Sylvain Roy

La chute qui a tout changé

Tout a commencé par un accident de vélo sur le Réseau des Grandes-Fourches qui a laissé Sylvain Roy au sol pendant 20 longues minutes avant que quelqu’un accepte de s’arrêter pour le secourir.

« C’était le 1er juin 1999 au matin. J’ai fait une vilaine chute à l’entrée de la passerelle de la 410, raconte-t-il. Il y a des gens qui m’ont croisé. (...) Il y a même quelqu’un qui faisait du jogging qui m’a enjambé en pointant sa montre comme pour me dire qu’il n’avait pas le temps de m’aider. C’est finalement deux jeunes du Triolet qui m’ont ramassé et qui m’ont supporté jusqu’à la rue Delorme où j’ai pu faire le 911. »

Après s’être remis de fractures aux doigts, d’une luxation de l’épaule, d’une commotion cérébrale et de ses émotions, il a réagi.

Ses démarches l’ont conduit vers le directeur général de la Société de développement des corridors verts de l’époque, André Proulx, qui avait commencé à mettre sur pied une patrouille volontaire sur le réseau cyclable. C’était il y a 20 ans. La Sodecov a été englobée dans la Corporation de gestion Charmes en 2002, puis Charmes a été englobée dans Destination Sherbrooke en 2011, les patrons sont passés, et Sylvain Roy est resté responsable bénévole de la patrouille à vélo du Réseau des Grandes-Fourches pendant tout ce temps.

« On dirait qu’il n’arrive rien pour rien. Le fait que j’ai eu cet accident a fait qu’aujourd’hui je suis à la tête du réseau depuis 20 ans et que je m’occupe des bénévoles. Peut-être que si je n’étais pas tombé cette journée-là, j’aurais continué d’être un usager du réseau sans me préoccuper de savoir qui était autour et de ce qui s’y passe. »

Et ç’aurait été bien dommage parce qu’en 20 ans, ce sont pas moins de 407 bénévoles qui ont endossé le chandail rouge de patrouilleur pour veiller sur les usagers des 125 kilomètres de sentiers du Réseau des Grandes-Fourches.

À raison d’une cinquantaine par saison, ils y sont restés pendant un an, trois ans, 12 ans, 17 ans même, énumère M. Roy, en associant les noms et les états de service de plusieurs d’entre eux.

Ils réalisent aujourd’hui une moyenne de 1500 interventions par saison, dont 80 à 100 pour des premiers soins et 8 à 10 pour des accidents graves. Ils font aussi de la prévention, gardent un œil sur l’état des pistes et de la signalisation, et sont de formidables ambassadeurs touristiques.

Sylvain Roy, lui, est responsable de recruter, de former, d’équiper et d’animer tous ces gens qui s’engagent à patrouiller au moins trois heures par semaine, avec pour seul autre prérequis celui d’être prêt à prendre le temps de s’arrêter pour aider.

« Si j’étais seul il n’y en aurait pas de patrouille, lance-t-il, en retournant les projecteurs vers son équipe. Ce sont les autres bénévoles qui font vivre la patrouille alors c’est eux qu’il faut remercier. »

Précisant qu’il fait encore, « comme les autres », son trois heures de patrouille chaque semaine, Sylvain Roy convient néanmoins qu’il était déjà gagné à l’importance du bénévolat avant de s’engager dans cette brigade volontaire.

Le baseball mineur et l’école primaire que ses enfants ont fréquentés, dans le secteur Rock Forest, pourraient témoigner de son engagement.

Aujourd’hui encore il peut se targuer d’être bénévole pour l’Opération Nez Rouge et ce, depuis 25 ans.

« J’ai commencé à entraîner mes patrouilleurs à vélo là-dedans. Comme il n’y a pas de vélo l’hiver, je me sers de Nez Rouge pour qu’on puisse se voir, échanger un peu, ça crée des liens entre les personnes et ça fait en sorte que les gens sont intéressés à rester », révèle l’homme dont on salue aussi les qualités de rassembleur.

À quelques années de la retraite professionnelle, Sylvain Roy constate également avec fierté que ses trois enfants ont hérité du gène de l’engagement.

Et il n’hésite surtout pas à leur donner un coup de main, que ce soit pour le Réveil du coureur, la Course des Millepattes ou la Marche pour l’arthrite, par exemple.

« Il n’y a pas un mois où il n’y a pas un événement ou quelque chose à faire quelque part, lance-t-il. J’ai hâte de prendre ma retraite pour être capable de faire tout mon bénévolat! »

REPÈRES

Originaire de Sherbrooke;

Marié depuis 37 ans, père de trois enfants et grand-père de huit petits-enfants;

Technicien au campus de la santé de l’Université de Sherbrooke;

Président d’honneur de l’édition 2019 du Tour du silence à Sherbrooke.