Liliane Saint-Arnaud

La danse envers et contre tout

Quand Liliane Saint-Arnaud regarde les 30 années écoulées depuis qu’elle dirige la compagnie de danse Axile, non seulement s’étonne-t-elle du nombre de spectacles dans son sillage (18!), mais aussi qu’une telle feuille de route soit née de si peu de moyens. Au cours de ces trois décennies, la chorégraphe a certes obtenu des bourses de création, mais jamais pour la production ni le fonctionnement. Sans salaire, elle a toujours dû occuper un autre emploi en parallèle, notamment comme chargée de cours en danse, pendant 29 ans, à la faculté d’éducation physique à l’Université de Sherbrooke.

Le spectacle Vol qualifié (1994) était d’ailleurs un grand cri du cœur sur la condition précaire des artistes. « Les artistes qui l’ont vu s’y sont tellement reconnus! Au fil des années, j’en ai entendu, des excuses pour me refuser un financement. Notamment qu’on ne me faisait pas confiance sur le traitement du sujet... alors que c’est ma spécialité! S’il y a quelque chose que j’ai développé, c’est la sensibilité envers les gens avec qui je travaille. Et je vais toujours chercher une expertise préalablement », dit-elle, citant sa création sur l’anorexie, élaborée avec l’organisme Arrimage Estrie comme partenaire.

Le plus important, c’est que la danseuse et chorégraphe ne se soit jamais laissé arrêter. « Quand il n’y a pas de budget de fonctionnement, tu te demandes constamment si tu veux ou non concrétiser ton projet. Et tu t’aperçois que tu veux le faire. Et tu trouves les moyens », résume celle qui a souvent été « sauvée » par le Fonds régional d’investissement jeunesse.

Souvenir de petite souris

Fille d’un plombier et d’une artiste en arts visuels — en fait, précise-t-elle, sa mère s’occupait des enfants à la maison, mais avait entamé un bac en arts visuels... qu’elle a complété à 71 ans! —, Liliane Saint-Arnaud a toujours dansé. Depuis le rôle de la petite souris dans un spectacle scolaire à Shawinigan-Sud jusqu’à Victoriaville, où elle a déménagé avec sa famille à l’âge de 8 ans et où elle a même commencé à enseigner cet art. Mais quand elle est partie à l’Université d’Ottawa, à 18 ans, c’était pour étudier la traduction et les communications...

« La danse avait toujours fait partie de ma vie, mais je n’avais jamais songé à en faire une profession. Une ancienne élève de Victoriaville m’a demandé pourquoi... La danse, ce n’est pas le métier le plus rémunérateur. Ça m’effrayait un peu, mais j’ai plongé et je ne l’ai jamais regretté. »

Après son bac en danse à Montréal, Liliane Saint-Arnaud, qui connaissait déjà bien Sherbrooke, y déménage. Non seulement danse-t-elle dans le premier spectacle de la compagnie Sursaut (née en 1985), mais elle y signe une première création. En 1987, elle fonde Axile avec Brigitte Graff et en devient l’unique directrice artistique en 1991.

Aimer le risque

« Le plus difficile, c’était de danser et de chorégraphier en même temps. Mais le travail de chorégraphie m’a toujours intéressée. J’en ai fait pendant mon bac et j’ai vraiment aimé : c’est ta proposition, pas celle de quelqu’un d’autre. C’est aussi un risque... et j’aime courir des risques. »

En 1999, elle trouve véritablement sa voie, lorsqu’elle crée Doux silence, intégrant au spectacle des personnes sourdes sans formation en danse. Axile est depuis reconnue pour sa démarche engagée et ses œuvres inspirées par des thématiques sociales comme la violence envers les femmes (Qu’êtes-vous devenues?, 2002), les handicaps physiques et intellectuels (Autrement dit, 2005), le vieillissement (Vieillesse et prouesses, 2007)...

« Je n’aime pas employer le mot causes. Je ne monte pas au front pour dénoncer. Je rappelle seulement que ces réalités existent, qu’il faut en parler et que la danse est une belle manière d’y arriver. Cela fait découvrir cet art à de nouveaux publics. Quant aux non-professionnels qui participent aux projets, j’ai vu des gens timides repartir tellement la tête haute! C’est ça que je veux. »

Repères
Née en 1956 à Shawinigan-Sud; sixième d’une famille de sept enfants

Bachelière en danse de l’UQAM

Déménage à Sherbrooke en 1984; habite St-Denis-de-Brompton depuis quatorze ans

Cofondatrice de la compagnie Axile en 1987; directrice artistique depuis 1991

En couple avec Marquis Poissant depuis 40 ans

Agente de développement au Comité culturel de St-Denis-de-Brompton