CLSC. »

« Nous, on a terminé la première phase, poursuit-elle. On a beaucoup d’engouement de la part des infirmières et des patients. On voit que c’est un besoin des patients. On s’intéresse à la personne en soi. Partir des besoins, c’est ce qui va faire en sorte que l’intervention est efficace. »

C’est dans sa réalité d’infirmière que Mme Lafontaine a réalisé le besoin d’éducation des patients vivant avec le diabète. « J’ai travaillé dans une clinique de diabète, en CLSC et en GMF. J’ai fait beaucoup d’enseignement et de soutien à des personnes qui vivent avec le diabète. Nous avons remarqué, mes collègues et moi, que beaucoup de nos patients revenaient avec les mêmes questions et les mêmes croyances. Par exemple, nous entendions les patients dire que la médication n’était pas efficace, que changer ses habitudes de vie n’a pas d’impact, etc. », décrit-elle, ajoutant qu’elle est allée faire sa maîtrise et son doctorat « pour améliorer cette situation ».

Pour son protocole, Sarah Lafontaine s’est inspirée d’outils déjà existants, dont le schéma conceptuel. « Ce schéma est utilisé en pédagogie de la santé. On écrit un mot dans un cercle et on demande à l’étudiant à quoi ça lui fait penser. Si on écrit le mot “diabète” et qu’on le donne au patient, on voit ses connaissances, mais on voit aussi ses croyances. Il y en a qui pensent que c’est temporaire ou que le tabac n’a pas d’impact », vulgarise-t-elle. 

« On ne dit rien, on attend que la carte soit terminée, continue Mme Lafontaine. Une fois que c’est fait, on intervient. On voit d’où vient sa croyance et en allant à la source, on peut déconstruire ça et amener une croyance plus propice à une meilleure qualité de vie. »

Sarah Lafontaine a des gens dans son entourage atteint de cette maladie, mais ce n’est pas à cause d’eux qu’elle a décidé de s’attaquer à cette problématique. « J’ai des oncles et des grands-parents qui sont atteints. C’est rare de voir quelqu’un qui ne connaît personne atteint du diabète. Si ça arrive, c’est qu’elle n’est pas vraiment au courant, car on ne va pas se vanter d’avoir le diabète », analyse-t-elle.

REPÈRES :

— Native de Saint-Jean-Sur-Richelieu

— Est infirmière de métier et chargée de cours à l’UdeS, campus Longueuil

— Aimerait devenir professeure à l’université

— Est chroniqueuse santé à la Première chaîne de Radio-Canada

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Noémi Garneau : la gestionnaire qui aimait les métiers d'arts

Pour Noémi Garneau, reprendre le flambeau de l’entreprise familiale a été l’occasion d’allier le meilleur de deux mondes. Chez Pantoufles Garneau, elle peut en effet mettre de l’avant ses fines compétences de gestionnaire tout en satisfaisant son intérêt pour les métiers d’arts et la création.

En quelque sorte « née dans les pantoufles », Noémi Garneau a suivi dès son plus jeune âge son père François, fondateur de Pantoufles Garneau, dans divers salons de métiers d’arts. C’est à ce moment qu’elle a développé une curiosité pour la création et les artisans.

Mais à cette époque, et même en vieillissant, l’idée de travailler dans l’entreprise familiale ne lui effleurait pas vraiment l’esprit.

« À cet âge-là, on dirait qu’on ne veut pas toujours suivre les traces de nos parents. Donc, au cégep, je me suis inscrite en joaillerie, mais j’ai réalisé que je n’étais pas à ma place », explique celle qui a plutôt bifurqué vers des études administratives.

« J’avais toujours une admiration pour les métiers d’arts. En me rendant compte que ma force était les chiffres, je me suis dit que je pourrais rejoindre cet intérêt autrement qu’en étant créatrice », raconte Noémi Garneau.

C’est alors qu’en 2012 son père lui confie la présidence de Pantoufles Garneau, une pantoufle signée symboliquement en faisant foi.

Pour celle qui avait jusque-là travaillé pour le compte de grandes entreprises, se retrouver dans une PME a été une révélation.

« Il n’y a pas de routine, on est maître de nos journées et de notre travail. On peut réinventer nos journées au fur et à mesure, lance-t-elle. De plus, en arrivant dans une entreprise qui fonctionne bien et qui a déjà une bonne notoriété, il n’y avait que de belles possibilités pour l’amener à d’autres endroits. »

Loin d’elle l’idée de changer une formule gagnante, seulement de l’améliorer. Noémi Garneau a ainsi misé notamment sur les ventes en ligne, la mise en marché de même que l’acquisition de nouveaux équipements.

« Le produit est déjà excellent et aimé, donc c’est difficile de le changer, mais on peut s’assurer de toujours être compétitif. On peut améliorer nos relations avec les fournisseurs, peaufiner les détails… », explique la gestionnaire.

Avec une modeste équipe de 12 personnes, une attention particulière est aussi portée au bien-être des employés.

« On veut conserver notre main-d’œuvre et lui offrir un milieu de travail stimulant », explique celle qui se fait un devoir d’être à l’écoute de ses employés.

Et pas question d’envisager d’exporter la production. « D’abord, ça ne rejoint pas nos valeurs qui sont d’encourager les produits faits localement. On ne pourrait pas non plus avoir un aussi bon contrôle sur les produits et nos standards de qualité en souffriraient. »

Cette qualité se traduit par des pantoufles avec un coût qui varie selon les modèles entre 80 $ et 130 $. « Les gens sont conscients qu’ils achètent un produit qui va durer plus longtemps. Nos pantoufles peuvent durer une dizaine d’années et même plus avec nos semelles amovibles », souligne Noémi Garneau.

Des commandes en ligne, elle en a d’ailleurs reçu d’Angleterre, d’Australie et même de Chine. La preuve que les pantoufles fabriquées de moutons australiens et néo-zélandais ainsi que de suède et de cuir italien n’ont plus besoin de faire leur réputation.

Pour le futur, la présidente souhaite entre autres améliorer sa couverture du marché canadien et développer le marché européen notamment pour ce qui est des pays scandinaves.

« Les pantoufles sont un symbole de confort, de moments de bonheur en famille », confie Noémi Garneau au sujet de cet objet du quotidien qui occupe une place bien particulière dans son cœur.

Repères

Native de Saint-Camille

Présidente de Pantoufles Garneau, entreprise fondée par son père, François Garneau, en 1977 et établie à Asbestos

Détentrice d’une technique administrative et d’un baccalauréat en administration des affaires

Mère de deux garçons de 8 et 10 ans