Présidente et éditrice de La Tribune depuis 15 ans, Louise Boisvert s’apprête à dégarnir les murs de son bureau des photos rappelant son intense parcours professionnel et humain.

Louise Boisvert, l’intensité mur à mur

Louise Boisvert n’est plus qu’à quelques dodos de la retraite, des soupers entre amis qu’elle aura elle-même préparés et des moments en famille qu’elle souhaite multiplier. À la fin du mois, la présidente et éditrice de La Tribune et de La Voix de l’Est dénudera les murs de son bureau de la rue Roy, là où trônent nombre de photos de soirées de gala et de petits et grands moments de l’histoire familiale.

Des photos à l’image du parcours de la Sherbrookoise, originaire de l’arrondissement de Brompton, qui a toujours parallèlement mené de front sa vie familiale, sa carrière de gestionnaire et ses engagements nombreux au sein de sa communauté.

« Le bénévolat, la générosité, j’ai appris ça auprès de mes parents, je tiens ça d’eux, note Louise Boisvert. C’est eux aussi qui m’ont appris que l’engagement, ça ne peut jamais être l’affaire d’une seule personne. »

C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée au cœur de multiples conseils d’administration, campagnes de financement et de sensibilisation auprès de divers organismes, parmi lesquels la présidence du comité de construction de l’entrepôt de la Fondation Rock-Guertin en 2009, un projet de 1,2 M$ réalisé à coût zéro grâce à la contribution de 75 entreprises et 140 intervenants bénévoles.

En juin dernier, on reconnaissait d’ailleurs son engagement sur quatre décennies et sa présence de tous les instants dans sa communauté en lui décernant l’Ordre du Canada, la plus haute distinction civile au pays. Une reconnaissance dont Louise Boisvert s’était dite honorée. Je suis contente que l’on souligne ce qui se fait en région, hors des grands centres, à notre dimension à nous, tout en considérant que c’est aussi essentiel », notait alors celle qui a non seulement décidé d’œuvrer dans sa région, mais aussi principalement en misant sur les enfants et l’éducation, que ce soit via ses fonctions au Cégep de Sherbrooke ou de directrice générale de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, et même par le biais des médias, d’abord chez TVA, ensuite pendant quinze ans à La Tribune.

« J’ai toujours cru et je crois encore que l’éducation amène la liberté, donne des possibilités, insiste Louise Boisvert. Je le croyais lorsque j’étais en éducation, à la Commission scolaire entre autres, mais aussi pendant mes années dans le monde médiatique. La libre circulation de l’information, la qualité de l’information font aussi de l’éducation. Les médias sont le reflet de ce qui se passe dans la société. »

Une société qui évolue, mais dans laquelle les femmes perdent du terrain dans les sphères du pouvoir, souligne celle qui a œuvré comme gestionnaire depuis ses études en administration des affaires à l’Université de Sherbrooke.

« La jeune génération n’est pas nécessairement prête aux mêmes sacrifices, avance-t-elle. Les postes de pouvoir exigent une discipline incroyable, et pour les femmes, c’est une double tâche, même avec de l’aide à la maison. Je comprends qu’on choisisse de travailler à temps partiel, c’est aussi une option qui m’aurait tentée. Mais dans des postes de direction, c’est impossible. »

Et le pouvoir peut s’exercer de façon différente lorsqu’il se retrouve entre des mains féminines, a aussi pu constater Louise Boisvert au fil des années. « Moi, j’ai toujours cherché à m’en servir pour aider, pour faire de belles choses. J’ai toujours été partante pour aider, et ce, autant sur le terrain qu’à partir de mon bureau. »

Mais il est temps de quitter le bureau et de trouver un rythme de vie où les courriels ne seront pas gérés au petit matin, les dossiers épluchés avant que le soleil ne soit levé et les réunions inscrites dans un horaire serré jour après jour. Même la participation aux conseils d’administration et aux activités de financement se fera plus rare, pour un bon moment du moins.

« Je vais laisser le temps aller, profiter de la vie un peu, de mon petit monde surtout. Les petits-enfants grandissent, elles sont magnifiques, je veux passer du temps avec ma gang », lance la grand-mère de trois fillettes.

« C’est ce qui m’aura manqué le plus au fil du temps. Ça, et du temps pour moi. Mais je n’ai pas de réels regrets. J’ai fait la carrière que j’ai voulue, avec ma vision des choses axée sur la transparence et la vérité. Ça m’a toujours bien servie. Plus tu donnes de l’information, plus les gens l’apprécient et plus ils sont performants. L’honnêteté, c’est payant pour tout le monde, au travail comme dans l’engagement communautaire. »

REPÈRES

Louise Boisvert, présidente et éditrice de La Tribune et La Voix de l’Est
MBA en administration des affaires
Membre de l’Ordre du Canada
Mariée depuis 22 ans à Louis Côté
Famille de 4 enfants, 3 petits-enfants