Andrew Benko et Martin Brouillette

Un fil-guide plein de promesses

Martin Brouillette l'avoue : dans son Laboratoire d'ondes de choc à la faculté de génie de l'Université de Sherbrooke, on essaie de développer des applications concrètes, des « gadgets » qui auront des applications utiles. L'un de ses projets est assurément promis à un avenir brillant : une trentaine de patients auront bientôt subi une angioplastie à l'aide de son fil-guide capable de générer des ondes de choc. Cette invention pourrait bien révolutionner la pratique de cette intervention.
En effet, ce fil-guide permet de pratiquer des interventions en angioplastie qui étaient autrefois pratiquement impossibles à réaliser par le biais des angioplasties traditionnelles. Une première opération, couronnée de succès, a été réalisée il y a quelques semaines au CHUS sur un patient sherbrookois par un médecin sherbrookois qui est justement un spécialiste de cette intervention. Une première mondiale toute sherbrookoise... mais qui se déploie déjà dans d'autres hôpitaux du monde.
« L'une des difficultés dans le domaine de la recherche universitaire, c'est qu'on travaille souvent sur des projets sans se coller sur les besoins réels du marché. Alors au début, on a travaillé sur des coquilles d'oeuf, sur du plâtre. Mais quand est venu le temps de se rapprocher du domaine médical, nous avons commencé à travailler avec un cardiologue du CHUS, le Dr Simon Bérubé », explique Martin Brouillette, qui travaille dans le domaine des ondes de choc depuis 35 ans et qui tient à souligner le travail colossal de deux doctorants dans son équipe, Steven Dion et Louis-Philippe Riel.
De fil en aiguille, le projet a progressé et une entreprise est née pour commercialiser le fil-guide : SoundBite. En moins d'un an et demi, elle compte déjà 25 employés. Une ascension très rapide.
Et si le succès est au rendez-vous et que sept patients ont maintenant subi l'angioplastie avec le nouveau fil-guide, c'est notamment en raison de la collaboration et du savoir-faire d'un autre chercheur sherbrookois, le Dr Andrew Benko, radiologiste interventionnel au CIUSSS de l'Estrie-CHUS. Le Dr Benko est considéré comme l'un des experts au Canada pour les angioplasties des membres inférieurs.
« Sherbrooke me manquait »
Le Dr Andrew Benko a effectué ses études en radiologie à l'UdeS, mais il a ensuite décidé de faire une surspécialisation en radiologie interventionnelle parce que le contact plus étroit avec les patients lui manquait.
Très vite grimpé dans les plus hautes sphères de cette nouvelle spécialité médicale, il est devenu très jeune - il avait tout juste 30 ans - le chef de la radiologie interventionnelle de la University Health Network de Toronto, un regroupement de quatre gros hôpitaux.
« Ma carrière allait bien, mais Sherbrooke me manquait, sa qualité de vie aussi », explique-t-il.
Il est donc revenu s'établir dans la reine des Cantons-de-l'Est en 1999 et il s'est spécialisé dans les interventions sur le vasculaire périphérique, c'est-à-dire les artères bloquées dans les jambes. Cette intervention permet à de nombreux patients de retrouver une grande qualité de vie après que l'on ait débloqué leurs artères. Depuis, il forme des médecins partout dans le monde...
Et surtout, il opère des patients. Dans son département composé de cinq médecins au CHUS, on opère annuellement environ 1000 patients, soit deux à trois par jour. Souvent avec succès. Mais parfois avec beaucoup de difficultés.
« Le défi avec les méthodes traditionnelles d'angioplastie, c'est que lors de l'intervention, on se bute à des parois de vaisseaux très endurcies par l'accumulation de calcaire notamment. Il est donc impossible parfois de traverser le blocage parce qu'il est trop dur, ce qui nous empêche de procéder avec le reste du traitement. Le guide SoundBite peut nous permettre de franchir de tels blocages avec succès », ajoute le Dr Benko.
« C'est comme essayer de traverser un mur de brique avec un spaghetti cuit », illustre le professeur Martin Brouillette en parlant des guides traditionnels.
Le radiologiste interventionnel et l'ingénieur espèrent donc que cette invention traversera avec succès les prochaines étapes vers sa commercialisation, ce qui augure très bien jusqu'ici. Rapidement, si le fil-guide devient un standard dans les salles d'angioplastie, l'invention sherbrookoise pourrait permettre d'améliorer le taux global de succès des angioplasties à travers le monde et ainsi redonner une grande qualité de vie à des milliers de patients.
Repères
MARTIN BROUILLETTE
Né à Montréal en 1962;
A fait son baccalauréat à l'Université Mc Gill, sa maîtrise et son doctorat à la California Institut of Technology;
Père de trois enfants, Caroline, 25 ans, Louis, 24 ans et Élise, 22 ans.
ANDREW BENKO
Né à Montréal en 1968;
A fait son doctorat en radiologie à l'Université de Sherbrooke et sa surspécialisation en radiologie interventionnelle aux États-Unis;
Père de deux filles, Lana, 18 ans, et Lili, 17 ans.