Gilles Boire
Gilles Boire

Trente ans de casse-tête

Chloé Cotnoir
Chloé Cotnoir
La Tribune
Lorsque Gilles Boire a entamé sa carrière de rhumatologue en 1989, les connaissances dans ce domaine médical étaient sommaires. « On avait quelques médicaments, vraiment très peu, qui dataient des années 1930, qu’on utilisait pour essayer de soulager les patients, généralement des femmes, qui voyaient l’arthrite comme une fatalité. » C’est pourtant un des facteurs qui a incité le médecin à choisir cette spécialité. « J’ai décidé que ce serait mon petit rôle d’en connaître plus, de faire de la recherche et de retourner chaque morceau de casse-tête. »

Et des morceaux de casse-tête, le Pr Boire en a retourné plusieurs pendant les 30 dernières années. Assez pour assembler quelques parties de ce très complexe puzzle que sont les maladies inflammatoires.

La carrière de ce natif de Wickham a débuté avec d’importantes observations dans le domaine de l’auto-immunité, en particulier sur le système antigène-anticorps lié aux ribonucléoprotéines Ro. Ces expériences l’ont mené en 1986, en collaboration avec le Dr Henry Ménard, à la découverte de l’auto-anticorps anti-Sa, spécifique à la polyarthrite rhumatoïde.

« La découverte de cet anticorps nous a permis d’identifier les patients qui d’une part ont la maladie, mais surtout d’identifier ceux qui seront les plus difficiles à traiter. La polyarthrite peut être déformante, invalidante et mortelle même, puisque l’inflammation en soi tue si elle n’est pas contrôlée. Mais surtout, elle invalide et rend la vie très difficile : elle empêche de dormir, de travailler ou même juste de s’habiller! L’anticorps anti-Sa nous permet d’identifier très tôt les patients qui évolueront vers cet état si on ne fait pas plus que la norme », explique le Pr Boire.

Bon an mal an, le département de rhumatologie du CHUS Fleurimont reçoit quelque 500 demandes de plus que ce qu’il est capable de traiter.

« Une fois ces patients identifiés grâce à l’anti-Sa, on est en mesure de les mettre sur une fast track pour qu’ils soient vus plus rapidement. Au lieu d’attendre un an ou deux comme c’était le cas dans les années 90, les gens en moyenne sont vus quatre mois après le début des symptômes. C’est une grande amélioration! »

Biobanque

Au fil des ans, le Dr Boire a travaillé de pair avec ses collègues à la constitution d’une biobanque comportant des dizaines de milliers de spécimens. Ces derniers provenaient de plus de 1000 patients atteints de diverses maladies articulaires et systémiques. Il s’agit d’une véritable richesse de données, laquelle a été le fruit de plusieurs collaborations avec des chercheurs et partenaires, et ce, tant à l’interne qu’à l’international. De nouvelles études pharmacologiques ont d’ailleurs vu le jour grâce à cette base de données.

Il a également contribué à l’intégration de la recherche translationnelle au sein des soins cliniques, ce qui favorise une amélioration de la qualité des traitements chez les patients.

« C’est une de mes plus grandes fiertés. Ma carrière de recherche a toujours été intégrée à la clinique. Ce qu’on a fait pour aider les patients dans la vraie vie a servi à faire avancer les connaissances parallèlement », remarque-t-il.

Lorsqu’il porte un regard sur sa carrière, Dr Boire constate avec satisfaction les importantes avancées ayant marqué la rhumatologie dans les trois dernières décennies.

« Nous avons fait un bond de géant il y a quelques années lorsque nous avons commencé à utiliser des médicaments ciblés qui sont capables d’agir à un niveau précis de la cascade inflammatoire au lieu d’utiliser des médicaments qui marchaient pour des raisons que l’on ignorait. Maintenant, nous avons des options pour presque tout le monde et la qualité de vie de ces personnes s’est grandement améliorée », soutient-il, le sourire aux lèvres.

Tisser des liens

Le Pr Boire a fait un court détour en laboratoire avant de choisir la médecine comme profession. « À l’époque, je ne me sentais pas capable d’avoir une relation d’aide », explique-t-il.

Ironiquement, quelques années plus tard, il a choisi une spécialité qui l’amène à suivre les mêmes patients pendant des années, voire des décennies.

« Je fais de la pédiatrie aussi et j’ai plusieurs patientes que j’ai suivies quand elles étaient toutes petites et elles viennent encore me voir alors qu’elles ont elles-mêmes des enfants. On apprend à réellement connaître nos patients. C’est certain que ce sont des relations qui ont enrichi mon travail toutes ces années. »

Maintenant qu’il entrevoit la retraite, le Pr Boire souhaite atteindre un certain équilibre dans sa vie.

« C’est important. J’ai toujours tenté d’avoir un équilibre, mais ce n’a pas toujours été facile. Heureusement, ma femme a toujours été patiente. Mais maintenant, elle ne serait pas contente si je ne commence pas à penser à la retraite! »

Repères

Premier Québécois et quatrième Canadien à recevoir l’hommage de présenter la Conférence Dunlop-Dottridge qui souligne les réalisations professionnelles d’exception en rhumatologie; 

Père de trois enfants;

Diplômé de l’Université de Sherbrooke et de l’Université Yale.