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La science, vecteur de changements

Alain Goupil
Alain Goupil
La Tribune
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Les technologies quantiques sont appelées à révolutionner plusieurs aspects de notre vie quotidienne. Tous les scientifiques impliqués dans ce domaine travaillent à réaliser le fameux ordinateur quantique capable de mettre au point de nouveaux matériaux, d’améliorer la force des médicaments, d’accélérer les progrès de l’intelligence artificielle et de répondre à de nombreuses questions fondamentales à propos de l’univers.

Parmi tous ces scientifiques qui œuvrent vers cet objectif commun se trouve un chercheur et professeur du département de physique de la faculté des sciences de l’Université de Sherbrooke. Son nom : Michel Pioro-Ladrière.

Directeur adjoint de l’Institut quantique de l’UdeS, Pr Pioro-Ladrière est un expert en technologies de spin qubits. Après avoir obtenu son doctorat en physique expérimentale de l’Université de Sherbrooke (2005), il a été accueilli comme boursier postdoctoral à l’Agence japonaise de la science et de la technologie de 2005 à 2009, où il a été le pionnier d’une approche micro-aimant pour réaliser des rotations de spin unique efficaces. Cette approche est maintenant utilisée dans le monde entier dans la recherche sur le traitement de l’information quantique basée sur la spin. 

Depuis son retour à Sherbrooke en 2009, il a notamment travaillé en collaboration avec l’Institut canadien de recherches avancées pour lancer le premier programme de recherche au Canada qui utilise les composants trouvés dans les micropuces d’aujourd’hui pour créer un ordinateur quantique. Des géants de l’informatique tels qu’Intel et IBM utilisent aujourd’hui les résultats de ses recherches.

Plus globalement, le Pr Pioro-Ladrière s’est fixé comme objectif de « contribuer à créer un écosystème pour accélérer le développement des technologies quantiques. »

En ce sens, il a été l’architecte de plusieurs demandes de subventions stratégiques pour l’UdeS, incluant la subvention Apogée (33,5 M$ sur 7 ans), l’une des plus importantes de l’Université de Sherbrooke, et qui a mené à la création de l’Institut quantique, qui aura pignon sur rue à la fin de l’été.

Parallèlement à ses travaux, il a rédigé plus de 70 articles qui ont paru dans plusieurs revues scientifiques de renommée internationale, dont Nature, Nature Physics et Physical Review Letters. 

Pour l’article publié dans Nature, son équipe de recherche de l’Université de Sherbrooke s’est associée à un groupe australien de l’Université New South Wales pour réaliser un calcul quantique à des températures cent fois plus élevées que les réalisations précédentes. Cette découverte pourrait faciliter le développement des futures générations d’ordinateurs quantiques. 

À terme, elle permettra de profiter du savoir-faire de la microélectronique pour voir émerger les pleines fonctionnalités des ordinateurs quantiques par la mise au point de circuits hautement intégrés. Ce tour de force a été rendu possible par la mise en commun de deux technologies quantiques, soit les micro aimants développés à Sherbrooke et les puces à base de silicium purifié fabriqué en Australie.

Cet article a fait partie des dix découvertes de l’année, selon Québec Science.

Le jury, composé de scientifiques et journalistes, a déclaré que « cette prouesse technique époustouflante nous rapproche un peu plus de l’avènement de l’ordinateur quantique, qui promet de révolutionner notre monde. » 

Au même moment, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et l’UK Research and Innovation (UKRI) reconnaissaient l’expertise du chercheur et de ses collaborateurs dans le déploiement industriel des technologies quantiques. Cette reconnaissance s’est traduite par la création d’un consortium qui permettra à de jeunes pousses établies à Sherbrooke de poursuivre le développement de produits de pointe et de composantes de base pour les capteurs quantiques et le futur ordinateur quantique. 

L’avenir est à la collaboration

 Michel Pioro-Ladrière dit accorder une grande importance à la collaboration avec d’autres groupes de recherche pour accélérer les découvertes dans son domaine.

« Je crois beaucoup à l’idée que le rôle de la science est d’apporter un bénéfice à la société. Si on veut maximiser l’impact de la science sur la société, il faut aussi changer nos façons de faire de la recherche. L’article dans Québec Science en est un bon exemple, dit-il. Cet article-là a été écrit en collaboration avec deux groupes de recherche expérimental qui, normalement, seraient en compétition. Or, plutôt que de compétitionner l’une contre l’autre, on a décidé de collaborer pour aller encore plus loin et plus vite. »

Selon lui, la science se doit d’être plus collaborative et plus inclusive. « La compétition, c’est bon, mais ça prend encore plus de collaboration. La collaboration est d’autant plus importante que les nouvelles découvertes aujourd’hui se font de plus en plus aux frontières de la multidisciplinarité », souligne-t-il.

D’où l’importance, dit-il, en tant que professeur, de placer les étudiants au cœur de la recherche. En commençant par « personnaliser » leur parcours.

« Je commence par leur demander ce qu’ils veulent faire dans la vie. Ensuite, mon rôle est de leur fournir les conditions favorables à l’atteinte de leurs objectifs.» 

Cette approche permet à ses étudiants de devenir eux-mêmes, éventuellement, des acteurs de changement.

« La façon traditionnelle de former des étudiants, c’est dans le but d’en faire des professeurs. Or, la réalité du marché de l’emploi, c’est que 15 % seulement deviendront professeur. Alors que le marché de l’innovation, lui, est complètement ouvert. »

C’est la raison pour laquelle, dit-il, il est important de former des chercheurs qui vont faire une différence dans la société de demain.

Repères

  • Né à Kinshasa, au Zaïre, en 1976 (45 ans)
  • Arrivé au Québec en 1980
  • Enfance à Shawinigan
  • Père de trois enfants : deux filles et un garçon, âgés de 4 à 10 ans
  • Doctorat en physique de l’Université de Sherbrooke (2002–2005)
  • Meilleure thèse de doctorat de la faculté des sciences de l’Université de Sherbrooke 
  • Maîtrise en physique (2000–2002) 
  • Gagnant de la médaille Fernand-Séguin