Lorsqu’elle discute de son établissement, Annie Faucher ne parle jamais de chiffres. Toujours des gens.

Le service d’une vie

Fille d’agriculteur, elle a grandi sur la 112 à Weedon, un village où on se serre les coudes. À cinq ans, on lui demande de chanter en solo à la messe de minuit. Elle accepte sans hésiter. Ce n’est pas d’hier qu’elle aime les défis. Quelques années plus tard, elle est cheftaine de son groupe de Jeannettes et enregistre les meilleures ventes de fleurs sur le perron de l’église. Elle a déjà du leadership et le sens des affaires.

De son enfance, Annie Faucher a su conserver les valeurs et les aptitudes acquises. Sherbrookoise d’adoption, elle a aussi su transposer l’esprit de village solidaire au centre-ville de Sherbrooke, son milieu de travail depuis plus de 25 ans.

« À 14 ans, M. Rousseau m’a offert ma première job. J’étais cuisinière et serveuse à la cantine du camping Beau-Soleil. C’est lui qui m’a appris à travailler. C’est grâce à lui que je fais ce que je fais aujourd’hui. J’ai vite découvert que servir les gens, j’adorais ça. Établir un contact avec les clients, apprendre à connaître leurs besoins, les entourer et échanger. J’ai eu une révélation. Je voulais être au service des gens, vivre dans le public », explique la verbomotrice.

Lorsqu’elle déménage à Sherbrooke pour poursuivre ses études, à 18 ans, elle travaille comme cuisinière et serveuse à La Petite Bouffe, au 28 Wellington Sud. C’est le début d’une longue histoire d’amour, car c’est à cette adresse qu’elle rencontre Charles Gauthier, l’homme de sa vie avec qui elle tient les rênes du Liverpool depuis 25 ans. Toujours au 28 Wellington Sud.

Lorsqu’elle discute de son établissement, Annie Faucher ne parle jamais de chiffres. Toujours des gens.

« Mes employés, je les traite comme je traite les membres de ma famille dans mon foyer. Et je dis toujours à mes employés que je souhaite que les clients se sentent comme de la visite qu’on accueillerait chez nous un samedi soir. C’est pour ça que j’ai été à l’accueil pendant deux décennies », souligne l’oiseau de nuit qui avoue d’elle-même être hyperactive.

« C’est certain qu’on doit être de bons gestionnaires. Sinon, on ne serait plus ici. Mais ce sont les gens qui me donnent mon énergie, pas le chiffre d’affaires. »

L’accueil et la diversité de sa clientèle expliquent le succès et la longévité du Liverpool. « Notre clientèle a entre 18 et 60 ans et elle vient à différentes heures du jour dépendamment de son horaire et de l’ambiance qu’elle cherche. Et on prend soin de nos gens, qu’ils aient 18 ans avec des calottes ou 60 ans avec des cravates », souligne la tenancière.

Annie Faucher carbure tellement au contact du public que même lorsqu’elle a combattu (et battu) un cancer en 2013-2014, elle n’a pas cessé de travailler. « C’était ma planche de salut. Et je ne voulais pas que l’équipe se sente abandonnée, même si le leader était à genoux. »

Le sens de l’engagement coule dans ses veines. « J’ai été habituée de voir mes parents travailler fort et s’impliquer dans leur communauté. Mon père a été conseiller municipal pendant 15 ans, ma mère a été présidente des loisirs et aussi dans le Club Lions, le Cercle des fermières en plus d’être gérante d’épicerie pendant 35 ans. »

« Aussi, grandir dans un petit milieu où les gens doivent s’impliquer pour avoir une vie communautaire, je pense que ça donne une bonne base pour développer l’altruisme et le sens de la collaboration », note celle qui a été membre d’à peu près tous les comités qui touchent le centre-ville.

« Quand le cœur d’une ville ne bat pas, comment veux-tu que la ville soit oxygénée. La Well, c’est plus d’une artère commerciale. »

Outre M. Rousseau, Annie Faucher nomme deux autres mentors qui ont influencé sa trajectoire. Son directeur d’harmonie, le musicien Serge Poirier, qui lui a appris qu’en jouant « tous ensemble, on pouvait atteindre tous les sommets », et l’ancien conseiller Serge Paquin, qui lui a appris à se faire confiance et lui a transmis son amour du centre-ville.

Se sentir utile. Faire avancer les choses. Repousser les limites. Ce sont les objectifs de la femme d’affaires qui aimerait bien dans les prochaines années amener son engagement ailleurs.

« Je me fais souvent dire que je suis une source de réconfort et j’aimerais rassurer des gens qui en ont besoin en faisant du bénévolat dans les hôpitaux, à Aube-Lumière, à la Coop funéraire. Je veux aussi continuer à aider au développement économique de ma ville, mon secteur, le centre-ville. Je n’élimine pas la possibilité de présenter ma candidature aux prochaines élections municipales », lance celle qui craint ne pas avoir d’une vie pour réaliser tous les projets qu’elle a en tête.

Repères

Originaire de Weedon, Annie Faucher est née le 7 janvier 1970

Mariée à Charles Gauthier depuis 29 ans, elle a deux fils, Louis et Alex

Bachelière en Histoire de l’Université de Sherbrooke
Gestionnaire puis copropriétaire du Liverpool depuis 25 ans

Surnommée la Mère Teresa de la Well, Annie Faucher est de tous les comités qui touchent à la vitalité du centre-ville