David Webster, professeur associé au département d’histoire de l’Université Bishop’s, s’est spécialisé au fil du temps sur un tout petit pays dont peu de gens connaissent même l’existence : le Timor oriental.

Un côté sombre de l’histoire canadienne

Associé à l’Institut Wilson de l’histoire canadienne, le professeur David Webster porte un regard élargi sur l’histoire du Canada en ne se limitant pas à ce qui s’est passé à l’intérieur de ses frontières. Pour bien comprendre le Canada, fait valoir le professeur associé au département d’histoire de l’Université Bishop’s, il faut aussi l’observer à travers ses implications internationales. Même si ces implications ne sont pas toujours glorieuses.

David Webster a enseigné un peu partout en Amérique du Nord, notamment à San Francisco, Regina et Toronto, avant de s’arrêter dans les Cantons-de-l’Est en 2012. L’historien s’est forgé à travers les années une réputation d’expert dans le domaine des relations internationales entre le Canada et les pays asiatiques. Il a d’ailleurs écrit ou contribué à la publication de 12 ouvrages portant sur ces relations.

Par son travail, David Webster fait partie de la courte liste d’historiens qui ont reçu le titre d’associé au prestigieux Institut Wilson de l’histoire canadienne pour la période 2017-2020. 

« L’institut vise une approche de l’histoire canadienne à laquelle j’adhère, explique-t-il. On ne peut pas comprendre l’histoire du Canada si l’on s’arrête à ses frontières. L’histoire canadienne est aussi l’histoire internationale. »

Timor oriental

David Webster s’est spécialisé au fil du temps sur un tout petit pays dont peu de gens connaissent même l’existence : le Timor oriental. Il a d’ailleurs déjà publié à ce sujet le livre Fire and the Full Moon : Canada and Indonesia in a Decolonizing World et est en révision d’un autre, Challenge the Wind : Canada, Canadians and East Timor, qui devrait être publié d’ici la fin de l’année.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le Canada ne joue pas le rôle de héros dans cette histoire.

Colonie portugaise pendant plusieurs siècles, le Timor oriental a été envahi par les forces armées indonésiennes en 1975. Les crimes de guerre ont été nombreux pendant l’occupation indonésienne qui aura duré 24 ans. On estime à au moins 100 000, le nombre de décès chez la population du Timor oriental avant qu’elle obtienne officiellement son indépendance en 2002.

« Avant d’envahir, le général Suharto est venu à Washington et Ottawa pour informer qu’il allait régler la situation du Timor oriental en l’annexant, souligne David Webster. À aucun moment le Canada ne s’est opposé. L’invasion s’est déroulée durant la fin de semaine, et le lundi matin, quelqu’un aux affaires externes a déclaré que c’était dommage que des gens allaient mourir, mais que la seule solution envisageable pour le Timor oriental est d’être une partie de l’Indonésie. Et puis pour 23 des 24 années de l’occupation indonésienne, le gouvernement canadien a dit que la situation du Timor oriental était sans espoir et que le Canada ne pouvait rien faire. Le Canada a donné du support diplomatique à l’Indonésie et a voté en faveur de l’Indonésie aux Nations-Unis concernant ce conflit. Le Canada a même vendu des armes et de l’équipement militaire à l’Indonésie. Les forces armées indonésiennes avaient ciblé en particulier les communautés indigènes. Il y a eu toutes sortes de crimes contre les femmes et les enfants, de la torture, des exécutions, etc. ».

David Webster n’hésite pas à comparer ce que le Canada a fait ou permis à l’Indonésie de faire au Timor oriental avec le traitement réservé aux autochtones ici en Amérique.

« Il y a eu des vols d’enfants de leur famille pour les amener en Indonésie, explique-t-il. Le Canada continue à vendre des armes à travers le monde à plusieurs régimes dangereux. L’Arabie saoudite est l’exemple parfait. Justin Trudeau va dire les bonnes choses, mais ne les fera pas nécessairement. Il va dire que le Canada se tient debout pour les droits humains, mais il ne s’est jamais excusé pour ce que le Canada a fait au Timor oriental et il ne le fera pas. »

« Le Canada a souvent tendance dans ses échanges avec d’autres pays à vouloir enseigner quelque chose, résume-t-il. Il y a encore cette attitude de missionnaire où le Canada pense avoir beaucoup à enseigner, mais peu à apprendre. Mais en fait le Canada a beaucoup à apprendre d’autres pays. Il y a tellement de similarités particulièrement dans le traitement des peuples indigènes dans différents pays. Nous pouvons en apprendre beaucoup en ne nous limitant pas à nos frontières. »

Repères

 La beauté de la région a convaincu David Webster de s’établir en Estrie;

David Webster est le seul canadien membre du conseil consultatif international du Centre national Chega qui fait le suivi sur la Commission de vérité et réconciliation du Timor oriental;

David Webster dénonce le traitement réservé aux autochtones au Canada. Il a d’ailleurs participé à une manifestation en janvier à Sherbrooke pour dénoncer l’intervention de la Gendarmerie royale du Canada sur des barricades érigées par des membres de la Première nation Wet’suwet’en dans le nord de la Colombie-Britannique;

David Webster a obtenu son doctorat en histoire à l’Université de la Colombie-Britannique en 2005.