Spectre Média, Michelle Boulay

Suivre ses idées et ses rêves

Lorsque Claude Beaudoin expérimentait les effets de différents types de carburants sur la tondeuse de son père à l’âge de 13 ans, il ne pensait jamais que sa passion pour les engins mécaniques allait l’amener à travailler en Russie et à développer un véhicule amphibie dans son atelier de Cookshire-Eaton. Tout ceci lui est pourtant arrivé grâce à sa confiance en ses idées et son éthique de travail irréprochable.

Natif de Rock Forest, l’ingénieur en génie mécanique et fondateur de l’entreprise de pièces de motoneige B-Pwr a fait les manchettes en novembre lorsqu’il a dévoilé son véhicule tout terrain amphibie, le Typhon, au Grand Salon de la motoneige et du quad de Québec. 

« Quand j’étais assez jeune, j’aidais mon père à travailler sur son automobile. Puis, à 12 ans, il m’a laissé sa tondeuse brisée pour faire des expérimentations au niveau de la réparation et du fonctionnement », se rappelle-t-il, démontrant déjà sa curiosité et son désir de travailler avec ses mains. 

« À 13 ans, je me suis mis à tester de nouveaux carburants pour la tondeuse, dont un mélange d’essence avec du diesel. C’est cette même année que j’ai réussi à faire fonctionner la tondeuse au propane à 100 %, ce qui a éliminé les odeurs désagréables tout en demeurant très efficace. »

Après ses études en techniques de génie mécanique, on retrouve le jeune Claude Beaudoin chez BRP, l’entreprise numéro un en confection de véhicules récréatifs au Canada. 

« Durant mes études, j’ai eu la chance d’avoir un stage au centre de recherche et développement chez Bombardier. Je suis allé déposer mon CV dès que j’ai fini mon cours et j’avais un emploi chez eux une semaine plus tard. C’est l’endroit où je voulais travailler depuis ma jeunesse, surtout à cause de ma passion pour les motoneiges. » 

D’employé à entrepreneur

Chez BRP, il a occupé plusieurs emplois, notamment au centre de recherche et développement. C’est lorsqu’il était formateur ainsi que responsable du soutien technique aux concessionnaires que ses idées ont commencé à germer et qu’il ne pouvait plus contenir son esprit innovateur. Il a fait plusieurs prototypes et soumettait ses idées pour améliorer la qualité des produits, sans toutefois que ses suggestions soient retenues par ses patrons. 

« On m’a fait comprendre que mes idées n’étaient pas mauvaises, mais qu’ils n’étaient pas intéressés à les développer. Des magazines spécialisés du milieu de la motoneige publiaient pourtant mes articles et réalisaient le potentiel qu’elles avaient. C’est ce qui m’a poussé à partir de chez BRP pour fonder mon entreprise. »

Peu après, l’ingénieur mécanique s’est fait approcher par des représentants de l’entreprise AWM Motors pour mener un projet ambitieux à leur usine de Saint-Pétersbourg en Russie. M. Beaudoin a vécu son rêve de longue date dans la Venise de la Baltique durant trois années, en plus d’y rencontrer sa femme Anastasia. 

« Ils m’ont laissé la responsabilité du projet de A à Z, que ce soit de procéder à l’embauche du personnel ou de choisir la plateforme de dessin, souligne-t-il. Ils m’ont donné carte blanche pour arriver à un produit final, j’étais tellement content qu’ils me fassent confiance pour réaliser ce grand projet. »

« La mentalité est complètement différente en Russie, poursuit M. Beaudoin. Mon supérieur immédiat était un ancien lieutenant dans un sous-marin de l’armée soviétique, donc on peut s’imaginer que les rapports étaient très exigeants. J’ai décidé de revenir à la maison lorsque l’économie russe a connu des difficultés et que le financement de notre projet a été coupé drastiquement. On avait complété le projet à 80 %. »

Fortement impressionné par les véhicules spécialisés pour les conditions extrêmes que développaient les Russes, Claude Beaudoin s’est à nouveau investi dans l’innovation à son retour au Québec. 

« Ce type de véhicule m’a toujours passionné, j’ai eu la chance d’en essayer dans mes temps libres et j’ai eu un coup de foudre, explique-t-il. À mon retour, j’ai voulu développer un de ces véhicules pour faire compétition à ce qui se faisait là-bas. J’ai donc décidé de monter une petite équipe pour commencer à faire des esquisses et développer un plan pour créer un véhicule amphibie. Ça a donné le Typhon, le premier véhicule tout terrain amphibie créé en Amérique du Nord, qui devrait être commercialisé dans un avenir rapproché. »

Un enseignant de nature

Désireux de partager ses connaissances et de transmettre sa passion pour les véhicules récréatifset pour l’ingénierie mécanique, M. Beaudoin fait régulièrement appel à des étudiants du Cégep de Sherbrooke pour contribuer à ses projets. 

« C’est certain qu’en étant formateur technique, j’ai donné de la formation à des centaines de personnes. J’ai toujours eu en moi la capacité d’enseigner, de montrer, de transmettre mes connaissances », estime-t-il, lui qui compte sur une jeune équipe pour l’épauler dans la production du Typhon. 

« J’aime leur donner des projets stimulants à réaliser, je crois que c’est une excellente forme d’apprentissage pour les étudiants de la technique. »

La prochaine année sera chargée pour Claude Beaudoin et l’équipe de B-Pwr, qui tenteront d’obtenir un plus grand atelier de production, de fonder des alliances commerciales clés et de bâtir quelques unités du Typhon. Le tout, bien sûr, en marge de la production habituelle de pièces de motoneige. « On n’arrête jamais lorsqu’on travaille à notre compte, mais c’est signe que les choses vont bien. »

Repères

- A eu 17 motoneiges avant l’âge de 18 ans

- A été camelot pour La Tribune dans sa jeunesse

- Détient cinq brevets d’invention en Russie

- A payé sa première motoneige 150 $ à l’âge de 12 ans