Mélanie Bédard
Mélanie Bédard

La femme derrière Kanak

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Rarement a-t-on vu un chien remporter autant de prix. Depuis que Kanak, le chien de soutien émotionnel, est entré en fonction au Service de police de Sherbrooke (SPS) en 2016, les récompenses se sont multipliées. Si Kanak est là, Mélanie Bédard est à quelques pas. C’est grâce à cette sergente-détective que le SPS est devenu le premier corps de police au Québec à travailler avec un chien de soutien.

Le labrador retriever entraîné par la Fondation Mira se fait réconfortant auprès des victimes d’abus sexuel, de violence ou encore auprès de ceux et celles qui ont été témoins d’un événement traumatique.

« C’est comme un accommodement raisonnable prévu dans la charte des victimes. On peut accompagner les patrouilleurs lors d’événements traumatiques impliquant des enfants; accompagner la DPJ pour retirer un enfant de son milieu familial. Des enfants ont été témoins du suicide de leur beau-père par arme à feu... On a demandé Kanak pour les aider à verbaliser. À ce moment-là, j’accompagnais Urgence-détresse... Si les enfants ont été témoins de violence conjugale, que les policiers ont arrêté l’un des parents, c’est traumatisant... Kanak amène du réconfort », indique Mme Bédard.

La majorité des interventions de Kanak se passe auprès des enfants, mais il est aussi présent auprès des victimes de violence conjugale, de harcèlement ou encore auprès d’un témoin d’accident mortel.

Cette présence canine sert aussi à faciliter le rapprochement entre les policiers et une clientèle vulnérable. « Ça fait tomber la barrière de l’uniforme, de l’autorité, parce que la plupart des gens aiment les chiens. Ils sont intéressés à connaître Kanak, son travail, le flatter... »

Kanak est d’abord entré au poste de police dans le cadre d’un projet-pilote. L’initiative s’est poursuivie et elle s’est par la suite étendue au palais de justice de Sherbrooke.

« Mon rêve était d’y aller : c’est le summum du stress pour la victime. Ça fait sept fois qu’il va au tribunal », souligne celle qui est entrée au SPS en 1999.

Les effets bénéfiques de l’animal sont nombreux. « Ça permet de réduire l’anxiété, de les détendre. Ça amène des sourires, beaucoup. Il donne toute son attention à la victime. Pour les plus jeunes, ça leur donne de l’importance (...) S’ils sont moins occupés à gérer l’anxiété, ils sont plus en mesure de se concentrer, de mieux verbaliser ce qui s’est passé et d’aller chercher des petits détails qui, pour l’enquête, sont précieux. »

Un chien qui fait la différence

Kanak a aussi fait une différence dans la vie de Mélanie Bédard. L’idée d’un tel partenaire de travail est née alors qu’elle vivait un moment difficile.

« Ça a changé ma vie. Ce que j’aimerais dire, c’est de croire en ses rêves et de trouver sa passion. Si on est capable de vivre de sa passion, on ne travaille plus. Ça m’a fait sortir de ma zone de confort. Moi, je ne parlais pas devant les gens... J’étais très réservée, je passais entre les murs et la peinture. Là, je fais des entrevues en direct... C’est la passion qui change tout! »

Un tel engagement demande beaucoup de temps, précise la sergente-détective.

Une personne qui souhaiterait lancer un tel projet doit être passionnée des chiens, souligne-t-elle. « C’est 24 heures sur 24. C’est un gros engagement personnel, mais aussi familial; on choisit nos activités souvent en fonction du chien. Toute la famille est impliquée là-dedans. »

En plus d’être aux côtés de Kanak 24 h sur 24 h, Mélanie Bédard s’occupe de la page Facebook de son complice de travail. La policière donne de son temps pour faire la promotion du chien de soutien en espérant inspirer d’autres personnes.

Depuis l’arrivée de Kanak au SPS, d’autres organisations ont emboîté le pas avec la présence de chien de soutien, dont la Sûreté du Québec et une Direction de protection de la jeunesse.

Mélanie Bédard est une passionnée des animaux. D’ailleurs, dit-elle, avant d’étudier en techniques policières, elle avait commencé des études en santé animale... jusqu’au jour où elle s’est rendu compte que les instruments de chirurgie et les laboratoires n’étaient pas pour elle. « J’ai toujours été entourée d’animaux. J’ai eu des chevaux, des chiens, des chats, des chinchillas, des hamsters. J’ai une attirance innée envers les animaux », raconte celle qui a aussi fait des compétitions équestres à l’adolescence.

Repères

Née à Sherbrooke;
Diplômée de techniques policières au Cégep de Sherbrooke;
Mère de deux enfants âgés de six et neuf ans;
Son conjoint est deuxième maître-chien au SPS ;
Sa grande soeur est aussi policière au SPS.