Les recherches en cours du professeur-chercheur Stephen Cunnane pourraient très bientôt ouvrir la porte à un traitement alimentaire capable de ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer.

Percer les mystères du vieillissement du cerveau

Les recherches en cours du professeur-chercheur Stephen Cunnane pourraient très bientôt ouvrir la porte à un traitement alimentaire capable de ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer.

Les acides gras alimentaires ont toujours été le fil conducteur des recherches de Stephen Cunnane. Ce professeur-chercheur à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke (UdeS) et au Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie–CHUS est reconnu internationalement pour ses travaux entourant les cétones, des molécules « carburant » du cerveau fabriquées par le foie à partir de certains gras alimentaires. On les trouve, par exemple, en faible quantité dans l’huile de noix de coco ou dans certains suppléments nutritionnels.

Plusieurs universités sur son parcours

Né à Londres, Stephen Cunnane a pris le chemin du Québec avec ses parents alors qu’il était tout jeune. « C’était dans la grande foulée d’immigration de l’Angleterre vers le Canada à la fin de la Deuxième Guerre mondiale », se souvient-il.

C’était là le premier grand déménagement de celui qui allait devenir un véritable globe-trotteur au fur et à mesure que se sont présentées à lui les occasions universitaires.

En effet, à son arrivée au Canada, il a grandi dans la banlieue de Montréal. Puis il a découvert l’Estrie.

« J’ai fait mon baccalauréat à l’Université Bishop’s », se souvient-il.

Le professeur-chercheur a ensuite repris la route de Montréal pour son doctorat et de l’Europe pour ses postdoctorats. Puis, retour au Canada.

« Mon premier poste de professeur, je l’ai eu à Toronto, où j’ai habité pendant 17 ans », souligne le chercheur.

Vint ensuite une opportunité à la fois professionnelle et personnelle, celle de revenir au Québec – c’est en 2003 qu’il est devenu professeur au Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie–CHUS en plus d’enseigner à l’UdeS.

Travailler sur le vieillissement? Il ne s’y connaissait pas au début. « J’ai sauté sur l’occasion : je voulais savoir ce qui se passe dans le cerveau des personnes âgées », se souvient-il en riant.

Au fil des années, c’est entouré de son équipe que Stephen Cunnane a établi que les difficultés du cerveau à s’alimenter normalement lors du vieillissement sont spécifiquement liées à des difficultés à utiliser le glucose (une forme de sucre produit dans le corps), et que ce problème surgit très tôt dans la maladie d’Alzheimer.

« Nous avons besoin de nous alimenter pour survivre… En effet, notre cerveau a besoin d’énergie et de carburant pour se développer correctement. Ce que nous mangeons importe et les nutriments contenus dans notre alimentation doivent répondre aux demandes de notre cerveau. Le fonctionnement de notre cerveau dépense 20 % de notre énergie, alors qu’il ne représente que 2 % du poids corporel », ajoute-t-il.

« Un de nos projets en cours vise à confirmer l’efficacité d’un traitement alimentaire riche en cétones qui corrige le déficit énergétique du cerveau vieillissant pour ralentir les pertes de mémoire associées à la maladie d’Alzheimer, dès que celle-ci est détectée », dit Stephen Cunnane.

Ses travaux, au cours des 30 dernières années, ont également permis de comprendre l’importance des oméga-3 dans le développement et le vieillissement normal du cerveau.

Et l’avenir, comment le professeur l’envisage-t-il?

« Je continue de travailler, la pédale au plancher! On travaille fort, nos recherches sont prometteuses, c’est bien réel, c’est légitime, nous ne sommes pas seuls dans notre coin à travailler sur un projet pareil. C’est encourageant, il faut continuer. Je tiens à préciser : ce traitement ne sera pas un miracle, mais nos recherches pourront améliorer la situation des gens qui ont l’Alzheimer », se réjouit-il.

REPÈRES

Il vit dans une famille recomposée avec sa conjointe depuis 20 ans et ils ont quatre enfants et cinq petits-enfants;
Il a reçu la médaille Chevreul en novembre 2017, une prestigieuse reconnaissance attribuée en France;
Il a fait son doctorat en physiologie à l’Université McGill et des études postdoctorales à Aberdeen en Grande-Bretagne.