Sophie Rochette, Maude Lizaire et Marie-Eve Boulanger

Lutter pour les femmes en physique

Pourquoi est-ce que les femmes s’intéressent moins aux sciences — et particulièrement à la physique — lorsque le temps est venu de choisir leur domaine d’études? C’est la question que se sont posée Sophie Rochette, Maude Lizaire et Marie-Eve Boulanger, toutes étudiantes en physique à l’Université de Sherbrooke. À quelques mois d’avis, elles ont donc décidé d’organiser la prestigieuse conférence annuelle Femme en physique Canada.

« Le problème, c’est la sous-représentation des femmes et d’autres minorités en physique, indique Sophie Rochette. La problématique, c’est que ce sont des emplois très stimulants, souvent très payants, mais peu de femmes y ont accès, malheureusement. On sait que la diversité en général augmente la réussite en recherche. Ça augmente la créativité, les idées et l’applicabilité des choses qui sont développées. »

« Il y a plusieurs préjugés, enchaîne Marie-Eve Boulanger. On entre dans le monde de la physique. Les gens disent que c’est difficile, que ce sont des mathématiques, qu’il y a beaucoup de garçons. Quand le choix de carrière arrive, on dit que la physique est difficile, donc la jeune femme ne va pas là-dedans. Pourtant, elles ont tout le potentiel pour réussir, mais peuvent être découragées même avant d’être entrées dans le programme. Après, les femmes réussissent à entrer, mais vivent des embûches. Elles cherchent des modèles. Plus tu montes, moins il en reste. Quand tu es la dernière, tu peux te poser la question “qu’est-ce que je fais ici?” »

La conférence

La conférence Femme en physique Canada existe depuis 2011 et n’avait jamais été présentée au Québec auparavant « C’était un concours. Il fallait créer notre dossier de candidature pour appliquer et pouvoir accueillir la conférence. On avait sept mois pour l’organiser. On n’a pas chômé! » assure Mme Boulanger en souriant. 

« C’est une conférence de grande envergure, renchérit Mme Lizaire. On avait un budget de 60 000 $ et 150 invités. Si on enlève le coût des inscriptions, on est allées chercher plus de 40 000 $ en six mois », dit-elle.

De plus, à mesure que l’événement approchait, plus les mentalités changeaient, une situation plaisante pour Maude Lizaire. « Au début, les gens appelaient ça “notre truc de filles”. On leur disait : non, l’événement national! On a eu de grosses pointures. Ça a permis de nous donner de la crédibilité », décrit-elle.

La tenue de la conférence Femme en physique Canada a été « extrêmement gratifiante » pour les trois femmes. « Les participants nous disaient que c’était la meilleure conférence et la moins chère à laquelle ils avaient assisté, affirme Mme Lizaire. Les conférencières venaient nous voir en nous disant que c’était un honneur de recevoir une aussi belle lettre d’invitation. Mais derrière chaque lettre, il y avait des heures de travail! Et on faisait tout ça en continuant nos maîtrises ou doctorat! » ajoute Marie-Eve Boulanger.

Des gens au département ont même eu une prise de conscience grâce à cette conférence « Et elle a fait du bien, commente Maude Lizaire. On a senti qu’au département, il y a le sentiment d’urgence qu’on peut ressentir. C’est sérieux. C’est plus simple pour le domaine de la physique en général que d’ouvrir ses yeux à cette question. »

Les hautes instances vont même demander conseil à ce trio. « Maintenant, la direction et les professeurs viennent nous chercher pour trouver des solutions. Le département et l’Université veulent agir. En ce moment, il y a une vague de changement. Ça fait du bien, c’est plaisant, mais il ne faut pas qu’elle s’essouffle », résume Sophie Rochette.

Repères

La conférence s’est déroulée du 17 au 20 juillet 2018 à Sherbrooke;
Les trois femmes estiment que seulement 30 % des chercheurs sont des femmes.;
Le trio s’est assuré que l’édition 2018 de Femme en physique Canada soit bilingue;
La prochaine édition de Femmes en physique Canada se tiendra à l’Université McGill;