Luc Gauthier

Un passionné avec trois Coupes Stanley

Du hockey, Luc Gauthier en mange. Le Sherbrookois n’a jamais été repêché dans la LNH. Ce qui ne l’a pas empêché de devenir capitaine du club-école du Canadien de Montréal. Ou de disputer trois parties avec le Tricolore. Ou encore d’avoir occupé le poste d’assistant-entraîneur de la filiale du CH dans la Ligue américaine. Pour une 23e année de suite, il parcourt aujourd’hui les arénas à la recherche de talent en étant recruteur dans la LNH... et possède trois bagues de la Coupe Stanley. Tout cela grâce à sa passion.

« J’ai grandi à Longueuil et j’ai commencé à jouer au hockey à cinq ans. J’ai toujours rêvé de jouer dans la LNH, mais c’est sous les ordres de Jacques Lemaire, avec les Chevaliers de Longueuil dans le junior majeur, que j’ai senti que c’était possible d’atteindre mon rêve. Mon plus beau souvenir est d’ailleurs notre participation en finale de la LHJMQ dans un Forum plein à craquer lors de notre saison d’expansion. Pour un petit gars de Longueuil qui regardait la Soirée du hockey le samedi soir, se retrouver une dizaine d’années plus tard sur la ligne bleue du Forum, c’était un moment incroyable. »

Invité par le Canadien de Montréal, le défenseur a ensuite paraphé une entente avec l’équipe de son enfance.

« Je me suis établi en tant que hockeyeur professionnel en jouant d’abord dans la Ligue internationale et ensuite dans la Ligue américaine à Sherbrooke. Je n’ai pas beaucoup joué de matchs dans la LNH : trois. J’ai par contre disputé près de 600 parties dans la Ligue américaine. Donc je n’avais jamais osé dire que j’avais joué dans la Ligue nationale. Jusqu’au jour où ma femme m’a rappelé que j’avais tout de même disputé trois matchs de plus dans la LNH que bien du monde. Depuis ce jour-là, je n’hésite pas à le dire. Je suis très fier de ma carrière. En étant capitaine du club-école, je sentais que j’avais une implication dans l’organisation. »

De joueur à entraîneur

Après sa carrière de hockeyeur, le Tricolore lui a offert le rôle d’assistant-entraîneur à Fredericton, poste qu’il a occupé de 1993 à 1997.

« Pour moi, c’était une décision naturelle. Même si je venais de connaître ma meilleure saison dans la Ligue américaine et que je n’étais pas blessé, le Canadien m’offrait la chance de continuer de jouer ou d’aller derrière le banc. J’étais encore sous contrat, mais l’organisation cherchait un assistant-entraîneur à Fredericton. Je me suis dit que si le train passait, il fallait que je saute dedans. »

Une décision d’affaires prise par le Canadien a mené à son départ. Après une vague de congédiements et une entente avec les Kings de Los Angeles, ces derniers pouvaient envoyer six de leurs meilleurs joueurs de ligue mineure à Fredericton et ils avaient l’option de choisir un nouvel entraîneur adjoint.

« J’ai alors obtenu la permission de parler avec d’autres équipes. Quelques jours plus tard, les Predators de Nashville m’ont approché pour devenir recruteur en 1997. »

À la base du succès

Après huit ans chez les Predators et trois saisons avec l’Avalanche du Colorado, une belle histoire d’amour est née en 2008 entre Luc Gauthier les Penguins de Pittsburgh, équipe avec laquelle il a soulevé trois Coupes Stanley. 

« Avec les Penguins, j’obtiens une belle reconnaissance. Je suis dans une organisation de première classe. Tout comme avec les autres équipes pour lesquelles j’ai travaillé d’ailleurs. Bien souvent, le recruteur n’est toutefois pas reconnu à sa juste valeur. On est la base d’une organisation. Oui, on se trompe parfois. À long terme, c’est facile de juger notre choix au repêchage quand ça fait cinq ans que le joueur a été repêché. Avoir une boule de cristal, on ne ferait pas d’erreur. »

Ce qui le motive le plus dans son travail?

« Le défi de trouver la perle rare et de repérer le talent grâce à mes critères. Il n’y a pas de livre ou de cours qui nous apprend ce travail. Je m’attarde évidemment beaucoup au talent des joueurs, mais aussi à leur vie à l’extérieur de l’aréna. Leur personnalité, c’est 40 % de mon évaluation. Je crois beaucoup à cette partie-là. »

Luc Gauthier confie que recruter n’est pas un métier différent d’un autre.

« Étant passionné, ça ne me dérange pas de partir une semaine sur la route. J’ai parfois l’impression de travailler quand je suis en déplacement, en auto ou en avion, mais ce n’est pas grave : une fois que j’entre dans l’aréna, je ne me crois pas au travail. C’est vrai, l’hiver j’étais moins souvent avec ma famille, mais je me reprenais l’été. Ça faisait tout de même un bel équilibre. »

Le fruit de tout ce travail : trois Coupes Stanley avec les Penguins, entouré de Sidney Crosby et du propriétaire Mario Lemieux.

« J’étais sur place quand on a gagné. C’était l’euphorie. Tout le monde était épuisé, mais fier. Chaque conquête de la Coupe Stanley a la même valeur à mes yeux. »

Dans ses temps libres, Luc Gauthier offre désormais aux jeunes des conférences sur la persévérance. Un ingrédient important dans la recette de son succès.

« Quand j’étais enfant, je rêvais peut-être de jouer dans la LNH, mais je voulais aussi gagner une Coupe Stanley. Je n’y suis pas parvenu comme joueur. Je l’ai toutefois vécu différemment. C’était quand même incroyable. En tant que joueur, ça doit être encore plus hallucinant. J’ai contribué à ce succès avec les Penguins, mais le gros du travail, c’est le joueur qui l’a fait. Je me sens tout de même privilégié. Je gagne ma vie grâce à ma passion. Je ne peux pas demander mieux. »

REPÈRES

Né à Victoriaville le 19 avril 1964;
Conjoint de Céline Julien;
Père de Maxime (28 ans) et Jessica (26 ans);
A évolué pour le club-école du Canadien de Montréal durant sept ans;
Recruteur dans la LNH depuis 1997.