Arnaud Gagneur
 Arnaud Gagneur

Une approche humaine de la vaccination

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Le Dr Arnaud Gagneur s’est spécialisé en virologie après avoir terminé ses études en médecine et sa spécialisation en néonatalogie. Très vite, ses expériences auprès de ses petits patients français l’ont conduit à s’intéresser à la vaccination et à tous ses avantages pour les bambins.

« J’ai fait ma thèse de doctorat sur les modes de transmission des coronavirus, ce qui est bien spécial dans les circonstances actuelles... Il faut rappeler que les coronavirus sont connus depuis longtemps, c’est le virus du rhume », rappelle-t-il en cette période jamais vue de pandémie et de confinement à l’échelle planétaire.

Parallèlement, il s’est intéressé aux méningites après avoir soigné un grand nombre d’enfants touchés par cette maladie qui peut être grave ou même fatale dans la petite enfance.

« Quand les vaccins combinés sur les pneumocoques et les méningocoques sont sortis dans les années 2000, ça m’a intéressé à la vaccinologie », se souvient-il.

Alors qu’il travaillait toujours en France, le Dr Gagneur a perdu un de ses tout petits patients : le bébé de six mois a succombé à une méningite.

Peu après, le médecin a demandé à la maman du poupon pourquoi elle ne l’avait pas fait vacciner contre la méningite. Elle lui a tout simplement répondu : « Je ne savais pas que ça existait. »

« Sa réponse m’a complètement traumatisé. Il fallait faire plus en amont, les parents devaient connaître les bienfaits de la vaccination », se rappelle le Dr Arnaud Gagneur.

« Moi comme docteur, j’ai un tas de techniques compliquées pour sauver la vie des bébés, mais je n’ai pas réussi, alors qu’il existait pourtant un moyen bien plus simple et efficace de sauver cet enfant : le vaccin », soutient le Dr Gagneur.

Recruté en Estrie

C’est en 2008 que le médecin français a été recruté comme clinicien-chercheur à l’Hôpital Fleurimont du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, au Centre de recherche du CHUS et à l’Université de Sherbrooke alors qu’un concours était ouvert pour embaucher un néonatalogiste qui pourrait à la fois travailler à l’hôpital et faire de la recherche. Le Dr Gagneur était le candidat tout désigné pour ce poste.

« J’ai fait le grand saut à ce moment-là! J’avais quatre jeunes enfants; tout le monde est venu avec moi », raconte-t-il.

Il s’est donc installé à Sherbrooke alors qu’on commençait au Québec à offrir aux parents le vaccin contre le rotavirus, une forme grave de gastroentérite responsable d’une majorité des cas d’hospitalisations consécutives à une gastro chez les enfants.

« En France, l’acceptation de ce vaccin n’était pas bonne parce que les parents avaient beaucoup de questions sur le nouveau vaccin et que les cliniciens avaient peu de temps pour y répondre. C’est là que j’ai eu l’idée de donner de l’information plus rapidement, à l’endroit où on rencontre tous les parents, c’est-à-dire en maternité. Ainsi, les parents ont le temps de réfléchir, de prendre une décision sans stress. Ç’a fait une énorme différence », rapporte-t-il.

Et c’est ainsi qu’il a développé une stratégie éducative de promotion de la vaccination en maternité.

D’abord testée en Estrie, la stratégie a rapidement fait ses preuves et a mené le projet à un essai à l’échelle provinciale. Les résultats ont été probants. En effet, l’intention de vaccination a augmenté de 12 %, le score d’hésitation à la vaccination a diminué de 40 % et la couverture vaccinale des bébés à sept mois a monté de 6 %.

« Ça paraît peut-être peu quand on parle de 6 %, mais sachant qu’on partait déjà de taux à plus de 80 %, c’est une augmentation significative », se réjouit le clinicien-chercheur.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) a décidé en 2017 d’implanter cette nouvelle stratégie dans les maternités du Québec dans le cadre d’un programme provincial de promotion de la vaccination, le programme EMMIE : Entretien motivationnel en maternité pour l’immunisation des enfants.

« Il est primordial que les parents comprennent pourquoi ils vaccinent leurs enfants et soient heureux et confiants avec leur décision. C’est ce que le programme EMMIE permet », soutient le Dr Gagneur.

Le programme est maintenant installé dans pratiquement toutes les maternités du Québec. Il fait son effet. Et il est apprécié. « Les parents sont satisfaits à 97-98 % après la rencontre », se réjouit le chercheur.

Et maintenant? Quand la pandémie sera sous contrôle et que le monde s’ouvrira de nouveau, Arnaud Gagneur ira présenter son travail dans les multiples congrès où on l’a déjà invité, partout où l’on souhaite s’inspirer d’EMMIE pour lancer un programme.

« Je m’estime vraiment chanceux. Comme chercheur, c’est notre objectif de pouvoir faire de la recherche qui aboutit. Je suis aussi heureux que ma contribution permette de donner de la visibilité à l’Estrie, au Centre de recherche du CHUS qui m’a accueilli. Le programme EMMIE est parti d’un petit projet financé à 50 000 $ en 2008. Ça démontre que le fait d’encourager les jeunes chercheurs, même avec des petits montants, ainsi que d’encourager les idées innovantes, ça peut mener à de grands résultats! »

« Mais ce qui me encore rend le plus heureux je crois, c’est que mon approche permet d’apaiser le clivage entre les deux clans, ceux qui sont pour la vaccination et ceux qui s’y opposent. On a vu des cas aux États-Unis d’enfants exclus de l’école quand ils n’étaient pas vaccinés. Ça peut être très difficile. Ici on est dans une approche respectueuse qui porte ses fruits. C’est une approche humaniste et bienveillante et c’est ce dont je suis le plus fier », conclut Arnaud Gageur.

Repères

- Néonatalogiste à l’Hôpital Fleurimont du CIUSSS de l’Estrie-CHUS

- Chercheur au Centre de recherche du CHUS

- Professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke

- Né à Boulogne-sur-Mer, en France, installé à Sherbrooke depuis 2008

- Marié, père de quatre enfants maintenant âgés de 17 à 27 ans