Michel Auger et Pierre Meunier
Michel Auger et Pierre Meunier

Quand la complémentarité mène au succès

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
Ils se sont rencontrés sur le perron de l’église il y a 31 ans, le jour où Pierre Meunier unissait ses jours à ceux de la grande amie d’enfance de Michel Auger. Les deux hommes dans la vingtaine ne savaient pas, ce jour-là, que deux décennies plus tard, ils deviendraient partenaires d’affaires pour le meilleur et pour le pire. Un mariage professionnel heureux et fructueux qui dure depuis 2008.

« Notre recette magique, c’est notre complémentarité », lance d’emblée M. Auger.

« On n’est pas pareils. C’est ce qui fonctionne. Michel est cartésien, il est bon avec les chiffres. Il est terre à terre et capable de prendre les décisions difficiles sans être trop émotif. Je suis plus visionnaire, lunettes roses, je m’intéresse au développement », enchaîne M. Meunier.

« Alors pendant que Pierre est sur la route et vit pratiquement dans ses valises, je m’occupe à l’interne des aspects financiers et des ressources humaines », résume le vice-président de Rexfab.

« On a une bonne relation de confiance », ajoute le président.

Au fil des années, les amis avaient discuté à quelques reprises de se lancer en affaires ensemble. Michel Auger était propriétaire de commerces de détail depuis longtemps. Ingénieur et avocat, Pierre Meunier avait fait de nombreux contrats à l’étranger pour Bell international. Ils étaient mûrs pour un nouveau défi et le monde des PME manufacturières les intéressait.

« Chaque année, Lucie et Michel viennent passer une fin de semaine à notre chalet et c’est en février 2008, lors de ce rituel annuel, qu’on en a parlé plus sérieusement. Le lundi matin suivant, Michel me rappelait pour me parler de Rexfab qui était à vendre. Il avait vu les états financiers et trouvait que ça avait du sens. Le mardi, on se donnait rendez-vous pour discuter de tout cela. Le 1er juin, la transaction était faite. La vérification diligente, le financement, les avocats et l’offre d’achat étaient réglés », raconte M. Meunier.

Au cours des dix dernières années, Rexfab, expert en fabrication de systèmes de production automatisés et de manutention pour l’industrie de la boulangerie industrielle, est passé d’un chiffre d’affaires de 900 000 $ à 21 M$, d’une usine de 5000 pieds carrés à Brompton à une usine de 36 000 pieds carrés dans le parc industriel de Sherbrooke et d’une équipe de 7 à 80 employés. Pour atteindre ce taux de croissance, les actionnaires ont parfois dû ignorer les conseils de leurs banquiers, un risque « calculé » qui a été payant finalement.

« Il y avait beaucoup de potentiel chez Rexfab avec les individus qui étaient déjà en place. Et on a décidé de prendre le virage équipement pour aller chercher des parts de marché plus intéressantes et étendre géographiquement notre marché », mentionne M. Meunier.

« Maintenant, on part de la page blanche et on va jusqu’à l’installation chez le client », ajoute M. Auger, précisant qu’avant l’acquisition, Rexfab faisait uniquement des systèmes de convoyeurs.

« Et qui dit équipement dit développement d’équipement. On a vécu notre lot de difficultés, car on n’était pas habitués. Mais la persévérance et le talent brut des employés ont fait en sorte qu’on est passés au travers », souligne M. Meunier.

Les partenaires d’affaires complètent les phrases un de l’autre.

« On se parle au téléphone quatre ou cinq fois par jour et on réussit à s’entendre en quelques minutes. Sinon, on aborde souvent le même problème de deux angles différents, mais on rentre dans le bureau et quand on en ressort, on a une décision commune », révèle le visionnaire.

« On laisse nos égos de côté. Il n’y a pas de gagnant ni de perdant », ajoute son complice.

« Ça ne veut pas dire qu’on a pris juste des bonnes décisions, mais on a toujours été solidaires de nos décisions », résument-ils.

En 2008, les clients de l’entreprise étaient au Québec. Aujourd’hui, ils proviennent de l’ensemble du Canada et des États-Unis, où 50 pour cent des revenus sont générés. La liste de clients comprend des noms comme Grupo Bimbo, qui compte environ 200 usines dans le monde, Boulangeries Weston, Flowers Foods et, à Sherbrooke, Boulangerie Georges.

Pierre Meunier a racheté les actions de Michel Auger cet automne. Ils sont à consolider leurs acquis. Ensuite, ils mettront en route les prochaines phases de développement de l’entreprise. En pensant à la relève.

« On vient de compléter la phase 2 de notre plan. Le terrain qu’on a acquis en 2016 permet les agrandissements prévus dans les phases 3 et 4. On croit au marché et à nos produits. On n’a jamais autant soumissionné. Sur l’écran radar, c’est encore plein d’opportunités », concluent les deux hommes d’affaires en pensant à l’avenir avec le sourire.

Repères

Pierre Meunier, né le 29 octobre 1963, et Michel Auger, né le 24 octobre 1961, sont originaires de Sherbrooke
C’est grâce à leur femme respective, Lysanne Trudeau et Lucie Bolduc, deux amies du secondaire, qu’ils se rencontrent en 1989
En juin 2008, après 20 ans d’amitié, ils achètent l’entreprise Rexfab
En dix ans, le chiffre d’affaires est passé de 900 k$ à 21 M$
et le nombre d’employés de 7 à 80