Sylvain Guertin et Denis Fortier

Lorsque la faim justifie les moyens

MÉRITE ESTRIEN / S’il était encore de ce monde, Rock Guertin serait assurément fier de ce qu’est devenue la Fondation qui porte son nom et du rôle qu’elle joue dans la lutte contre la pauvreté. Et il y a fort à parier que le regretté fondateur serait tout aussi heureux de constater que, 10 ans après son départ, son fils Sylvain et son directeur général Denis Fortier ont su préserver le crédo de la Fondation voulant que « la faim justifie les moyens »…

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis le tout premier Panier de l’espoir, créé en 1982, alors que Rock Guertin animait une tribune téléphonique sur les ondes de CHLT 630. Depuis cet appel d’un auditeur en détresse, des milliers d’autres paniers ont été confectionnés et distribués, année après année, à des milliers de familles. Et des milliers d’autres le seront encore cette année à l’occasion de la grande distribution des Paniers de l’espoir.

Avocat civiliste à la tête de son propre cabinet, Sylvain Guertin n’a d’autre choix que d’évoquer le sort d’Obélix lorsqu’on lui demande de décrire son cheminement au sein de la Fondation. « Dans mon cas, c’est un peu ça. On peut dire que je suis comme tombé dedans quand j’étais petit, dit-il. À la maison, mon père en parlait tout le temps. Pour lui, le fait de savoir qu’une famille qui habite la même ville que lui n’a pas de quoi manger, c’était impensable. Il fallait qu’il fasse quelque chose… »

Au fil des ans, Sylvain Guertin s’est donc impliqué dans les activités de la Fondation, tout en poursuivant ses études en droit et sa carrière de juriste. Comme des centaines d’autres bénévoles, il a lui aussi mis l’épaule à la roue en participant notamment à la confection et à la distribution des paniers.

En avril 2008, lorsque le cancer a emporté le fondateur des Paniers de l’espoir, tous les yeux se sont naturellement tournés vers son fils, qui occupe encore aujourd’hui le poste de président de la Fondation Rock-Guertin.

Quelques semaines plus tard, c’était au tour de Denis Fortier de faire son entrée à titre de directeur général de la Fondation Rock-Guertin. Ancien employé de Shermag, il demeure à ce jour la seule personne à l’emploi de la Fondation. C’est à lui qu’est revenue la tâche de mettre en place une structure organisationnelle adéquate, permettant à la Fondation de poursuivre sa mission tout au long de l’année.    

« J’ai réalisé l’ampleur de la tâche qui m’attendait lorsque je suis rentré dans le bureau de M. Guertin le premier jour, se rappelle-t-il. À l’époque, le disque dur de la Fondation, c’est Rock qui l’avait amené avec lui… », précise-t-il, en référence aux nombreuses relations que le fondateur avait développées au fil des ans sans toutefois les documenter.      

Outre les traditionnels Paniers de l’espoir qui précèdent chaque année la fête de Noël, la Fondation Rock-Guertin offre aussi des paniers à deux autres moments charnières de l’année : à Pâques ainsi qu’à quelques semaines de la rentrée scolaire.

Sans tambour ni trompette, la Fondation Rock-Guertin tient aussi discrètement chaque année, au sous-sol de la cathédrale, un repas réservé aux personnes itinérantes, sans parler des nombreuses demandes de dépannages ponctuelles et individuelles qu’elle reçoit de divers organismes.

« Les dépannages ponctuels, c’est un peu ce qui est à la base du premier Panier de l’espoir, rappelle Denis Fortier. Ça permet de répondre à des gens qui traversent une période difficile, de façon temporaire. Personne n’est à l’abri d’une perte d’emploi ou d’être frappé par la maladie », ajoute-t-il en parlant des quelque 250 dépannages qu’offre la Fondation.  

En ce qui concerne les Paniers de l’espoir, ce sont plus de 13 000 boîtes de nourritures qui seront livrées cette année à quelque 2250 familles, parmi lesquelles on retrouve 3000 enfants. Chaque panier est d’une valeur de 300 $.

« Pendant un bon bout de temps, mon implication auprès de cette œuvre-là, je l’ai fait à la mémoire de mon père », soutient encore aujourd’hui Sylvain Guertin.

Environ une décennie après le décès de Rock Guertin, l’objectif est le même : nourrir les Sherbrookois dans le besoin.

Bon an mal an depuis 35 ans, plus d’une quarantaine d’entreprises continuent de s’associer à l’œuvre des Paniers de l’espoir, indique Denis Fortier. « On est chanceux d’avoir des partenaires aussi généreux, souligne Denis Fortier. La plupart des entreprises nous prêtent leurs véhicules, fournissent des bénévoles et nous aident à faire des livraisons. »

Au total, c’est 1,2 million de dollars de nourriture que la Fondation Rock-Guertin distribue chaque année grâce aux dons qu’elle reçoit et aux campagnes de souscription qu’elle mène tout au long de l’année.    

« Je pense que tant et aussi longtemps que la générosité des gens sera au rendez-vous, il faudra que la Fondation soit là pour répondre aux multiples facettes de la pauvreté, dit Sylvain Guertin. L’appui qu’on reçoit de la part de nos donateurs, de nos bénévoles, année après année, est tellement important que c’est ce qui nous anime et c’est ce qui va toujours nous amener à vouloir nous dépasser dans l’avenir. »