Véronique Grenier

Le don de voir le monde

Véronique Grenier a le don de voir les trous dans l’existence. De les voir et de chercher à les remplir, et ce, depuis qu’elle est toute petite. Et elle le fait entre autres avec les mots.

« Très jeune, j’ai pris conscience du pouvoir rassembleur et apaisant des mots. Et j’ai voulu l’utiliser », note celle qui, aujourd’hui, utilise la puissance des mots pour enseigner la philosophie au Cégep de Sherbrooke, signer des chroniques dans diverses publications, alimenter son blogue Les p’tits pis moé et se livrer dans ses deux bouquins, le recueil de poésie Chenous paru en 2017 et le récit Hiroshimoi publié en 2016. La prolifique auteure a aussi eu l’opportunité de mettre et de livrer des mots sur l’exposition Le temps file, présentée au Musée national des beaux-arts du Québec en 2017.

Enfant, Véronique Grenier était tranquille, mais aussi curieuse et entreprenante. « Mes parents disaient que j’étais le genre d’enfant qui se punissait toute seule si je faisais quelque chose de pas correct. J’étais aussi passionnée par plein de trucs. J’aimais lire, j’aimais déjà écrire. J’avais toujours de grands projets. Je me rappelle de vouloir, au primaire, faire des collectes de fonds pour telle ou telle cause », se souvient l’enfant unique, qui a toujours été sensible à tout se qui se passe dans le monde.

« Je me souviens d’avoir vu le mur de Berlin tomber à la télévision en noir et blanc dans la cuisine chez mes parents. J’étais triste de la famine en Afrique. Les questions fondamentales me fatiguaient, la question du mal me fatiguait. Dans mes journaux intimes d’enfant de 8 ou 9 ans, je réfléchis au concept de la guerre et de l’amour. J’ai lu Camus à 12 ou 13 ans », explique celle qui philosophait bien avant d’obtenir son baccalauréat en la matière à l’Université de Sherbrooke.

Et Véronique Grenier ne fait pas que réfléchir. « J’essaie d’incarner mes idéaux. Je suis dans la rue quand c’est le temps, j’écris quand c’est le temps », mentionne celle qui a été, en 2017, la première femme à remporter le prix Jean-Claude-Simard, une récompense octroyée par la société de philosophie du Québec.

« Je me dirigeais vers des études en droit. Mais toutes sortes de raisons m’ont amenée à la philosophie. Je l’ai finalement choisie et ç’a été la meilleure décision de ma vie. L’enseigner est un privilège. J’aime l’idée d’avoir un bagage théorique qui me permet de mieux agir dans la pratique. La philo, ce n’est pas des nuages tout le temps. C’est une prise sur le monde. À partir du moment où tu as une compréhension des mécanismes de l’argumentation, de la rhétorique et des prises de décisions, tu es capable de revenir dans l’action », croit celle qui a fait partie de son premier conseil d’administration en sixième année et qui a, à 13 ans, contribué à la création de la maison des jeunes à Magog.

Adulte, les trois chevaux de bataille de la philosophe sont la santé mentale, les inégalités sociales et économiques et tout ce qui touche le droit des femmes.

« Je fais de la sensibilisation sur la santé mentale en m’exposant, souligne celle qui n’hésite pas à prendre la parole ou écrire sur ses troubles anxieux ou sa bipolarité. Ma conviction première est qu’il faut que les tabous crissent le camp. »

Pour se battre à sa façon contre la pauvreté et sensibiliser les étudiants à la cause, l’enseignante a instigué il y a cinq ans, avec des collègues, la Guignolée des cégeps. Elle a aussi fait du bénévolat pour Moisson Estrie avec ses p’tits tout l’été à raison de 3 heures par semaine.

En ce qui a trait aux droits des femmes, Véronique Grenier a notamment été l’une des porte-parole de la campagne nationale Sans oui, c’est non contre les violences à caractère sexuel. Elle a aussi été impliquée auprès d’organismes dont Arrimage Estrie, les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) et le Conseil du statut de la femme.

Chaque questionnement l’amène à une nouvelle lecture. Qui l’amène à de nouvelles questions. « J’ai toujours eu un plaisir à apprendre des choses, faire des liens. Et plus j’apprends, plus ça me permet de voir les trous et de trouver des solutions pour les remplir. J’y reviens, mais j’ai une intolérance viscérale à ces trous dans le monde. C’est la même chose pour toutes les injustices. J’ai toujours été celle qui levait la main, se fâchait et dénonçait. »

Sa plus grande fierté à ce jour, ce sont ses enfants, même si ça fait « cucul » à dire. « Ce sont de bons humains et j’aime l’autre regard qu’il m’ont permis d’avoir sur le monde. C’est aussi pour eux que je tente de boucher les trous. »

REPÈRES

Née le 22 octobre 1981, Véronique Grenier est originaire de Magog.

Enseignante en philosophie, auteure, chroniqueuse, militante, elle est aussi  mère de deux enfants.

Lauréate du prix Jean-Claude-Simard 2017 et récipiendaire du prix Coup de cœur du Conseil de la culture de l’Estrie en 2015.