Ivan L. Simoneau

Rendre l’apprentissage plus concret

Lorsqu’il a commencé à enseigner en sciences infirmières au Cégep de Sherbrooke en 1990, Ivan L. Simoneau voulait que ses étudiants puissent vivre des expériences concrètes avant de pratiquer sur un patient. Trente ans plus tard, sa mission est accomplie. Grâce à sa persévérance et à ses recherches, l’institution s’est dotée d’un Centre de recherche et de formation par simulation (CEREFS) pour que les étudiants arrivent sur le marché du travail encore plus prêts.

« La recherche a toujours fait partie de ma vie d’étudiant, jusqu’à ma vie de travailleur, décrit M. Simoneau, le sourire aux lèvres. La recherche collégiale a commencé dans le cadre de mes travaux de doctorat. J’ai examiné les connaissances en santé chez les étudiants du collégial. Évidemment, j’ai toujours gardé mes réflexes de chercheur. »

Dans le cadre de son travail, un collègue et lui ont décelé des problématiques de stage. « On n’arrivait pas à fournir des milieux de stage pour l’ensemble des étudiants, se rappelle-t-il. Il fallait revoir les modalités pédagogiques qui pouvaient optimiser le roulement de ces étudiants. »

« Un collège en Ontario utilisait la simulation clinique pour préparer ses étudiants aux stages, enchaîne M. Simoneau. On a discuté avec la direction. Ils se sont questionnés sur cette méthode. On est allé visiter le collège en Ontario. J’ai eu la chance de voir les étudiants performer en simulation clinique et j’ai trouvé ça splendide. J’avais rarement vu les étudiants si mobilisés. Pour obtenir ce niveau d’activation, on doit être en stage dans un milieu clinique. »

Ivan L. Simoneau est parti en 2010 avec une série de quatre recherches consécutives, qui s’est conclue en 2019. Le CEREFS a été inauguré en 2014. « Ça s’est terminé en 2019 avec une recherche où on a étudié la simulation appliquée en réalité virtuelle au lieu d’avoir un mannequin simulateur haute-fidélité. On l’a faite avec les étudiants en soins critiques et préhospitaliers d’urgence », indique le passionné d’enseignement, qui a pris sa retraite à la fin du mois de juin dernier.

« La simulation par réalité virtuelle est très applicable avec les paramédics, car c’est très difficile de créer des environnements avec des voitures. Ça demande de scénariser les simulations cliniques », ajoute celui qui a complété une formation postdoctorale au Harvard Medical School.

Selon lui, cette simulation haute-fidélité amène une meilleure préparation clinique des jeunes. « C’est l’antichambre de la réalité. Ce sont des situations authentiques qui sont recréées le plus près possible de la réalité. On teinte l’environnement d’une sécurité pédagogique : il n’y a pas d’évaluation. On n’envoie pas un jeune dans un simulateur sans qu’il sache exactement ce qu’il va se passer. Il n’y a pas un scénario qui n’est pas fondé sur des éléments théoriques que l’étudiant connaît. Ces éléments sont revus dans une réunion avant que l’étudiant entre dans le simulateur. Il n’y a pas de surprise. »

« L’étudiant va là pour apprendre les incontournables, continue-t-il. Ça nous permet de nous assurer d’une formation qui touche des points incontournables de la pratique des soins infirmiers, de l’inhalothérapie, des paramédics, même des techniques policières. C’est incontournable pour les jeunes qui entrent sur le marché du travail. »

Le succès de cette méthode d’enseignement passe également par la réunion après la simulation, qui a été filmée. « On peut avoir accès à ce que l’étudiant pense, car on le fait réfléchir à voix haute. L’étudiant est actif. On rend visible sa pensée. Ce n’est plus sur une feuille de papier. On peut faire des retouches. Comme les groupes sont petits, l’intérêt est là. C’est cognitif, auditif et tactile et il y a de la réflexion », vulgarise le chercheur.

Maintenant, c’est toute la francophonie qui profite du fruit des recherches de M. Simoneau et de ses collègues. « Ça se répercute dans le réseau collégial. On voit chaque année des laboratoires émerger dans différents cégeps. On a beaucoup de collaborateurs dans la francophonie, comme en Belgique et en France. Beaucoup de collaborateurs viennent chercher de l’expertise ici et l’appliquent dans leur milieu », dit-il, mentionnant que beaucoup de travaux ont été faits en collaboration avec l’Université de Moncton.

M. Simoneau a remporté le prix Denise-Barbeau, décerné par l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS) à un chercheur de niveau collégial. Il a également reçu le prix Carrière remarquable du Cégep de Sherbrooke. « Être un Sherbrookois qui s’est investi dans son travail dans une institution de Sherbrooke, ça fait chaud au cœur. Ça permet de partir en paix à la retraite », résume-t-il.

REPÈRES

Ivan L. Simoneau a commencé sa carrière à Granby en 1989

Il a travaillé 28 ans au Cégep de Sherbrooke

M. Simoneau a pris sa retraite en juin 2019

Il est marié depuis 25 ans à Anne Rousseau et a un fils, Vincent-Louis.