Pierre Blouin continue d’accorder plus de 400 pianos par année.

Les pianos, depuis 120 ans

Peu d’entreprises sherbrookoises peuvent se vanter d’être toujours en affaires depuis bientôt 120 ans. C’est le cas de Pianos Blouin. Fondée en 1898 par Arthur Blouin, l’entreprise est aujourd’hui entre les mains de son petit-fils Pierre et de ses deux arrière-petits-enfants Manon et Benoit.

L’entreprise qui a vu le jour au coin des rues King et Bowen a longtemps eu pignon sur rue sur la rue Wellington Nord avant d’aménager sur King Ouest, où l’on vend, accorde, répare et reconditionne encore aujourd’hui pianos et claviers de toutes sortes.

Mais pour de nombreux Sherbrookois de souche, le nom de Blouin est d’abord et avant tout associé à la fabrication de pianos.

En effet, pendant près de 30 ans, entre 1949 et 1974, plus de 650 pianos ont été fabriqués dans l’atelier que possédait Robert Blouin (père de Pierre) et dont on retrouve encore plusieurs exemplaires un peu partout au Québec et dans le reste du Canada.

La notoriété des pianos Blouin a atteint des sommets dans les années 1950 et 1960 lorsque Pierre Blouin eut l’idée de fabriquer des pianos de 76 notes au lieu des 88 habituelles.

« Mon père a eu cette idée lorsqu’il a constaté que les enfants issus de grosses familles ont commencé à quitter la maison pour former leur propre famille, explique Pierre Blouin. En quittant la maison familiale, les enfants et les parents se retrouvaient la plupart du temps dans des maisons plus petites, dans lesquelles il n’y avait pas de place pour un gros piano de 88 notes. Avec un piano à 76 notes, ces familles pouvaient continuer la tradition d’avoir un piano et d’avoir du bon temps, comme on disait à l’époque », relate Pierre Blouin, qui représente la troisième génération de Blouin à œuvrer dans l’entreprise fondée par son grand-père.

Puis, la mondialisation des marchés et la guerre féroce que se livrent à l’époque les géants du piano tels Baldwin, aux États-Unis, et Yamaha, au Japon, ont tôt fait de briser les reins des petits fabricants un peu partout dans le monde. Tant et si bien qu’en 1980, le Chœur Héritage de Sherbrooke fera l’acquisition du dernier Blouin, de type conservatoire.

Bien qu’il ne se fabrique plus de pianos Blouin depuis belle lurette, la passion pour cet instrument est toujours aussi présente au sein de la famille.

À 82 ans « et demi », Pierre Blouin se présente comme le digne héritier du savoir-faire que lui ont transmis son père et son grand-père. À un âge où plusieurs ont pris leur retraite depuis des lustres, Pierre Blouin continue d’accorder plus de 400 pianos par année.

Ce savoir-faire et cette passion pour ce noble instrument s’expriment aussi chez ses deux enfants : Manon, elle-même musicienne, et Benoit, pour qui les multiples mécanismes d’un piano n’ont plus aucun secret.

« Chaque piano a sa propre personnalité, explique Manon Blouin. Pour en tirer son plein potentiel, il faut que tu apprennes à le connaître. C’est un instrument vivant. Il faut que tu l’aimes, comme si c’était ton chum », illustre-t-elle.

Repères:

  • Pierre, Manon et Benoit Blouin sont de la 3e et 4e générations de pianos Blouin
  • L’entreprise a été fondée à Sherbrooke, en 1898
  • A fabriqué à Sherbrooke plus de 650 pianos entre 1949 et 1974
  • A toujours pignon sur la rue King Ouest
  • On retrouve des pianos Blouin un peu partout au Canada