Sylvain Lévesque

L’école pour apprendre sur soi-même

C’est le monde à l’envers dans la classe de Sylvain Lévesque, à l’école Hamelin de Wotton. Alors que la technologie est utilisée pour tout sauf se distraire, et que ce sont les élèves qui assimilent la matière à la maison avant de l’expliquer au professeur, ce sur quoi on apprend le plus, c’est sur soi-même.

Le cursus des élèves de cinquième et de sixième année de M. Lévesque est rempli de projets : livres, vidéoclips, films, capsules d’apprentissages, culture de maïs-bénéfice... Tout ça dans le cadre d’une classe « semi-inversée », et bien ancrée dans sa communauté. La clé? « Une énergie contagieuse et beaucoup de flexibilité », explique l’enseignant de 44 ans, qui a toujours eu de grandes ambitions pour ses élèves.

Grâce à son approche qui « mise sur les forces », il a vu des élèves se découvrir une vocation pour le jeu ou la littérature : l’une a même fait parvenir un manuscrit à une maison d’édition.

« Le but, c’est toujours d’éveiller les passions, dit-il. Un enfant qui termine son primaire avec moi, il devrait en savoir beaucoup plus sur lui et sur la vraie vie. En apprenant aux jeunes à mieux se connaître, j’ai moi-même appris à le faire. J’ai appris que j’étais une personne émotive, par exemple, mais je crois que c’est une bonne chose pour les élèves de voir qu’un adulte peut l’être. J’ai aussi appris à travailler en équipe et à faire confiance. On s’enrichit de mieux s’entourer. »

Et comme si la tâche de mobiliser une vingtaine d’enfants n’était pas déjà assez grande, l’enseignant n’hésite pas à entraîner le reste de l’école dans ses entreprises. Par exemple, l’événement Wotton en lumières, qui a remporté le Prix pédagogique de reconnaissance en lecture du Ministère en 2019, a été propulsé grâce à l’implication de plusieurs classes pour la création des décors, pour la conception du récit et pour l’organisation complète de cette balade thématique.

Cette année, M. Lévesque fera passer sa passion pour les projets et les caméras à un niveau supérieur. Grâce à lui se tiendra le 29 mai prochain le tout premier Festival de cinéma jeunesse de la MRC des Sources, une compétition devant jury durant laquelle seront présentés neuf projets cinématographiques issus de quatre écoles de la région. Nul besoin de préciser qu’à l’école Hamelin, chaque classe déposera son projet.

Passion et vocation

M. Lévesque a découvert l’enseignement comme vocation vers l’âge de 16 ans, alors qu’il entraînait des équipes sportives. « J’ai réalisé que je pouvais être très créatif malgré les contraintes, et je me suis épanoui rapidement là-dedans », se souvient-il.

Il a obtenu son diplôme de l’Université du Québec à Chicoutimi en 2000, alors qu’il avait déjà développé un intérêt pour l’informatique, une compétence qui lui sert maintenant grandement pour le montage et la mise en ligne des plus de 100 vidéos produites pour ou par sa classe.

Dès son arrivée à l’école Hamelin en 2016, après avoir déjà passé 14 ans dans la Commission scolaire des Sommets, M. Lévesque a voulu faire souffler un vent de renouveau sur cette école.

Appuyé par une direction ouverte d’esprit, il a notamment introduit la lutte wottonnaise dans la cour d’école, une forme de lutte sécuritaire inspirée de la lutte suisse et dont la pratique est permise en hiver. « Déjà plusieurs écoles à travers le Québec m’ont demandé les documents et l’ont implantée chez elles! » se réjouit M. Lévesque, qui a également fabriqué des cibles à balles de neige pour l’extérieur.

Son grand chef-d’œuvre demeure toutefois l’aménagement d’un studio d’enregistrement vidéo, baptisé « Agri-Techno » par les élèves : un hommage au caractère rural de leur ville, croisé avec une ode aux possibilités créatives qu’offre la technologie.

« Avec mon collègue Francis Blais Vigneux, on a fait tout un ménage! On a sorti des affaires des 1977! » témoigne M. Lévesque, en direct de la salle qui comporte de multiples outils d’éclairage et un grand mur vert.

Fusion de ses passions, la méthode de la classe inversée avait fait son apparition dans l’approche d’enseignement de M. Lévesque quelques années auparavant, en 2012. Un déclic qui lui a offert une toute nouvelle source de motivation après une période personnelle assez sombre, confie-t-il.

« Mais je suis rendu à la classe “semi-inversée”, nuance-t-il. C’est-à-dire que je fais réellement un retour avec les élèves après, alors que la classe inversée consiste seulement à préparer des vidéos qu’ils écoutent et retranscrivent à la maison, puis à poser quelques questions le lendemain. Ç’a beaucoup d’impact sur la motivation, et ça permet d’avoir du temps pour greffer des projets à travers ça. »

Afin de faire monter l’implication de ses élèves d’un cran, M. Lévesque leur donne même la mission de produire des capsules d’apprentissage qui serviront pour les prochaines cohortes d’écoliers.

Repères

Originaire de la Côte-Nord;
Père d’un garçon de 20 ans;
Enseignant en 5e et 6e année à l’école Hamelin de Wotton depuis 2016;
Porteur de nombreux projets scolaires depuis son arrivée à l’école, dont deux primés par le Ministère;
Derrière le Festival de cinéma jeunesse de la MRC des Sources.