Claude Métras se retrouve sur la nouvelle murale qu’on aperçoit sur la rue King Est.

Un leader ne s’efface jamais

MÉRITE ESTRIEN / SHERBROOKE — « Un leader n’a pas le droit de s’effacer. » Cette phrase a guidé Claude Métras toute sa vie. Lorsqu’elle lui a été dite, il était un jeune adulte et n’avait pas encore réalisé qu’il était un leader. Enfant timide et discipliné, il commence à faire du bénévolat avec l’association Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) à l’âge de 10 ans. Ses aptitudes au tennis lui donnent confiance à l’adolescence et son caractère sociable se développe enfin. Sept décennies plus tard, celui qui est de tous les événements et qui a été impliqué dans à peu près tous les organismes culturels, humanitaires, sportifs et artistiques d’ici et d’ailleurs recevait, ce printemps, la Médaille d’or du Lieutenant-gouverneur pour son mérite exceptionnel.

Claude Métras est le plus jeune d’une famille de neuf enfants et le dernier survivant de sa fratrie. Son père, gérant d’un magasin de souliers, décède alors qu’il est âgé de 11 ans.

« Quand papa est décédé, on n’avait rien. On était démuni. On a dû être débrouillard et j’ai marché beaucoup, car on n’avait pas de voiture. Après l’école, j’allais régulièrement à l’hôpital pour voir ma mère qui était souvent malade. J’avais aussi une sœur qui était handicapée, un frère et une autre sœur qui sont décédés jeunes de la tuberculose. On a appris à faire beaucoup de choses avec peu. Mais je n’ai jamais senti que j’étais pauvre, j’avais du plaisir avec ma gang de l’école Saint-Jean-Baptiste », raconte-t-il en ajoutant qu’il s’est aperçu qu’il était riche malgré tout le jour où il a voulu offrir des livres amassés pour les enfants défavorisés et qu’on lui a dit que ça ne servait à rien puisque ces derniers ne savaient pas lire. 

« Le tennis m’a aidé aussi », constate celui qui a jadis gagné le championnat de tennis de Sherbrooke et qui a contribué à la création d’une ligue provinciale de tennis.

Après sa neuvième année, il quitte l’école pour gagner des sous. Il travaille comme apprenti typographe, puis dans une cour à bois. Il retournera sur les bancs d’école, notamment à titre d’auditeur libre pendant trois ans à la faculté de droit de l’Université de Sherbrooke. Il travaille comme greffier au palais de justice avant de travailler dix ans chez Sherbrooke Trust et 35 ans pour la firme comptable qui est devenue Raymond, Chabot, Grant, Thornton. Il a pris sa retraite il y a bientôt 4 ans, à l’âge de 80 ans.

Énumérer le nom de tous les organismes pour lesquels il a fait du bénévolat remplirait le journal. Agissant à titre de président d’honneur, membres de multiples conseils d’administration, organisateur expérimenté de vernissages et d’événements, il s’implique sur de longue période pour soutenir la Croix-Rouge, La Grande Table, l’Orchestre symphonique de Sherbrooke, les Concerts de la Cité, le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, la Société d’histoire de Sherbrooke, le Musée de la nature à Ottawa. 

Il a aussi un talent pour mobiliser les gens autour de lui. « Je n’ai jamais manqué de monde. On réussit en donnant l’exemple. Et les gens te font confiance s’ils savent que tu n’abuseras pas de leur temps de bénévolat », résume l’ancien évaluateur agréé qui a aussi été délégué du Québec, de 2004 à 2017, au Conseil des fiduciaires des immeubles des Pères de la Confédération.

L’homme a des anecdotes qui s’étalent sur près d’un siècle et a la mémoire assez vive pour citer des discours prononcés il y a des décennies. Des juges, des premiers ministres, des enfants démunis, des présidents d’entreprises, des artistes de la relève et des personnes handicapées se croisent dans ses histoires. 

« J’ai été à cinq reprises président du Festival de théâtre de l’Association pour les loisirs des personnes souffrant d’un handicap physique ou mental. La fierté que j’ai d’avoir fait ça, ça se dit pas. Le plaisir que j’ai eu à connaître ces personnes qui m’ont redonné au centuple. J’en croise encore des fois qui me saluent et m’envoient la main », raconte-t-il les yeux humides. « En vieillissant, on devient plus sensible », s’excuse-t-il.

Au fil des ans, M. Métras a accumulé les prix et reconnaissances. Un prix a même été inventé à son nom. Ainsi le prix Claude Métras a été remis pour une quatrième fois cette année à de jeunes élèves s’étant démarqués dans le domaine des arts.

« Si ton travail devient lourd, tu n’es pas à la bonne place. Moi, j’ai toujours eu du plaisir. Et si tu persistes assez longtemps, tu pourras accomplir des choses importantes. Mais ce qui est le plus important, c’est d’accomplir des choses utiles. Si ça fait du bien à des gens, que ça les sert d’une manière ou d’une autre, tu peux être satisfait », conclut celui qui ne s’est jamais effacé.

Repères

  • Originaire de Sherbrooke, Claude Métras est né le 4 octobre 1934.
  • Marié à Marylin Hayes depuis 1959, il est père de trois filles, cinq fois grand-père et deux fois arrière-grand-père.
  • Pour son engagement exceptionnel, il a reçu la Médaille d’or du Lieutenant-gouverneur en 2018.