Claude Belleau, directeur général chez Estrie-Aide.

Partager son sac à dos

Claude Belleau aime bien utiliser l'image du sac à dos, celui dans lequel tout le monde transporte son histoire passée, ses grandes questions du moment, ses espoirs et ses angoisses pour l'avenir.
« Ici, tout le monde traîne son sac à dos, et on est là pour psychanalyser personne. On est là pour aider les gens, y compris nos employés à qui on permet de sortir de l'isolement, parfois même de la marginalité, en les incluant dans un effort collectif pour faire fonctionner une petite entreprise d'économie sociale. C'est un milieu qui fait une différence. La seule condition, c'est que tu en aies envie, que tu aies la volonté d'avancer avec ton sac à dos », explique le directeur général d'Estrie-Aide.
Son sac à dos à lui, Claude Belleau l'a d'abord ramassé à Danville d'où il est originaire avant de bifurquer vers Drummondville, puis vers Sherbrooke où la générosité des pères du Séminaire Saint-Charles-Borromée lui ouvre les portes de l'institution. C'est là que viendront le cueillir les dépisteurs de football et de basketball du College Champlain.
Le sport, c'est ce qui m'a tenu loin du trouble et m'a rapproché des études, confie celui qui s'est retrouvé
au camp des Alouettes pendant son parcours universitaire, en quête d'un poste de demi offensif. « On a vite compris que je n'avais pas le potentiel pour rivaliser avec les Américains qui débarquaient là, précise Claude Belleau. Mais la beauté de la chose, c'est qu'à ce moment-là, j'avais eu l'opportunité de développer de la discipline et le goût des études qui m'avaient toujours fait défaut. »
En alternant études et voyages, Claude Belleau complètera son premier cycle en sociologie et en politique à l'Université de Sherbrooke, puis des études de deuxième cycle à Ottawa en développement international. C'est là que s'est pointé le stage de fin d'études à l'ACDI qui allait le mener vers une carrière d'une vingtaine d'années à l'ONU, de la Côte d'Ivoire à l'Afghanistan, de l'Afrique de l'Ouest à l'Asie, de New York à l'Arménie, Belleau occupe diverses fonctions avant de se retrouver responsable du Bureau d'assistance à Genève. Après sept ans là-bas, sa femme Jacqueline et lui décident de revenir en Estrie avec les deux enfants.
« Ç'a l'air cucu, mais dès mon retour, je savais que je voulais redonner à ma communauté. Il n'était pas question de passer mes journées à jouer au golf », lance celui qui ira d'abord offrir quelques heures de bénévolat au Service d'aide aux Néo-Canadiens avant d'accepter de prendre la relève chez Estrie-Aide, non sans s'être fait tirer l'oreille un peu.
« Finalement, en regardant ça de plus près, j'ai vu tout le potentiel de l'affaire », lance celui qui a repris la direction générale de l'organisme de la Wellington Sud au tout début de 2013.
« J'avais travaillé au développement durable pendant une partie de mon mandat à New York, et ce qu'il y avait chez Estrie-Aide avait le potentiel d'aller dans ce sens-là. Il y avait la matière, il fallait penser autrement et créer l'opportunité pour réunir à la fois l'économie, le social et l'environnemental. J'ai fait un plan de match sur trois ans qu'on a pratiquement suivi à la semaine près. Tous les ingrédients étaient là. »
Le ménage fait, on s'est donné les moyens de revaloriser et de détourner un maximum des matières recueillies chez Estrie-Aide. On a aussi réajusté les prix afin de les garder abordables tout en assurant la pérennité de l'entreprise qui s'est ainsi affranchie des subventions gouvernementales. « On n'est pas à la merci des changements de gouvernements et de politiques », se réjouit Claude Belleau, qui doit tout de même composer avec la compétition commerciale.
« Mais on a créé un cercle vertueux en développant une petite entreprise d'économie sociale qui peut réinvestir dans ses infrastructures, soutenir d'autres organismes, et qui en plus fait maintenant travailler une cinquantaine de personnes. Et on aura beau dire, aller travailler, même au salaire minimum, c'est encore le meilleur moyen de sortir de la pauvreté. Il y a la satisfaction d'avoir un but et du travail accompli, mais il y a aussi la fierté d'être un créateur de richesse collective. On la ressent beaucoup chez Estrie-Aide, cette fierté-là. »
Repères
Né à Danville, a étudié à Sherbrooke et Ottawa;
A travaillé à l'ACDI puis à l'ONU;
Marié, père de deux enfants.