La ténacité du métier

Steve Bergeron
Steve Bergeron
La Tribune
MÉRITE ESTRIEN / Pendant quatre ans, il a été le Simon Phaneuf de la comédie Lâcher prise, un rôle qui lui a donné une visibilité qu’il n’avait encore jamais connue. Mais Jean-Moïse Martin n’a pas oublié d’où il vient : Sherbrooke en général, et les ateliers du Théâtre du Double Signe (TDS) en particulier.

« J’ai eu une vocation tardive. Je n’ai pas fait de théâtre au secondaire. J’avais 19 ans quand je me suis inscrit aux ateliers du Double Signe. Le mien était dirigé par Lilie Bergeron et ça a été une révélation », mentionne l’acteur, qui était d’ailleurs de la distribution de la pièce Minuit, présentée par le Double Signe en novembre 2017. Auparavant, il avait joué dans Mustang et Ce qu’on enterre, deux productions des défunts Turcs gobeurs d’opium. 

« J’essaie le plus possible de venir aux premières de théâtre sherbrookoises. Je trouve ça important. J’aime beaucoup le travail d’André Gélineau [directeur artistique du TDS, auparavant des Turcs] et je souhaite le voir rayonner davantage en dehors de Sherbrooke. J’apprécie aussi ce que fait Érika Tremblay-Roy au Petit Théâtre de Sherbrooke. Je rêve que cette ville devienne un lieu de création encore plus important. Et je sens que c’est encore ma gang. » 

C’est d’ailleurs à force de se faire dire par sa gang de tenter sa chance dans les écoles de théâtre (il s’est cherché pendant quelques années après son secondaire) que Jean-Moïse Martin a essayé. Quand il a appris qu’il figurait dans la douzaine d’étudiants retenus à l’École nationale de théâtre parmi environ 600 demandes, il a fondu en larmes, comme s’il venait de trouver sa voie. 

Depuis peu, le comédien de 42 ans a aussi commencé à redonner, en devenant coach auprès des jeunes aspirants acteurs.

« Et-j’ai-a-do-ré-ça, dit-il en détachant bien les syllabes. Quand j’ai vu comment les jeunes étaient allumés, j’ai réalisé que j’étais prêt à partager des choses et que j’en avais vraiment envie. Je m’écoutais parler aux étudiants et c’était comme si je retrouvais une boîte à outils que j’avais oubliée, des notions qu’on finit par tenir pour acquises comme acteur. Bref, je crois avoir trouvé un nouveau filon en enseignement. »

Sous l’aile de Denoncourt

Il faut dire que Jean-Moïse Martin a été tenace : il lui a fallu huit bonnes années pour véritablement vivre de son métier. C’est Serge Denoncourt qui l’a pris finalement sous son aile, en plus de le marquer par son talent de rassembleur.

« C’est lui aussi qui m’a dit qu’un acteur, c’était un sportif. Il faut être en forme autant dans son corps que dans sa tête », cite-t-il quand on lui parle des épiques bagarres de Simon Phaneuf avec ses deux frères (Emmanuel Schwartz et Mathieu Quesnel) dans Lâcher prise. 

« L’auteure Isabelle Langlois nous avait surnommés ses trois grands danois, raconte-t-il. C’est ce j’ai aimé de Lâcher prise : il y avait des moments de farce pure et d’autres très intelligents et très touchants. J’ai eu un petit deuil quand ça s’est arrêté — c’est probablement ma plus belle expérience de jeu à 

vie —, mais je reste un hyperactif qui ne déteste pas de passer d’un projet à un autre. »

Ce qui ne l’empêche pas d’avoir ses moments de doute. « Je pense que je me demande pourquoi je fais ce métier-là tous les jours de ma vie, avoue-t-il. Ici, on sent qu’il faut encore se battre pour défendre l’importance des acteurs, contrairement à la France, par exemple, où la culture du théâtre est très forte. Ce n’est pas qu’une passion : c’est un travail, celui de partager une histoire, de faire vivre des émotions aux gens, de les aider à s’y reconnaître. »


Repères

  • Né en 1978.
  • Deuxième d’une famille de trois enfants; il a une sœur aînée et une sœur cadette. 
  • Son père était vétérinaire et sa mère s’est surtout occupée du foyer.
  • A fréquenté l’école primaire Marie-Reine, le Séminaire Salésien et l’école Montcalm.
  • Diplômé de l’École nationale de théâtre en 2006.
  • A joué dans une vingtaine de pièces de théâtre, dont La mort d’un commis voyageur (Rideau vert), L’orangeraie (Théâtre Denise-Pelletier), Roméo et Juliette, Cyrano de Bergerac et Les trois mousquetaires (Juste pour rire et TNM).
  • A joué dans une quinzaine de fictions télé, dont Cerebrum, District 31, Blue Moon, Victor Lessard et Les beaux malaises. 
  • A interprété Simon Phaneuf de 2017 à 2020 dans la comédie Lâcher prise, ce qui lui a valu une nomination pour un Gémeaux en 2017, catégorie Meilleure interprétation masculine dans un rôle de soutien.