Toujours apprendre, toujours enseigner

Marc Laprise
La Tribune
MÉRITE ESTRIEN / Comme le scout qu’il est depuis qu’il n’a que cinq ans, Mike McKenna sera toujours pompier. Son regard est franc et assuré quand il affirme que cette vocation ne le quittera jamais, même si depuis deux ans il est retourné à son premier métier, la menuiserie et à l’ébénisterie. La preuve étant qu’il donne encore aujourd’hui de la formation en prévention incendie aux quatre coins du Québec, tout comme il conserve précieusement son poste de deuxième vice-président, à titre de représentant du Québec, à la Fondation canadienne des pompiers morts en service (FCPMS). Il est également membre du comité-conseil de l’Association des chefs pompiers du Canada.

Pourtant, la prévention et le combat des incendies ne faisaient pas partie du plan de carrière de Mike McKenna. Après des études primaires et secondaires dans son Châteauguay natal, ce grand gaillard se dirige vers le Collège Champlain de Lennoxville pour des études en administration avant de retourner chez lui pendant un an pour compléter un diplôme d’études professionnelles en construction.

« Quand j’ai fini, j’ai dit à ma mère : ‘‘c’est fini pour moi les études’’. Elle a bien ri de moi, se rappelle l’ancien chef de la brigade des pompiers d’Ayer’s Cliff, North Hatley et Stanstead. La vie c’est une école. C’est perpétuel », lui a-t-elle fait comprendre.

On est en 1994. De retour en Estrie pour y rejoindre sa copine Karen Robinson et créer son atelier de menuiserie, Mike McKenna côtoie son futur beau-père qui est pompier volontaire à Ayer’s Cliff. 

« Je le voyais partir aux appels en vitesse et j’ai pris conscience que c’est quelque chose qui m’intéressait. Alors j’ai demandé au chef des pompiers d’Ayer’s Cliff si je pouvais devenir pompier avant même que je demande mon épouse en mariage », se remémore-t-il en riant.

S’en est suivi des cours de pompier, des formations d’officier, d’enquête incendie... « Juste en disant oui, je suis prêt à investir mon temps, ça m’a donné des forces et des expériences que je n’aurais pas pu prévoir », assure-t-il aujourd’hui.

Une dizaine d’années de formation et d’interventions passent quand, en 2004, on lui offre de devenir chef. « J’ai accepté le défi avec la seule condition que tous nos pompiers et nos officiers aient de la formation », se souvient-il. 

La municipalité accepte cette condition et consacre quelque 75 000 $, sur une période de trois ans, dans la formation de ses pompiers volontaires. 

La municipalité ne tarde pas à vérifier la valeur de son investissement. 

En 2005, un violent incendie ravage l’usine du fabricant d’armoires Cabico de Barnston-Ouest. Près de 80 pompiers de cinq services d’incendie interviennent pour éteindre le brasier. Par la suite, l’assureur de l’entreprise intente une action de 14 M$ contre Ayer’s Cliff, arguant une mauvaise intervention. « Mais la formation qu’on a suivie a sauvé notre village de cette action », raconte avec fierté l’ancien pompier.

Cependant, dans l’esprit de Mike McKenna, le plus grand gain dans cet événement c’est qu’aucun des pompiers qui sont intervenus ne s’est blessé. 

Dans les années qui ont suivi, les municipalités de North Hatley et de Stanstead demandent au chef McKenna de prendre la direction de leur service respectif. Un autre défi qu’il relève. « Pendant la même période, la Fondation canadienne des pompiers morts en service m’a demandé de devenir membre de son comité exécutif à Ottawa. Un véritable honneur », qu’il a bien sûr accepté.

Avec la demande de la FCPMS vient le rôle de représentant de l’organisme au comité de construction du monument commémoratif des pompiers morts en services, un projet de 4 M$. Bien vite, le chef pompier prend conscience d’aberrations dans la planification du travail. Pour honorer la mémoire de héros canadiens, on veut acheter du granit chinois et d’autres matériaux provenant d’ailleurs dans le monde. Mike McKenna s’y oppose et exige qu’on utilise du granit québécois et du liège ontarien. « Je voulais qu’on utilise des matériaux de chez nous payés par les taxes de chez nous. »

Il est aujourd’hui bien fier de ce monument qui commémore le courage des pompiers, qu’ils soient de l’armée, de l’entreprise ou du civil, avec des matériaux canadiens et le savoir-faire des gens d’ici.

Pour son travail, M. McKenna a été récompensé en 2012 de la médaille du Jubilé de diamant soulignant les 60 ans de règne de la reine Elisabeth II.

Un autre honneur qui touche M. McKenna, c’est le poste de maître de cérémonie qu’on lui confie depuis 10 ans lors de la fin de semaine annuelle consacrée aux pompiers morts en services. L’événement se déroule à la mi-septembre de chaque année. « On cherchait quelqu’un de bilingue. C’est important parce que c’est un projet national. Je suis tombé à la bonne place au bon moment », assure-t-il.

Et c’est en repensant à tout ce cheminement que dans son esprit la constatation est devenue évidente sur son parcours comme pompier. « Je devais être là. »


Repères

  • Natif de Châteauguay
  • Marié depuis 25 ans avec Karen Robinson
  • Père de deux garçons : Adam et Ian
  • Bénévole auprès de la troupe scout First Lennoxville
  • Siège au comité de gestion du camp des scouts du Lac Lovering
  • Membre de la direction du cimetière de Massawippi