Travailler ensemble pour faire la différence

Tout mettre en œuvre pour que les usagers et leurs proches reçoivent des services impeccables tout en prenant soin du personnel, ces hommes et de ces femmes qui sont au service de la population tous les jours malgré les tourments qu’ils peuvent eux-mêmes traverser au quotidien : voilà ce qui a motivé Johanne Turgeon au cours de ses 42 années de carrière comme gestionnaire dans le réseau de la santé.

« J’ai choisi de faire ma formation comme diététiste au début des années 1970. J’ai choisi cette profession parce qu’elle permet d’entrer en contact avec les gens et de prendre soin d’eux, tout en agissant sur les déterminants de la santé. Or, très vite, j’ai été exposée à des situations où j’ai été appelée à contribuer dans des fonctions de gestion », se souvient Mme Turgeon.

Et elle a eu la piqûre. Elle n’avait alors que la jeune vingtaine.

La voie était ouverte pour celle qui, le 1er avril 2015, allait devenir la présidente-directrice générale adjointe (PDGA) du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, l’un des plus grands CIUSSS du Québec avec ses 17 000 employés et son immense territoire géographique.

« Quand on choisit de faire une carrière dans le secteur public, on fait face à l’admiration ou à la critique. C’est différent de faire carrière dans le domaine des affaires, où on fait face à l’échec ou à la réussite », soutient Mme Turgeon.

« Dans le secteur public, on fait face aux attentes de la population avec les ressources qui nous sont allouées en fonction, notamment, des finances publiques. Il y a bien des années où on aurait voulu demander plus. Moi, je travaille dans l’organisation des services, alors je me disais plutôt : comment on s’organise avec ce qui nous est attribué? Avec ce qu’on a, est-ce qu’on fait les bons choix? Si on doit se corriger, comment peut-on le faire? »

C’est dans cet esprit d’organisation des services que Johanne Turgeon a participé à bien des débats au cours des années. Elle a entendu les patients. Elle a entendu le personnel. Le travail a été sans relâche pour tenter de trouver des solutions avec des ressources financières et humaines limitées. « Nous nous sommes posé des questions : qu’est-ce qu’on fait pour nos aînés qui ne veulent pas aller en hébergement? Pour leurs proches qui sont fatigués? Et pour les aînés qui sont en attente d’hébergement? Même chose pour notre clientèle jeunesse : comment on fait pour leur offrir davantage de services, comment on travaille avec les commissions scolaires, par exemple, même si elles ont aussi leurs contraintes? »

Plongée pendant 40 ans dans le monde de la santé, Johanne Turgeon a vu bien des changements se produire. Les fusions se sont multipliées. Les besoins ont changé. Mais une chose est demeurée tout au long de ces aventures : la passion et l’implication des acteurs.

Johanne Turgeon souligne particulièrement le travail des chercheurs du Centre de recherche sur le vieillissement. « Ils m’ont accompagnée dans la réorganisation des services à une époque où on avait vraiment besoin de s’améliorer. L’équipe de Paul Morin a travaillé pour implanter des améliorations des services axés sur les usagers. Je trouve ça vraiment inspirant », ajoute-t-elle.

Les moments marquants se sont aussi additionnés. Le déraillement de train mortel à Lac-Mégantic en 2013 a toutefois représenté le moment le plus intense de la carrière de la gestionnaire.

« Quand c’est arrivé, j’étais en vacances à l’extérieur du pays. J’ai tout de suite pensé à mon collègue Pierre Latulippe, le directeur général du CSSS de Lac-Mégantic : comment allait-il? Et ses enfants? Et les membres de son équipe? J’ai téléphoné à mon agent de voyage et je lui ai dit de m’organiser ça parce que je devais rentrer au pays tout de suite. Presque tous les employés du CSSS avaient perdu un proche et ils ont travaillé quand même. Beaucoup de gens se sont déployés rapidement sur le terrain et tout le monde disait : comment peut-on aider? Ç’a été le début de plusieurs années de reconstruction, de suivi des indicateurs de santé de cette population », évoque-t-elle avec émotion.

Johanne Turgeon, maître de l’organisation des services, a aussi beaucoup apprécié de travailler avec les partenaires au cours de sa carrière. Parce qu’ensemble, on peut faire la différence. « Dans le réseau de la santé, les partenaires sont très nombreux : les policiers, les ambulanciers, les commissions scolaires, les organismes communautaires... Tous ces partenaires sont engagés; ces collaborations sont précieuses. Et c’est la population qui en bénéficie! Moi c’est mon domaine de travail et je sais quelle différence ça peut faire quand les gens se mettent ensemble pour travailler », ajoute Mme Turgeon.

L’heure de la retraite a sonné pour la gestionnaire, qui a quitté son siège de PDGA le 1er octobre dernier. Elle souhaite maintenant ralentir – ralentir oui, mais pas trop. Elle demeure une femme d’action.

« J’ai deux petits trésors, mes petits-enfants de trois mois et deux ans. Je veux prendre plus de temps avec eux, avec ma famille », ajoute-t-elle.

Elle est aussi une amoureuse de la culture. « J’ai comme projet de me balader en Estrie, de visiter notre territoire et d’aller voir les petits musées pour découvrir les arts et les artistes de la région. Je veux remplir ma vie de plein de beaux moments », soutient-elle.

Repères

- A travaillé entre autres comme gestionnaire dans un CHSLD, à Emploi-Québec, à l’Hôtel-Dieu, à l’Hôpital de la région de l’Amiante;

- Présidente-directrice générale de l’Agence de la santé et des services sociaux de 1999 à 2015;

- Présidence-directrice générale adjointe du CIUSSS de l’Estrie-CHUS du 1er avril 2015 au 30 septembre 2018.