Après plus de 15 années à œuvrer bénévolement et à temps plein dans l’ombre, Denis Beaulieu est bien malgré lui projeté sous les feux de la rampe ce printemps.

Mettre en lumière la petite histoire

Après plus de 15 années à œuvrer bénévolement et à temps plein dans l’ombre, Denis Beaulieu est bien malgré lui projeté sous les feux de la rampe ce printemps.

Coup sur coup, il reçoit le Prix La Tribune de la Société d’histoire de Sherbrooke, le Mérite estrien, le Prix Renaud-Brochu de la Fédération québécoise des sociétés de généalogie du Québec et la Médaille d’argent du lieutenant-gouverneur du Québec.

Tous ces lauriers pour son engagement dans sa communauté et son apport exceptionnel à la conservation de l’histoire régionale.

« C’est mon cadeau pour mes 75 ans! » lance avec modestie le recherchiste, auteur de nombreux ouvrages et chroniques sur le patrimoine estrien.

« Ça me donne une tape dans le dos c’est sûr, même si je n’aime pas ça être en avant, reprend-il. Quant à moi, il faut faire le travail et tant que le travail est fait, c’est ça qui est intéressant. »

La feuille de route de Denis Beaulieu présente une longue liste d’engagements bénévoles, imbriqués dans son parcours de père de quatre enfants et dans sa deuxième carrière de recherchiste après une trentaine d’années comme agent de recherche et de planification socio-économique dans la fonction publique québécoise.

Mais sa mission première aujourd’hui, qu’il qualifie volontiers de folie, c’est de débusquer la petite histoire, celle qui se laisse trop facilement oublier dans la mémoire collective, pour en assurer la diffusion et la pérennité.

Et il le fait avec une assiduité peu commune, à raison de huit heures par jour, pratiquement sept jours par semaine depuis sa retraite en 2004, raconte-t-il.

C’est ainsi qu’il a pu recenser les index analytiques d’une cinquantaine de sociétés d’histoire et de généalogie de la province, rédiger bon nombre d’articles destinés à des revues de généalogie, publier quatre séries de chroniques hebdomadaires dans les pages de La Tribune entre 2010 et 2018, ainsi qu’une dizaine de livres, notamment sur les familles pionnières de l’Estrie, le Séminaire Saint-Charles-Borromée, les pères trappistes de La Patrie et la disparition du petit Michel Fontaine. Entre autres.

« Il y a des choses sur lesquelles j’ai écrit et que personne d’autre n’avait fait, explique-t-il. Je ne veux pas recopier ce que les historiens ont fait. J’aime bien mettre mon grain de sel sur des événements qui sont arrivés et dont personne n’a parlé. »

Après 15 années à ce rythme, Denis Beaulieu tente aujourd’hui de ralentir un peu. Quatre à cinq heures par jour pas plus, blague-t-il.

La Société de généalogie des Cantons-de-l’Est et le Sanctuaire de Beauvoir bénéficient encore de son enthousiasme pour la recherche et de son sens du devoir « pour que le travail se fasse ».

Sur sa table de travail, à court terme, la collaboration au 2e tome d’un livre sur les militaires estriens ainsi qu’un ouvrage – et une exposition peut-être – pour le 100e anniversaire de la petite chapelle du Sanctuaire de Beauvoir en 2020.

Il aimerait aussi pouvoir offrir davantage son soutien aux membres de la Société de généalogie qui souhaitent publier le fruit de leurs propres recherches. Comme une autre façon de s’impliquer dans la communauté et de multiplier les efforts pour conserver et diffuser le patrimoine estrien.

« Il y a bien d’autres choses que j’aimerais faire, confie-t-il, mais tout est une question de temps. »

Et la petite histoire continue de frapper à sa porte, assez fort pour ébranler ses résolutions de ralentir le rythme…

Depuis quelques semaines, il est ainsi reparti en quête, cette fois sur la trace des légendes estriennes.

Inspiré d’un numéro spécial de la Société d’histoire de la Gaspésie, il entend rassembler, ultimement pour en faire un livre, tous ces petits récits un brin mythiques qu’on se raconte dans les villages.

« Je vais faire le tour de toutes les sociétés d’histoire de la région, promet-il. C’est mon fun de faire la recherche et de sortir le matériel. »

Quitte à faire un peu de temps supplémentaire, monsieur Beaulieu? « Tant que j’ai un sujet à fouiller, c’est mon plaisir! »

REPÈRES

Né à Nanaimo en Colombie-Britannique, il a grandi à Magog et a étudié jusqu’à la maîtrise en économie des coopératives à l’Université de Sherbrooke.

Marié à Gabrielle Simard depuis 50 ans cette année, ils ont quatre enfants, sept petits-enfants et deux, bientôt trois, arrière-petits-enfants.

Récipiendaire du Prix Raymond-Lambert de la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est en 2009, 2010, 2011, 2012 et 2013.

Récipiendaire du prix littéraire Juge-Lemay de la Société Saint-Jean-Baptiste du Diocèse de Sherbrooke en 2012.

Récipiendaire de la médaille de reconnaissance de la Fédération québécoise des sociétés de généalogie en 2014.